Intitulée Tamil Nadu Prohibition of Forcible Conversion of Religion
Ordinance, l'ordonnance promulguée le soir du 5
octobre 2002 dans le Tamil Nadu va dans le sens de certaines
des mesures alors évoquées. Cette ordonnance
- qui sera soumise pour ratification à l'assemblée
parlementaire de l'Etat lors de sa session qui débutera
le 24 octobre - prévoit une peine d'emprisonnement
pouvant aller jusqu'à 3 ans et une amende jusqu'à
50.000 roupies pour qui force ou suscite une conversion. Un
magistrat de district devra être informé par
le clergé ayant procédé à la conversion
ou par le converti lorsque se produit une conversion.
Ce
n'est pas le premier Etat indien à choisir cette voie.
Certains commentateurs soutiennent que ces mesures permettront
de réduire les tensions entre communautés religieuses.
En effet, les milieux activistes hindous sont très
sensibles à la question des conversions et en font
souvent un point crucial de leurs critiques à l'encontre
du christianisme - certaines conversions de groupes entiers
sont d'ailleurs mentionnées dans les attendus pour
justifier la décision prise. Comme le rappelle Eglises
d'Asie (16 octobre 2002), la conversion de 250 paysans
de basse caste à l'adventisme du septième jour
au mois d'août, dont la presse a beaucoup parlé,
a causé une forte impression. Ces conversions sont
largement perçues en dehors des milieux chrétiens
comme étant le résultat de la pauvreté et de l'espoir d'un sort meilleur plus que d'une motivation
spirituelle.
Ce
ne sont pas seulement les conversions au christianisme qui
irritent, mais également les conversions à l'islam.
Les conversions se produisent surtout dans les milieux sociaux
les moins favorisés: 70% des 24 millions de chrétiens
indiens sont des dalits (hors castes), rappelle l'agence de
presse oecuménique ENI (9 octobre 2002).
Certains
milieux saluent une mesure qu'ils considèrent comme
une contribution à la prévention de tensions
entre communautés. Mais la perspective d'une application
extensive de cette ordonnance inquiète les milieux
chrétiens: ils craignent de la voir utilisée
comme prétexte pour entraver toute activité
missionnaire. Ils craignent en outre que toute activité
d'aide sociale puisse être interprétée
comme une incitation camouflée à la conversion.
Toutes
les communautés chrétiennes ont donc réagi.
Le Conseil
national des Eglises de l'Inde - qui regroupe des Eglises
protestantes et orientales - estime que la loi porte atteinte
aux droits constitutionnels et, loin de prévenir des
tensions, va attiser la méfiance entre communautés
religieuses.
Le
All India Christian Council a pour sa part l'intention de
contester l'ordonnance devant la justice, tandis que les évêques
catholiques du Tamil Nadu ont rappelé que les conversions
forcées étaient de toute façon invalides
au regard du droit canon. Avec le soutien de la Conférence
des évêques catholiques de l'Inde, ils ont demandé
le retrait de cette ordonnance. Des actions de protestation
de la part d'organisations chrétiennes, musulmanes
et dalits sont prévues pour les 19 et 24 octobre.
A
l'inverse, la Vishva
Hindu Parishad (VHP, Association hindoue universelle)
se réjouit de ces mesures et souhaite l'adoption de
mesures contre les conversions dans tous les Etats. Une autorité
religieuse de l'hindouisme, Jayendra Saraswathi, Shankaracharya
de Sri Kanchi Kamakoti Peetam, à Kanchipuram - qui
avait déclaré dans un entretien
de 1999 que ceux qui se convertissaient le faisaient "par
appât du gain" et retourneraient tôt
ou tard à l'hindouisme - a exprimé le voeu que
l'interdiction des conversions soit mise en application à
l'échelle nationale: "C'est regrettable que,
même après cinquante ans d'indépendance,
des conversions aient lieu au nom de Dieu." (Associated
Press, 7 octobre 2002)
Dans
un éditorial intitulé "Tu ne convertiras
pas", publié dans son numéro du 13
octobre 2002, l'hebdomadaire The
Organiser, organe du Rashtriya
Swayamsevak Sangh (RSS), s'attend à voir l'ordonnance
ratifiée sans grands obstacles par le parlement du
Tamil Nadu - bien qu'elle suscite des réactions hostiles
de la part des partis d'opposition. L'éditorial appelle
les chrétiens et musulmans à accepter la réalité.