Sous
le titre "Un compromis raisonnable", Philippe
Moureaux fait ses propres recommandations:
"La
solution qui est proposée ne donnera, bien entendu,
pleine satisfaction à personne et cette solution est
énoncée de façon strictement pragmatique
en évitant tout juridisme.
a)
Un exécutif partiellement renouvelé: Il n'est
pas compliqué d'imaginer que le compromis concernant
l'exécutif doit se situer à mi-chemin entre
le renouvellement intégral et le statu-quo. Il ne doit
pas être impossible d'obtenir la démission d'une
partie de cet exécutif dans la mesure où les
membres actuels avaient pris l'engagement solennel de se retirer
s'ils ne disposaient plus de la confiance de la Constituante.
Une négociation pourrait donc être conduite rapidement
qui permettrait de préparer le renouvellement de la
moitié de l'Exécutif. A l'issue de cette négociation,
les représentants de l'Assemblée devraient s'engager
à limiter leurs propositions de renouvellement de l'Exécutif
à la moitié des membres de celui-ci.
b)
Une assemblée réhabilitée mais mieux
encadrée sur le plan institutionnel: il est proposé
de confier effectivement un rôle important à
l'Assemblée mais en l'organisant de la façon
suivante pour éviter des dérives évoquées
au début de ce rapport:
-
l'assemblée réunie dans une session annuelle
de quinze jours maximum entend à cette occasion une
communication de l'Exécutif et prend position, le cas
échéant, sur les principes généraux
qui doivent régir la politique de l'Exécutif
en matière de représentation de l'Islam;
- l'assemblée peut proposer une motion de méfiance
à l'égard de l'Exécutif à l'occasion
de son Assemblée annuelle. Cette motion doit être
constructive (au-delà de la méfiance qui doit
être explicitée, les membres de l'assemblée
qui soutiennent cette motion doivent présenter les
candidatures pour un nouvel Exécutif). Si cette motion
recueille une majorité qualifiée à déterminer,
elle est d'application immédiate. Si cette majorité
qualifiée n'est pas atteinte, le vote est renvoyé
à la session suivante.
c)
Un screening mieux contrôlé : le renouvellement
partiel de l'Exécutif pose inévitablement dans
le chef de l'autorité politique le problème
du contrôle (screening) des candidatures. La crainte
de voir apparaître des représentants de groupements
extrémistes pour ne pas dire terroristes est, en effet,
fortement ancrée dans certains esprits. Il est évident
qu'il apparaît assez incroyable qu'une religion soit
sur ce plan traitée différemment des autres.
La proposition faite dans ce cadre s'inscrit donc uniquement
dans un souci de pragmatisme.
Un
premier principe devrait tout d'abord être clairement
proclamé en cette matière : tout avis négatif
concernant une personne doit être émis au moment
où elle pose sa candidature et non après son
élection.
Enfin,
si l'autorité politique souhaite consulter les services
spéciaux qui sont à sa disposition, le seul
avis confidentiel de ceux-ci ne peut justifier une censure.
La
personne contestée doit clairement bénéficier
d'une possibilité d'appel devant une commission indépendante
qui jouit de la confiance des autorités et de la communauté
musulmane. Cette commission dûment informée des
griefs retenus par les autorités politiques statuera
en toute indépendance sur le caractère pertinent
de ceux-ci.
La
mise en place d'une procédure telle que décrite
ci-dessus me paraît indispensable si on veut à
la fois maintenir un certain contrôle et éviter
la critique justifiée de l'arbitraire le plus total
qui anime une partie importante de la communauté musulmane."
Et
Philippe Moureaux de conclure: "Les solutions proposées
sont transitoires. Il est évident pour moi que, dans
l'avenir, la communauté musulmane doit être traitée
sur un plan de totale égalité par rapport aux
autres religions reconnues."
Telles
sont les propositions du Rapport Moureaux. Il reste à
voir ce qu'en penseront la communauté musulmane et
ses représentants si elles sont adoptées, telles
quelles ou amendées, par le gouvernement.
Pour
rappel, l'Etat belge reconnaît et finance le catholicisme,
le protestantisme, l'anglicanisme, l'orthodoxie, le judaïsme,
l'islam et la laïcité.
Willy
Fautré