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Document
La science comparée des
religions
face aux nouveaux mouvements religieux
Jean-François Mayer (1999)
Ce texte
a été présenté pour la première
fois comme conférence pour l'ouverture de l'année
académique 1998-1999 à l'Université de Fribourg
le 28 octobre 1998. Il a également été publié
par l'unité
de science des religions de la même université
sous forme de brochure au début de l'année 1999.
Nous le publions ici sous sa forme d'origine, sans révisions
ou mises à jour, à l'occasion du début du
cours sur "Les nouveaux mouvements religieux - perspective
historique" donné par l'auteur durant le semestre
d'été 2003 à l'Université de Fribourg
(24.03.2003).
L’expansion
occidentale et la découverte d’autres cultures – et donc d’autres
approches des dimensions transcendantes – ne furent pas étrangères
à la naissance à l’étude comparée des religions. Cette démarche
scientifique apparaît aujourd’hui comme plus nécessaire encore:
nos sociétés ne se trouvent plus seulement confrontées aux interrogations
intellectuelles et spirituelles posées par l’existence de grandes
traditions religieuses appartenant à des mondes pour nous exotiques,
mais à leur présence sur le sol européen; en outre, il ne s’agit
plus de séjours temporaires, mais d’un établissement définitif.
Cette situation religieuse plurielle dans l’espace occidental se
manifeste également à travers le foisonnement de mouvements religieux
nouveaux issus de «grandes traditions» ou indépendants de celles-ci.
C’est ce qu’on appelle souvent aujourd’hui les «nouveaux mouvements
religieux» (NMR).
Il
y a toujours eu des mouvements religieux nouveaux, à toutes les
époques, mais jamais les circonstances n’ont été aussi favorables
à leur diffusion mondiale. Pour illustrer ce contexte historiquement
sans précédent, j’aime citer une petite anecdote: en 1993, lors
d’un passage à Mount Abu, au Rajasthan, un habitant du lieu me proposa
de me conduire à la grotte d’un ermite, dans la montagne. Après
un moment de marche, nous atteignîmes le site; j’eus alors la surprise
de voir sortir de la grotte un aimable disciple québecois de l’ermite,
qui nous expliqua que celui-ci n’était pas là, parce qu’il avait
pris l’avion pour aller rendre visite à des disciples en Autriche!
Anciennes ou nouvelles, les religions vivent aussi à l’heure du
«village global». Nous ne sommes pas encore en mesurer de deviner
quelles conséquences la mondialisation (globalization) aura
sur les structures, sur les croyances et sur les pratiques des religions,
mais le chercheur japonais Nobutaka Inoue suggère que l’un des effets
en sera le développement de tendances au «néo-syncrétisme», c’est-à-dire
l’amalgame délibéré entre des éléments d’origines culturelles et
religieuses diverses, sans qu’il soit nécessairement la conséquence
d’un contact réel avec les traditions auxquelles sont faites ces
emprunts[1].
Le
développement contemporain de NMR n’est pas limité à l’Occident:
cette floraison se retrouve sous toutes les latitudes ou presque.
Même d’un pays comme la Chine, qui s’efforce de garder sous contrôle
étatique les manifestations de croyances religieuses, nous parviennent
des informations sur des groupes «sauvages», aussi bien importés
qu’autochtones; il n’y a guère que quelques zones musulmanes, comme
l’Arabie saoudite, où les mouvements extérieurs à l’islam n’arrivent
pratiquement pas à prendre pied. En Afrique, si le nombre d’adhérents
aux religions traditionnelles a connu un spectaculaire déclin au
XXe siècle (58,1% de la population du continent en 1900,
13,9% en 1980), le principal bénéficiaire en étant le christianisme
(et l’islam dans des proportions moindres)[2], nombre de mouvements religieux
en dehors des grandes Eglises et religions se développent: à la
fois des mouvements indigènes, c’est-à-dire ce qu’on a coutume d’appeler
les Eglises indépendantes africaines, et des mouvements importés,
d’origine tant occidentale qu’orientale. La lecture de l’étude de
Rosalind Hackett sur la vie religieuse dans la ville nigériane de
Calabar au début des années 1980 permet de se rendre compte de cette
diversité[3].
Elle n’a certainement pas décru depuis.
Il
ne faut donc pas considérer la multiplication de NMR comme des transferts
à sens unique: en effet, des mouvements orientaux prennent pied
en Occident, des mouvements occidentaux s’exportent en Orient; certains
groupes restent limités à un cadre culturel particulier, d’autres
s’internationalisent; des mouvements nés en Occident incorporent
des concepts provenant d’autres cultures, tandis que des mouvements
d’origine extra-occidentale intègrent des données extérieures à
leurs traditions autochtones. Un passionnant ouvrage examine la
multiplication de «maîtres spirituels» occidentaux se référant à
des traditions orientales; l’auteur remarque que la plupart d’entre
eux ne sont pas simplement des «copies» de maîtres orientaux, mais
réinterprètent la tradition dont ils se réclament et créent entre
lignées spirituelles différentes des ponts et combinaisons s’inscrivant
dans des démarches «transtraditionnelles»[4].
Le simple fait que différentes traditions orientales se retrouvent
simultanément en Occident entraîne des questions nouvelles et des
transformations ainsi que l’émergence de nouvelles subdivisions
au sein de ces traditions.
Dans
l’autre sens, comme le soulignait un article dans un récent numéro
du magazine semestriel de science des religions allemand Spirita,
le «New Age» est aussi populaire au Japon qu’en Occident, les best-sellers
d’auteurs américains de ce courant y sont traduits et y trouvent
de nombreux lecteurs, tandis que circulent dans les librairies de
Tokyo les livres de Swedenborg et la littérature théosophique ou
anthroposophique[5]. Au Japon comme en Occident et ailleurs, on va chercher,
de façon éclectique, des éléments de réponse aussi bien dans des
cultures exotiques (dont on reprendra des éléments isolés de leur
contexte) que dans son propre héritage.
L’attente
d’une nouvelle ère se combine curieusement avec l’évocation idéalisée
d’un passé très ancien, ce qui peut aller jusqu’à la tentative de
recréer des pratiques religieuses depuis longtemps disparues, avec
lesquelles on tentera de renouer en allant célébrer des rituels
à Stonehenge, à Carnac ou aux Externsteine[6]. Plusieurs études ont été publiées ces dernières
années sur les courants néo-païens, aussi bien dans le monde anglo-saxon[7] que dans l’aire germanophone[8]. Dans les années à venir, la réemergence
de croyances païennes[9]
ou l’invention de pratiques néo-païennes dans certaines régions
des pays post-soviétiques mériteront certainement aussi de plus
en plus l’attention des chercheurs.
A côté
de groupes religieux structurés proprement dits, on ne saurait négliger
une nébuleuse de pratiques et croyances qu’on hésiterait souvent
à définir comme «religieuses» au sens strict, et dont le développement
est pourtant associé au contexte plus large de ce que je qualifie
en français de «religiosité parallèle» (alternative Religiosität
en allemand). Nous y reviendrons. Enfin, même si l’on a de bonnes
raisons de prévoir pour le siècle prochain un écart encore plus
profond entre spiritualité personnelle et institutions religieuses[10],
il ne faut pas oublier le dynamisme que conservent certains secteurs
des religions traditionnelles: dans une société comme la nôtre,
les Eglises dominantes continuent à rassembler un pourcentage statistiquement
beaucoup plus élevé de fidèles que tous les NMR réunis, même si
l’on ne prend en compte que les fidèles réellement convaincus et
pratiquants. Plusieurs études s’intéressent au retour d’adultes
à des formes traditionnelles de christianisme[11];
l’on devine, bien sûr, que ce retour à la tradition n’est pas une
simple reproduction du passé, car la nature de ces démarches est
inévitablement différente de celle des générations précédentes,
ne serait-ce qu’en raison du contexte de privatisation accrue, de
dérégulation des croyances, dans lequel il s’inscrit. Ce retour
à des expressions traditionnelles (voire traditionalistes) du christianisme
par des hommes et des femmes parfois passés par d’autres expériences
spirituelles sera le fruit d’une adhésion de libre choix, et pas
la simple reprise d’un héritage familial.
Ceux
qui se sentent la vocation d’étudier les phénomènes religieux pourraient
donc se réjouir de ce riche matériel qui s’offre à leurs observations.
Mais encore faut-il commencer par définir de quoi nous nous occupons:
ce champ offre-t-il un terrain de recherche cohérent? pouvons-nous
présenter ces mouvements comme «religieux»? Il se trouve des membres
de la communauté scientifique pour critiquer l’usage trop rapide,
à leur sens, de l’adjectif «religieux» sans analyse préalable[12].
La
définition de la «religion» a donné lieu à d’interminables débats;
il n’y aura certainement jamais d’accord unanime entre chercheurs[13].
Nous savons que la notion de religion est liée à l’histoire de la
pensée occidentale et qu’elle a pu être considérée comme «eurocentrique»
– même si, par suite de la diffusion universelle des modèles occidentaux,
elle a aujourd’hui pénétré dans presque toutes les sphères culturelles[14].
Et nous savons aussi que «la religion» n’existe pas, il n’y a que
«des religions», dont les démarches présentent certes des analogies
justifiant leur étude commune comme domaine spécifique. Je ne crois
pas qu’une définition doive devenir un carcan: il s’agit plutôt
d’un instrument de travail pour essayer de délimiter un terrain,
les résultats d’une recherche pouvant aussi conduire à modifier
cette définition. Lorsque je parle de religion, j’utilise une définition
liée au contexte occidental que j’étudie (cela pourrait être plus
compliqué si je m’intéressais à des cultures «exotiques»), une définition
assez classique, mais en même temps raisonnablement universelle:
une religion est un ensemble de croyances, doctrines, pratiques
et rites permettant à des êtres humains de définir leurs relations
avec des dimensions considérées comme transcendantes ainsi que d’interpréter
l’origine et la finalité de l’existence.
Je
n’entre pas ici dans les distinctions, aujourd’hui très discutées,
entre des concepts comme celui de «religion» et celui de «magie»,
même si cela soulève aussi des questions par rapport aux questions
envisagées ici: depuis quelques années, en effet, le chercheur italien
Massimo Introvigne propose une distinction entre NMR et «nouveaux
mouvements magiques» (tout en la limitant de fait à des mouvements
de l’aire occidentale)[15].
Qu’entend-on
par «NMR»? Si l’on considère que l’expression s’est largement répandue
parmi les chercheurs – à commencer par les sociologues s’occupant
de ces questions[16]
– depuis une vingtaine d’années, on est surpris de constater
que la question de la définition est souvent traitée superficiellement.
Au départ, on a surtout parlé de NMR pour désigner des mouvements
apparus sur la scène religieuse occidentale à partir des années
1960. Le sociologue britannique James Beckford a fait remarquer
que l’expression n’avait guère de sens pour désigner individuellement
un mouvement particulier, mais devait être utilisée pour les qualifier
collectivement: un certain nombre de groupes religieux, souvent
sans liens les uns avec les autres, sont apparus durant une même
période et ont donné aux observateurs le sentiment de représenter
un phénomène à la fois distinct et nouveau[17]. Un autre chercheur britannique,
l’éminent spécialiste de l’analyse sociologique des sectes qu’est
Bryan Wilson[18], reconnaît que l’expression «NMR»
est utilisée «faute d’un meilleur concept», parce que celui de «secte»
ne réussissait plus à répondre aux exigences présentées par le tableau
actuel[19]. A l’inverse, dans un récent ouvrage,
le sociologue italien Enzo Pace propose, en revenant aux fondements
posés par Weber et Troeltsch, de continuer sans complexe à utiliser
le mot de «secte»[20]. Il n’est pas exclu
que celui-ci ait donc encore de beaux jours devant lui, et pas seulement
dans la littérature de type apologétique.
La
recherche sur les phénomènes religieux ne se déroule pas en champ
clos: elle s’insère, qu’elle le veuille ou non, dans un contexte
social, et certains groupes y font l’objet de controverses. Or,
nous savons tous que le terme de «secte» a plutôt mauvaise presse.
Le développement de l’expression NMR est aussi lié à ces débats:
elle permet d’éviter un mot à la connotation négative. C’est en
invoquant explicitement de telles raisons que le chercheur américain
James Richardson insiste pour que ses collègues renoncent à utiliser
le mot cult qui, dans son acception populaire en anglais,
a la même connotation négative que secte en français[21]:
l’usage du mot cult, écrit-il, devrait être sévèrement limité,
car il apporte, volontairement ou non, un soutien «à ceux qui utilisent
le terme comme une arme sociale contre des expériences et groupes
religieux nouveaux et exotiques»[22].
Certes, il n’appartient pas à des chercheurs de contribuer à jeter
l’huile sur le feu; cependant, des mots comme «secte» et cult
ont un usage scientifique vieux déjà de plusieurs décennies dans
le domaine sociologique, et l’on peut s’interroger sur l’opportunité
de changer de vocabulaire simplement parce qu’un terme a mauvaise
presse! Pourtant, on observe depuis quelque temps déjà une tendance
à élargir l’application de l’expression NMR non seulement aux différents
mouvements apparus depuis les années 1960, mais également à des
groupes plus anciens, les «non-conformismes» du christianisme occidental,
que tous les chercheurs qualifiaient sans difficulté de «sectes»
il y a peu d’années encore. Cela revient en définitive simplement
à faire de «NMR» un équivalent «codé» du mot «secte» – opération
dont on perçoit mal l’intérêt et l’utilité, en dehors d’une intention
«politique».
Il
existe donc différents points de vue dans la communauté des chercheurs
s’intéressant à ces sujets[23]. Avant de dire comment je comprends
et utilise moi-même le terme NMR, je dois préciser, pour qu’il n’y
ait pas de malentendu, que la recherche sur les NMR a donné naissance
aussi à quelques importants travaux de réflexion sociologique: je
pense par exemple à la typologie des mouvements religieux élaborée
par le regretté Roy Wallis en fonction des trois orientations par
rapport au monde (world-rejecting, world-affirming
et world-accomodating)[24]
ou aux efforts de clarification de Rodney Stark et William Bainbridge
autour de la notion de cult (mot qui, dans son acception
sociologique, n’est pas équivalent à sect en anglais), qui
les ont conduits à distinguer entre client cults, audience
cults et cult movements[25]. Je ne puis entrer ici dans une explication
détaillée, mais il importe de dire que ces efforts d’élaboration
sociologique nous aident à mieux analyser les courants considérés.
Ma
propre définition des NMR n’est pas restée stable; je suis en train
de la retravailler. Au départ, je me suis rallié à l’expression
NMR par insatisfaction à l’égard du mot «secte» – pas simplement
à cause de sa connotation péjorative, mais aussi parce que je doutais
(et continue à douter) de son adéquation dans la situation nouvelle
créée par la multiplication de mouvements qui ne sont pas issus
de la tradition chrétienne. En effet, l’approche sociologique de
la secte est construite autour de la dichotomie Eglise/ secte; or,
les dernières décennies ont vu se développer dans nos pays de plus
en plus de mouvements ne se définissant pas, ou en tout cas pas
essentiellement, par rapport aux Eglises chrétiennes. Ils n’ont
en commun avec les sectes d’origine chrétienne que leur état de
minoritaires dans nos sociétés, sans pour autant être (comme les
immigrants musulmans, par exemple, ou les convertis au bouddhisme
sous ses formes variées) les représentants d’une des grandes traditions
historiques de l’humanité. Y a-t-il un sens à utiliser le mot «secte»,
surtout à une époque où l’emprise des Eglises traditionnelles sur
les sociétés occidentales a beaucoup décru? bien qu’il soit vrai
que ces Eglises restent les détentrices d’une sorte de norme religieuse
implicite, même au regard de beaucoup de non croyants. J’en étais
donc arrivé à accepter le mot «secte» pour les groupes religieux
minoritaires issus du christianisme et à utiliser, faute de mieux
et sans enthousiasme, l’expression NMR pour désigner les émergences
hors christianisme et également indépendantes des grandes religions
traditionnelles[26].
Plus
récemment, je tends à recourir à l’expression NMR non pas pour essayer
de définir une impossible catégorie, travail pour lequel la classification
en familles spirituelles ou l’analyse à l’aide de types idéaux sera
plus pertinente, mais pour m’intéresser à la créativité religieuse,
en plein essor en raison d’un contexte actuel qui y est propice:
liberté religieuse dans les sociétés occidentales, sécularisation
(qui signifie non pas la disparition de la religion, mais sa privatisation[27]), facilité des communications,
rapidité des déplacements. Je m’intéresse alors à ces mouvements
en prenant l’expression NMR au sens le plus littéral, pour désigner
des groupes religieux apparus à l’époque contemporaine dans l’espace
occidental (qui est mon champ de recherche) soit par création sur
notre sol, soit par importation. J’essaie ensuite d’analyser leur
«nouveauté», c’est-à-dire de comprendre s’ils s’inscrivent dans
la continuité d’une tradition préexistante, s’ils rompent au contraire
avec elle, ou encore s’ils aspirent à effectuer une nouvelle synthèse
fondée sur plusieurs traditions? En effet, après avoir approché,
plus ou moins intensivement, des dizaines de mouvements au fil des
ans, je me rends compte que, même si les expressions NMR et «nouvelles
religions» sont souvent utilisées (à tort) de façon interchangeable,
la plus grande partie des mouvements qui naissent restent des NMR,
c’est-à-dire qu’ils demeurent dans l’orbite d’une tradition préexistante
en fonction de laquelle ils continuent à se définir, sans réussir
à s’en différencier au point de devenir de nouvelles religions,
l’amorce de traditions indépendantes. Pour prendre l’exemple de
mouvements missionnaires issus de l’islam, tant la Foi bahá’íe,
née en Perse au siècle dernier, que le mouvement Ahmadiyya, apparu
dans le sous-continent indien, sont des mouvements considérés par
l’islam majoritaire comme «non musulmans»: l’accès à La Mecque est
interdit à leurs membres (sans parler d’autres conséquences pénibles
pour leurs adhérents, tant en Iran qu’au Pakistan). Mais, si l’on
analyse les croyances et les pratiques de ces deux mouvements, on
peut dire que la Foi bahá’íe s’est tellement éloignée de l’islam
(elle a ses propres livres sacrés, ses propres rites, son propre
calendrier, ses propres lieux saints) qu’elle n’est plus une branche
dissidente de l’islam, mais une religion indépendante, une «nouvelle
religion»; en revanche, le mouvement Ahmadiyya conserve le Coran,
le calendrier musulman, les pratiques musulmanes, même s’il y ajoute
la croyance à son fondateur comme le «Messie promis» et Mahdi, et
on peut donc dire que c’est une secte musulmane, un NMR, et non
pas une religion autonome.
Je
pourrais donner d’autres exemples, y compris certains pour lesquels
la limite est moins facile à tracer, parce que des mouvements peuvent
osciller entre la différenciation et l’attraction de la tradition
dont ils sont issus: c’est un processus qu’on observe dans l’histoire
du mormonisme. Lorsque je parlerai de NMR dans la suite de cet exposé,
vous devez donc savoir qu’il m’arrive de les aborder dans deux perspectives
différentes, l’une de nature plutôt sociologique et l’autre plutôt
historique.
Pour
en venir à la question de savoir si les NMR sont des mouvements
«religieux», un chercheur américain qui avait étudié les disciples
du flamboyant Bhagwan Shree Rajneesh dans les années 1980 faisait
remarquer que la tâche d’analyse était compliquée par la nature
changeante et inconsistante du mouvement: peu d’importance était
accordée aux systèmes sociaux et aux identités légales, les croyances
et les pratiques pouvaient changer en fonction des nécessités du
moment![28]
On avait donc l’impression d’un mouvement «fabriqué» (manufactured).
J’observais le groupe des adeptes suisses au moment où le mouvement,
sur ordre de son chef, cessa du jour au lendemain d’être une religion,
en 1985; les disciples prétendaient peu de temps auparavant encore,
avec plus ou moins de conviction, que le «rajneeshisme» était bien
une religion, et un petit livre essayait d’expliquer que, puisque
de toute façon les disciples tendent, après la mort d’un maître,
à cristalliser leurs enseignements sous la forme d’une organisation
religieuse, Rajneesh préférait en créer une de son vivant afin d’assurer
que son enseignement ne serait pas déformé après sa disparition[29]. Rajneesh ne manquait pas d’ajouter
que c’était une «religion sans religion» (religionless religion),
sans dogme, culte ou croyance[30]. Du jour au lendemain, lorsque le statut de religion
fut abandonné, le petit livre présentant le rajneeshisme fut brûlé!
Une
capacité à modifier aussi rapidement une identité pose quelques
questions: si nous nous bornions à suivre l’auto-définition de tels
mouvements, cela signifierait qu’ils appartiendraient un jour à
notre champ d’étude et, subitement, n’en relèveraient plus le lendemain,
par suite d’un caprice de leur fondateur! Cela signifie donc que
notre analyse devra tenir compte de la perception qu’un mouvement
a de lui-même (à différents niveaux: pas seulement celui des déclarations
officielles des dirigeants), mais qu’elle ne saurait se limiter
à celle-ci. Pour tout compliquer – mais cela a aussi l’avantage
de nous rappeler que la religion n’est certainement pas la catégorie
bien circonscrite que nous imaginons peut-être parfois – , il y
a des mouvements qui, comme le fait remarquer la sociologue française
Françoise Champion (spécialiste de ce qu’elle a baptisé la «nébuleuse
mystique-ésotérique»), brouillent les «frontières du religieux et
du non-religieux: dans les divers groupes qui la constituent on
a presque toujours, à des degrés variables, un syncrétisme des références
alliant ‘spécifiquement religieux’, psychologie, science, ‘irrationnels’
divers (voyages astraux, guérison par les cristaux, maniement d’‘énergies’).»[31] Ce n’est pas pour rien que je m’étais trouvé amené,
dans une vaste enquête menée de 1987 à 1990 sur la «religiosité
parallèle» en Suisse, à proposer l’usage de l’expression «nouvelles
voies spirituelles», qui permettait d’éviter l’adjectif «religieux»
sans être pour autant, sur le fond, beaucoup plus satisfaisante
que NMR[32].
Ces
remarques doivent nous rendre attentifs à deux éléments:
-
Tout d’abord, puisque les frontières ne sont pas toujours aussi
nettes qu’on ne l’imagine, il faut s’intéresser aussi à ce que
l’on appelle des «quasi-religions», dont le statut est ambigu
par rapport à ce que nous percevons traditionnellement comme religion,
tout en s’y rattachant par certains points[33]. Ce sont des mouvements à la frontière
entre sacré et séculier, qui peuvent mettre l’accent sur l’une
ou l’autre dimension – ou sur les deux en même temps… – mais ne
pratiquent pas un culte au sens classique[34].
Il convient également de prêter attention à l’importante composante
thérapeutique et/ou psychologique observée dans nombre de mouvements
se trouvant fréquemment sur ces frontières: James Beckford avait
proposé de parler de new religious and healing movements,
dominés par une aspiration «holistique»[35]. Dans le cas de
la «guérison pranique», un nouveau mouvement né aux Philippines,
mais qui est déjà présent un peu partout à travers le monde (y
compris en Suisse), Beckford constate que la pratique de guérison,
qui se veut «scientifique», est associée à un arrière-plan de
croyances ésotériques et qu’elle est également perçue par ceux
qui l’appliquent comme un moyen de développement spirituel[36]. On pourrait faire des remarques
semblables à propos du Spiritual Human Yoga (Ecole de l’Energie
Universelle).
-
Les mouvements religieux apparus en Occident à l’époque contemporaine
s’inscrivent souvent dans un milieu plus large avec lequel ils
se trouvent en interaction et dans lequel circulent des idées
qui ne relèvent pas seulement des thématiques religieuses, mais
plus largement de l’aspiration à trouver «autre chose», également
dans des champs comme celui des pratiques thérapeutiques et du
système socio-politique. Ainsi se créent des ponts entre des domaines
à première vue différents: c’est ce que le sociologue britannique
Colin Campbell avait baptisé, dans un article fondamental, le
cultic milieu, qui fournit un support social à l’émergence
de mouvements religieux nouveaux, auxquels il préexiste et dont
il récupère les restes s’ils ne survivent pas[37]. Il suffit de se promener dans une librairie ésotérique
ou de visiter la foire de l’ésotérisme qui se tient chaque année
à Zurich pour comprendre comment peuvent se mêler intérêt pour
les pyramides ou le contact avec les esprits de défunts et méditation
ou astrologie, entre beaucoup d’autres choses. Et l’on comprend
mieux aussi comment, sur la base d’une commune aspiration à s’éloigner
des sentiers battus, se rencontrent des quêtes explicitement religieuses
et d’autres qui le sont moins. Enfin, l’existence de ce milieu
qui se retrouve dans les mêmes librairies, dans les mêmes foires,
malgré des intérêts apparemment sans liens entre eux, justifie,
dans une certaine mesure, l’approche du monde multiforme de la
religiosité parallèle comme terrain cohérent.
Les
interrogations sur la nature religieuse ou non des mouvements étudiés
ne relèvent pas seulement du débat académique: le terme de «religion»
a également des implications sociales. Il y a deux ans, lors d’un
colloque, je rencontrai la responsable d’une association suisse
de lutte contre les sectes qui, dans une lettre à un périodique
alémanique, avait prétendu que j’avais décrit l’Ordre du Temple
Solaire, après les événements de Cheiry et de Salvan (1994), comme
un groupe inoffensif. Un peu sèchement, je lui fis part de ma surprise
face à une assertion qui ne correspondait en rien à la réalité.
«Mais si, me répondit-elle, des amis vous l’ont entendu dire à la
radio!» Face à mes dénégations, elle précisa: «Oui, vous avez dit
que c’était un petit groupe religieux!» Ce qui avait choqué cette
personne était l’utilisation de l’adjectif «religieux» en parlant
de l’OTS. A ses yeux, cela équivalait à un certificat de bonnes
mœurs, mettant l’OTS sur le même pied de respectabilité que l’Eglise
catholique romaine ou l’Eglise réformée! Or, au sens où je l’utilise,
le mot «religion» est un terme neutre, descriptif, sans connotation
automatiquement positive: si un groupe religieux légitime à travers
sa doctrine (pour prendre un cas extrême) des meurtres ou d’autres
actes répréhensibles, cela n’ôte, à mes yeux, rien à sa nature religieuse,
mais signifie simplement qu’il s’agit d’un groupe religieux criminel,
les deux adjectifs n’étant pas mutuellement exclusifs. Telle n’est
cependant pas la manière dont le perçoivent beaucoup de gens, qui
peuvent se sentir sincèrement choqués par une telle approche. La
connotation valorisante de la catégorie religieuse est également
ressentie par certains des groupes concernés (tandis que d’autres,
pour différentes raisons, tiennent au contraire à s’en démarquer).
On pourrait envisager la «religion», suggère un sociologue américain,
non comme une caractéristique inhérente à certains phénomènes, mais
comme une «ressource culturelle» revendiquée par des groupes (et,
le cas échéant, contestée par d’autres) afin de prétendre aux privilèges
associés à l’étiquette religieuse[38]; en effet, la classification
comme «religieux» peut présenter, pour un groupe, des avantages
concrets, par exemple des exemptions fiscales. Si des autorités
administratives viennent consulter des chercheurs en science comparée
des religions pour résoudre des cas difficiles, il faut être en
mesure de leur fournir des éléments d’appréciation.
Un
cas délicat et d’actualité est celui de l’Eglise de Scientologie.
Ce mouvement – qui est en Suisse le plus controversé depuis des
années, sans être représentatif de l’ensemble des NMR – s’efforce
avec une grande énergie de se faire considérer comme une religion,
y voyant manifestement certains avantages. Il sollicite régulièrement
des chercheurs pour leur demander de rédiger des expertises attestant
le caractère religieux de la Scientologie; ces expertises, qui sont
payées (bien que pas pour des sommes très élevées, semble-t-il),
sont ensuite publiées et largement diffusées par le mouvement[39].
Cela pose quelques sérieux problèmes déontologiques du point de
vue des chercheurs[40]:
pas seulement du fait qu’on reçoit un paiement du groupe étudié,
mais surtout parce que l’on sait d’avance que l’expertise livrée
est destinée à être instrumentalisée dans le cadre d’une bataille
idéologique et qu’accepter de l’écrire revient donc, qu’on le veuille
ou non, à prendre parti. En outre, s’il est exact que, sur la base
de critères classiques de la sociologie religieuse, on peut argumenter,
d’un point de vue théorique, que la Scientologie remplit bien les
conditions pour être qualifiée de religion[41],
il me semble qu’on doit aussi examiner la façon dont le groupe a
fait usage de ces définitions (c’est-à-dire s’il se définit de façon
cohérente comme une religion, ou s’il revendique le qualificatif
en fonction des circonstances). Enfin, puisqu’il n’y a pas de définition
absolue de la religion, il faut aussi admettre qu’une société puisse
considérer, d’un point de vue purement administratif, un mouvement
comme religieux ou non en fonction de la perception du «religieux»
qu’a cette société (bien entendu sans qu’une classification administrative
comme religion ou non entraîne des conséquences sur le plan de la
liberté de conscience et d’action de ses membres, qui doit dans
tous les cas rester entière tant qu’elle ne présente pas de danger
pour la société ou pour ses membres).
Cela
nous conduit aussi à un autre problème épineux, mais de plus en
plus soulevé aujourd’hui: dans la mesure où, en tant que chercheurs,
nous sommes aussi des hommes et des femmes ayant une responsabilité
envers la société dans laquelle nous vivons, dans la mesure où ce
qu’on qualifie d’«agnosticisme méthodologique» n’empêche pas que
chacun de nous soit aussi attaché à des valeurs, avons-nous le droit
d’émettre des évaluations critiques à l’égard des phénomènes que
nous étudions, ou devons-nous même le faire dans certains cas? Cela
ne se limite pas aux NMR, il s’agit d’une question plus large[42],
mais elle se pose de façon particulièrement vive pour les NMR en
raison des controverses qui font rage autour de certains d’entre
eux, et suscitent l’attention des autorités dans plusieurs pays
(rapports parlementaires en France, en Belgique, en Allemagne et
en Suède, expertise dans le canton de Genève, rapport de police
en Italie, rapport du canton du Tessin, etc.). En outre, des chercheurs
se trouvent parfois mis en cause publiquement et accusés d’être
sortis de leur statut d’observateurs indépendants pour se transformer
en «apologistes» des mouvements qu’ils étudient. Bien entendu, les
spécialistes des NMR eux-mêmes n’ignorent pas ces questions, qui
ont fait l’objet de discussions très franches entre experts lors
des conférences de la Society for the Scientific Study of Religion
et de l’American Academy of Religion en 1998[43].
Sans
prétendre donner de réponse absolue, je veux partager quelques réflexions
sur ces questions. Je ne pense pas qu’un spécialiste de l’étude
des religions soit condamné au relativisme – ni dans ses prises
de position publiques ni dans ses convictions personnelles. Avec
le foisonnement actuel de NMR, il est inévitable, d’un simple point
de vue statistique, que s’y trouvent, parmi leurs chefs et leurs
adeptes, un certain nombre de personnalités déséquilibrées, potentiellement
dangereuses ou même criminelles – des cas comme celui d’Aum Shinrikyo
au Japon suffisent à le démontrer[44]. Un chercheur en
science comparée des religions n’idéalise pas les faits religieux:
il peut certes se passionner pour des constructions doctrinales,
leur évolution, leurs points de contact avec d’autres traditions,
mais il sait qu’il y a, derrière tout cela, des êtres humains avec
leurs faiblesses et leurs pulsions, et que celles-ci peuvent parfois
s’abriter derrière de belles justifications doctrinales. Il sait
que les religions sont tout autant des facteurs de conflit que de
dialogue ou de coopération. S’il se trouve donc confronté à des
pratiques objectivement répréhensibles, il n'y a pas de raison qu’il
ne le dise pas. Lorsque j’écris sur l’affaire du Temple Solaire,
dont j’ai été amené à m’occuper de près (ayant été le seul chercheur
à s’être penché sur ce groupe avant les tragiques événements de
1994), je suis certes en mesure de me livrer à une analyse froide
et dépassionnée, mais, au moment de tirer des conclusions, je ne
saurais oublier que l’aboutissement de toute cette affaire a non
seulement été une série de suicides, mais aussi plusieurs assassinats[45].
Le cas est extrême, mais doit nous inciter à la vigilance: les universitaires
japonais qui avaient souligné les aspects positifs d’Aum Shinrikyo
avant l’attentat au sarin dans le métro de Tokyo s’en mordent les
doigts aujourd’hui…
Je
crois que des principes idéologiques posent également des questions:
en examinant un système tel que la Scientologie, on peut s’interroger
sur certains traits analogues à ceux d’idéologies totalitaires et,
d’autre part, sur des directives qui semblent à la racine de comportements
problématiques adoptés par des membres du groupe[46].
Je
ne prône pas une science des religions «engagée», ni dans le sens
d’une impossible et peu souhaitable définition des normes du «religieusement
correct» ni – comme c’était le cas chez certains auteurs de la première
moitié du siècle – pour promouvoir à travers elle un projet «théologique»;
en revanche, je crois à une science des religions responsable. Il
va sans dire que l’éventuel jugement de valeur ne saurait en aucun
cas être l’objectif même de la recherche: lorsque je me trouve face
à des étudiants qui me demandent conseil et m’expliquent qu’ils
veulent étudier un groupe (qu’ils n’ont pas encore approché directement,
mais dont ils ont entendu parler par les médias) pour en dénoncer
les travers, je pense que c’est une mauvaise approche, car la grille
interprétative est posée d’avance; la critique ne peut être que
le résultat d’un travail, pas son présupposé! A l’inverse, lorsque
des chercheurs prennent le risque de se transformer en avocats au
service de groupes qu’ils étudient, on assiste à une dérive tout
aussi peu souhaitable[47], que je ne confonds pas, bien
entendu, avec le légitime souci de présenter une image nuancée de
ces groupes, même si elle contredit celle (parfois caricaturale)
que nous proposent les médias. Car les présentations stéréotypées
des NMR abondent, et le chercheur se trouvera inévitablement amené
à les contredire parfois, non sans certains risques: lorsque j’explique
que la réalité d’un mouvement est différente de celle que lui attribuent
des médias, je sais que certains commentateurs enclins à la polémique
me soupçonneront aussitôt de vouloir «blanchir» ledit mouvement
pour d’obscurs motifs!
C’est
à chaque chercheur de trouver une ligne pour demeurer dans une démarche
équilibrée et ne pas se transformer en «croisé» d’une cause ou d’une
autre[48].
Mais il doit avoir conscience, en se lançant sur ce terrain de travail,
qu’il se trouvera potentiellement en concurrence avec d’autres fournisseurs
d’informations poursuivant des objectifs différents; il ne sera
pas toujours facile d’éviter frictions ou malentendus[49]. «Individu ou société,
remarque Emile Poulat, ce n’est jamais sans risque qu’on touche
au vivant, dont un biologiste du début de notre siècle disait
que sa première caractéristique était l’irritabilité.»[50] Il serait naïf d’imaginer que nos recherches resteront
à l’abri du regard parfois très critique d’autres acteurs.
Nous
devrons alors veiller à ce que l’impact médiatique des polémiques
sociales n’en fasse pas pour nous le centre même de nos préoccupations.
Notre objectif, en tant que chercheurs, est de comprendre et d’interpréter
la dynamique de croyances et de pratiques. Notre rôle premier n’est
certainement ni celui de juges ni celui d’avocats, mais celui de
traducteurs, d’interprètes: c’est en remplissant pleinement ce rôle
que notre discipline démontrera son utilité – et répondra également,
dans le cadre de ses compétences, aux interrogations de la société
à laquelle nous appartenons.
La
question des sources sur lesquelles nous fonder pour accomplir notre
tâche se pose lorsque nous approchons les NMR. S’il est vrai que
la science comparée des religions a pu, dans certains cas, se borner
à une étude des textes, il est difficile de procéder de cette manière
en nous penchant sur la majorité des NMR. Lorsqu’un mouvement a
moins de quelques décennies d’existence, et surtout si son fondateur
est encore de ce monde, son cadre est probablement loin de se trouver
fixé de façon stable: «les Etres Divins sont toujours proches [de
moi], m’enseignant constamment la nouvelle information», explique
à ses auditeurs Maître Luon Minh Dang, fondateur du mouvement Spiritual
Human Yoga[51].
En raison de ces rapides évolutions, il n’est plus possible de porter
aujourd’hui sur les NMR les plus connus des années 1970 le même
regard qu’il y a vingt ans, ne serait-ce que parce que le noyau
de leurs adeptes de cette période s’en est éloigné ou a mûri avec
le mouvement[52].
Un récent livre d’un expert allemand sur l’Eglise de l’unification
aborde celle-ci en insistant sur sa mutation[53]: si l’on décrivait
l’Eglise de l’unification (même en se bornant à sa doctrine) en
s’appuyant sur des documents vieux de vingt ans, on risquerait d’en
donner une présentation tronquée. Même si l’on n’est ni sociologue
ni ethnologue, il faudra donc examiner le mouvement sur le terrain
et suivre, le cas échéant, l’évolution de la construction doctrinale,
processus qui pourra aussi se trouver conditionné par des circonstances
extérieures au mouvement. Certains chercheurs, en particulier Robert
Ellwood, ont proposé de parler de «religions émergentes», expression
qui a l’avantage d’être suggestive par le caractère non achevé qu’elle
laisse supposer. Si des textes fondateurs existent, il convient
cependant de se pencher attentivement sur ceux-ci: à cet égard,
certaines «nouvelles révélations» offrent un matériel particulièrement
digne d’intérêt. Il y aurait, par exemple, tout un travail à faire
sur le corpus du mouvement allemand Vie Universelle ou sur la Révélation
d’Arès en France.
Je
vous rends également attentifs aux apports que peut représenter
une utilisation judicieuse et critique des ressources du réseau
Internet: la facilité avec laquelle des informations peuvent être
répercutées instantanément nous offre des avantages considérables
par rapport à la situation qui existait y a dix ans seulement. Il
m’est déjà arrivé de repérer, grâce à Internet, des groupes inconnus
de tous les répertoires spécialisés. Dans certains cas, c’est même
plutôt l’abondance d’informations qui menace, et il importe d’apprendre
à trier rapidement et à repérer les sites pertinents: un livre de
plus de 300 pages consacré uniquement au recensement des sites mormons
sur Internet a été publié en 1997[54],
et sans doute serait-il plus épais encore aujourd’hui! Le groupe
Heaven’s Gate avait placé nombre de ses textes sur Internet avant
de quitter cette planète, et l’on peut encore les consulter sur
plusieurs sites miroirs[55].
Des documents difficilement accessibles autrefois s’affichent sur
notre écran en quelques secondes. Des articles publiés par des chercheurs
dans des revues peu diffusées sont instantanément accessibles sans
même quitter son bureau, ou sont rédigés spécialement pour des journaux
électroniques. Des controverses internes à un mouvement deviennent
subitement accessibles à l’observateur extérieur. Pour prendre un
exemple actuel, l’un des principaux dirigeants des dévots de Krishna
en Europe a fait défection au début de l’été 1998, ce qui suscite
de vives polémiques: des sites Internet de dévots de Krishna «réformistes»
publient au fur et à mesure les pièces du dossier[56],
alors qu’il aurait fallu des contacts avec différents acteurs pour
y avoir accès auparavant; il ne s’agit pas seulement de nouvelles
fraîches, mais aussi de débats doctrinaux fondamentaux qui se trouvent
ainsi propagés. Ces possibilités sans précédent de diffusion de
l’information auront des conséquences internes pour ces mouvements[57]. Des groupes qui
cultivaient la discrétion ou se souciaient de contrôler étroitement
l’information circulant à leur sujet voient soudain des textes,
même confidentiels, largement diffusés par des «dissidents». Tout
cela multiplie les sources pour le chercheur: il doit veiller non
seulement à ne pas s’y perdre, mais aussi à développer un sens critique
aiguisé pour les évaluer. Le réseau Internet ne va pas remplacer
les méthodes traditionnelles de recherche: il met à notre disposition
un instrument de plus, si nous savons l’utiliser judicieusement.
Si
Internet est un moyen indiqué surtout pour suivre certaines mutations
des NMR, l’approche de la science comparée des religions ne doit
jamais perdre de vue la dimension diachronique des courants étudiés
et les examiner dans une perspective historique: la «nouvelle religiosité»
n’est pas toujours aussi nouvelle qu’on l’imagine! Notre recherche
doit s’efforcer de replacer un mouvement dans son contexte, de voir
quels sont ses liens avec d’autres traditions ou des mouvements
antérieurs. Il y a quelques années, je m’étais intéressé de près,
durant plusieurs mois, à la nouvelle religion japonaise Sukyo Mahikari,
et j’avais même accompagné un groupe de membres suisses et français
au Japon, en 1989, pour un pèlerinage à l’occasion du 30e
anniversaire du mouvement. Toute une série de pratiques de Mahikari
soit sont largement répandues au Japon, soit ont été reprises de
nouvelles religions antérieures à Mahikari. Si l’on considère Mahikari
isolément, comme si le groupe était «tombé du ciel», sans s’intéresser
au contexte japonais en général et au monde des nouvelles religions
du Japon en particulier, on ne pourra interpréter correctement certains
faits; cela n’empêche pas de faire une recherche sur la diffusion
de Mahikari dans un pays européen, par exemple, puisque les adhérents
européens ne connaîtront généralement pas non plus la culture et
la religiosité japonaise. En revanche, si l’on veut aller plus loin,
on devra soit apprendre le japonais et étudier directement le monde
religieux du Japon en s’y immergeant, soit consulter les spécialistes
des religions japonaises et lire leurs travaux[58]. Il ne suffira d’ailleurs pas
de s’intéresser au Japon, car on découvrira aussi que Mahikari a
fait des emprunts à la religiosité parallèle occidentale. Ces interactions
allant dans plusieurs directions simultanément rendent d’autant
plus passionnante l’étude des religions contemporaines, mais demandent
en même temps une curiosité toujours en éveil et dépassant un terrain
trop circonscrit.
On
veillera aussi à ne pas se contenter d’examiner des phénomènes religieux
comme s’il existait quelque chose de «purement religieux». Le domaine
religieux a certes ses spécificités, mais il n’est jamais totalement
séparé de facteurs sociaux, politiques, économiques, etc. On peut,
bien entendu, étudier l’implantation d’un groupe d’origine hindoue
en Europe en s’intéressant uniquement aux motivations des convertis
et à ce qu’ils nous révèlent par rapport aux quêtes religieuses
de nos sociétés. C’est un travail d’enquête légitime, utile et intéressant.
Mais il sera encore plus instructif, si on le peut et si cela est
pertinent, d’essayer de recueillir des éléments pour voir quelle
fonction joue le groupe dans sa société d’origine: comment, par
exemple, des politiciens indiens courtisent Sathya Sai Baba ou des
politiciens japonais vont rendre hommage aux chefs de nouvelles
religions. On ne saisit qu’une partie de la nature d’un groupe d’origine
exotique si l’on ne voit que sa face occidentale: je me souviens
d’avoir assisté il y a plusieurs années, à Saint-Gall, à des causeries
philosophiques que tenait devant quelques dizaines de personnes,
très tôt le matin, feu Swami Chinmayananda; mais il n’est pas sans
importance de savoir que le même swami philosophe était, dans son
pays, un gourou politique étroitement lié aux efforts de milieux
nationalistes indiens. Des remarques semblables pourraient être
faites sur des mouvements de différentes origines.
Face
à un NMR, nous allons nous livrer exactement au même travail que
face à une «grande religion», ce qui signifie prendre ses doctrines
au sérieux, dans la mesure où elles sont porteuses de sens pour
ceux qui y adhèrent[59].
Il faudra aussi s’intéresser aux rituels, aux pratiques, à l’interaction
entre les membres. On peut également choisir des angles d’approche
plus particuliers: par exemple, plusieurs travaux de chercheurs
anglophones s’intéressant au statut des femmes dans différents NMR
ont été publiés ces dernières années[60].
Si
nous sommes engagés dans une entreprise comparative, nous aurons
à ordonner le matériel rassemblé, à opérer des classifications.
A ce moment-là, veillons à ne pas hypertrophier un aspect du groupe,
peut-être le plus frappant. Je me souviens de certains des premiers
livres que, encore adolescent, j’avais lu sur les sectes: des groupes
étaient classés les uns comme «sectes millénaristes», d’autres comme
«sectes guérisseuses» – tout cela paraissait clair, simple, satisfaisant
pour l’esprit, mais ne risquait-on pas de réduire le groupe à une
seule caractéristique, en sous-estimant les autres? Je reprends
le cas de Mahikari: certains auteurs ont insisté, dans des études
d’ailleurs fort intéressantes, sur la dimension «magique» du mouvement[61].
D’autres ont mis l’accent sur son caractère «thaumaturgique». Mais,
comme le fait observer une chercheuse française en s’intéressant
à ce dernier point, la perspective de la doctrine de Mahikari est
plus large, bien des enseignements n’ont «aucun rapport avec la
notion de ‘guérison’»[62]. En catégorisant
Mahikari comme mouvement magique, thaumaturgique ou millénariste
(qualificatif pour lequel on pourrait aussi trouver de bonnes justifications),
on tend à ramener le mouvement à un unique aspect, à en négliger
d’autres facettes.
Il
y a, dans l’approche des NMR, plusieurs perspectives possibles,
et les apports de différentes disciplines sont donc les bienvenues[63].
Historiens des religions, sociologues, ethnologues, psychologues
et théologiens ont tous quelque chose à apporter à notre effort
de compréhension: aucune discipline ne peut prétendre détenir l’exclusivité
du sujet ou offrir l’unique approche adéquate! En étudiant des mouvements
nouveaux, nous ne nous intéressons pas qu’à des phénomènes un peu
marginaux, mais nous recueillons des connaissances utiles à l’étude
des faits religieux en général. Nul doute que beaucoup de ces mouvements
s’éteindront: la concurrence est dure sur le marché du religieux!
Mais, même si nous nous intéressons à un groupe éphémère, nous n’aurons
pas perdu notre temps: cela nous apprendra aussi quelque chose sur
les conditions du succès ou de l’échec d’un mouvement religieux
émergent[64].
Il
est vrai qu’il y a eu, depuis une vingtaine d’années, un nombre
appréciable d’études sur des NMR, y compris en Europe[65]. Mais l’on se rend
compte aussi que l’ampleur de la recherche se trouve loin d’être
égale d’un pays à l’autre; en outre, malgré la longueur croissante
des bibliographies, seule une petite partie du terrain a sérieusement
été étudiée. Souvent, face à des demandes d’information sur des
groupes particuliers, il est difficile de trouver un chercheur qui
en ait une connaissance de première main. Depuis longtemps, je pense
que, comme l’a récemment écrit aussi David Bromley, une attention
disproportionnée a été accordée par les chercheurs à quelques-uns
des NMR parmi les plus importants et les plus controversés[66]:
or, n’oublions pas que, à côté de quelques mouvements dont nous
entendons parler par les médias, il en existe des dizaines, des
centaines d’autres, proches ou exotiques, qui n’ont encore fait
l’objet d’aucune étude approfondie. «La moisson est grande, mais
les ouvriers peu nombreux»: plutôt que d’arpenter des champs déjà
labourés, c’est vers de tels groupes qu’il convient d’inciter à
se tourner les jeunes chercheurs qu’attirent ces sujets.
©
Jean-François Mayer 1999-2003
[1] Nobutaka Inoue, «The Information Age and the Globalization of Religion», in Globalization and Indigenous Culture, Tokyo, Kokukaguin
University, 1997, pp.80-96 (pp.89-90).
[2] David B. Barrett (dir.), World Christian Encyclopedia, Nairobi/ Oxford/
New York, Oxford University Press, 1982, p.782.
[3] Rosalind I.J. Hackett, Religion in Calabar: The Religious Life and History
of a Nigerian Town, Berlin/ New York, Mouton de Gruyter, 1989.
[4] Andrew Rawlinson, The Book of Enlightened Masters: Western Teachers in Eastern
Traditions, Chicago/ LaSalle, Open Court, 1997.
[5] Inken Prohl, «Zwischen ‘Spiritualität’ und Kommerz. Einige Anmerkungen zum
New Age in Japan», in Spirita. Zeitschrift für Religionswissenschaft,
11/2, mars 1998, pp.12-15.
[6] Cf. Klaus-Josef Notz, «Revitalisierungsversuche heiliger Stätten aus den vorgeschichtlichen
Religionen Europas», in Udo Tworuschka (dir.), Heilige Stätten,
Darmstadt, Wissenschaftliche Buchgesellschaft, 1994, pp.219-228.
[7] Cf. Graham Harvey, Listening People, Speaking Earth: Contemporary Paganism,
London, Hurst, 1997. Sur
la situation américaine dans les annés 1970 et 1980, une bonne
enquête demeure celle qu’avait menée Margot Adler, Drawing
Down the Moon: Witches, Druids, Goddess-Worshippers, and Other
Pagans in America Today, éd. revue et augmentée, Boston, Beacon
Press, 1986. Cf. également J. Gordon Melton, Magic, Witchcraft, and Paganism in America.
A Bibliography, New York/ London. Garland,
1982.
[8] Cf. notamment: Karlheinz Weissmann, Druiden, Goden, Weise Frauen. Zurück
zu Europas alten Göttern, Freiburg/ Basel/ Wien, Herder, 1991;
Stefanie von Schnurbein, Göttertrost in Wendezeiten: Neugermanisches
Heidentum zwischen New Age und Rechtsradikalismus, München,
Claudius, 1993.
[9] Cf. par ex. Sergei
Filatov et Aleksandr Shchipkov, «Religious Developments among
the Volga Nations as a Model for the Russian Federation», in Religion,
State & Society, 23/3, sept.1995, pp.233-248.
[10] Richard Cimino et Don Lattin, Shopping for Faith: American Religion in the
New Millenium, San Francisco, Jossey-Bass, 1998, p.11.
[11] Pour un exemple d’enquête de ce type, cf. Richard P. Cimino, Against the
Stream: The Adoption of Traditional Christian Faiths by Young
Adults, Lanham/ New York/ London, University Press of America,
1997.
[12] Cf. Nathalie Luca et Frédéric Lenoir, Sectes: mensonges et idéaux, Paris, Bayard Editions, 1998,
p.107.
[13] Pour un état de la discussion dans
la perspective d’historiens des religion, cf. Ugo Bianchi (dir.), The Notion of «Religion» in Comparative Research, Roma, «L’Erma» di Bretschneider, 1994.
[14] Cf. les remarques de Kurt Rudolph,
ibid., pp.138-139.
[15] Cf. J.-F. Mayer, «Note sur les ‘nouveaux
mouvements magiques’», à paraître en 1999 dans le N°22 de la revue ARIES (Association pour la recherche et l’information sur
l’ésotérisme, Paris).
[16] Pour une introduction aux résultats
de la recherche sociologique (anglo-saxonne) des dernières décennies,
on peut lire Lorne L. Dawson, Comprehending Cults: The Sociology
of New Religious Movements, Toronto, Oxford University Press,
1998.
[17] James A. Beckford, Cult Controversies: The Societal Response to New Religious
Movements, London/ New York, Tavistock, 1985, p.14.
[18] Bryan R. Wilson, Religious Sects,
London, Weidenfeld and Nicolson, 1970 (trad. française: Les
Sectes religieuses, Paris, Hachette, 1970).
[19] Cf. Bryan R. Wilson, The Social Dimensions of Sectarianism: Sects and New
Religious Movements in Contemporary Society, Oxford, Clarendon
Press, 1990, pp.204-205.
[20] Enzo Pace, Le sette, Bologna,
Il Mulino, 1997. C’est également la position que soutient Jean-Louis
Schlegel, «Pourquoi on n’en finit pas avec les sectes», in Esprit,
N°233, juin 1997, pp.107-112.
[21] La polémique autour des sectes a
entraîné l’introduction du mot cult dans ce sens négatif
dans d’autres langues, de préférence avec un adjectif en renforçant
le sens: par exemple destruktive Kulte en allemand, reprise
de l’américain destructive cults.
[22] James T. Richardson, «Definitions of Cult: From
Sociological-Technical to Popular Negative», in Lorne L. Dawson, Cults in Context: Readings in the Study of New Religious Movements,
Toronto, Canadian Scholars’ Press, 1996, pp.29-38 (p.37) (publié
précédemment dans Review of Religious Research, vol.34,
1993, pp.348-356). Cf. également Jane Dillon et James Richardson,
«The ‘Cult’ Concept: A Politics of Representation Analysis», in Syzygy: Journal of Alternative Religion and Culture, 3/3-4,
1994, pp.185-197.
[23] Pour un intéressant et bref panorama de la problématique actuelle autour de
l’utilisation de ces mots, cf. Reinhart Hummel, «Neue religiöse
Bewegungen und ‘Sekten’», in Materialdienst der Evangelischen
Zentralstelle für Weltanschauungsfragen, 61/8, août 1998,
pp.225-236 (publié précédemment dans Theologische Literaturzeitung,
123/4, avril 1998).
[24] Roy Wallis, The Elementary Forms of New Religious Life, London, Routledge & Kegan Paul, 1994.
[25] Rodney Stark et William Sims Bainbridge, The Future of Religion: Secularization,
Revival, and Cult Formation, Berkeley, University of California
Press, 1985 (en particulier chap. 2 pour le cadre théorique).
[26] On pourrait m’objecter que la frontière
est difficile à tracer dans un cadre comme celui de l’hindouisme,
par exemple, mais il n’en reste pas moins que les courants néo-hindouistes
qui recrutent également des adeptes occidentaux, sont, du point
de vue de leur structure, des organisations religieuses modernes,
comme le suggèrent déjà leurs intitulés dans de nombreux cas.
[27] Cf. Phillip E. Hammond (dir.), The Sacred in a Secular Age, Berkeley,
University of California Press, 1985.
[28] Lewis F. Carter, «The ‘New Renunciates’ of the Bhagwan Shree Rajneesh: Observations
and Identification of Problems of Interpreting New Religious Movements»,
in Journal for the Scientific Study of Religion, 26/2,
1987, pp.148-172 (p.149).
[29] Cf. Rajneeshism: An Introduction to Bhagwan Shree Rajneesh and His Religion,
2e éd. révisée, Rajneeshpuram, Rajneesh International
Foundation, 1983, p.11.
[31] Françoise Champion, «De l’hétérodoxie
des nouveaux groupes mystiques et ésotériques», in Jean Baubérot, Pluralisme et minorités religieuses, Louvain/ Paris, Peeters,
1991, pp.101-108 (p.102).
[32] J.-F. Mayer, Les Nouvelles Voies
spirituelles. Enquête sur la religiosité parallèle en Suisse,
Lausanne, L’Age d’Homme, 1993.
[33] Pour une introduction à la problématique,
cf. Arthur L. Greil, «Explorations along the Sacred Frontier:
Notes on Para-Religions, Quasi-Religions, and Other Boundary Phenomena»,
in David G. Bromley et Jeffrey K. Hadden (dir.), Religion and
the Social Order. The Handbook on Cults and Sects in America, Part A, Greenwich (Connecticut)/ London, JAI Press, 1993, pp.153-172. Cf. également Arthur L. Greil et Thomas Robbins (dir.), Religion
and the Social Order. Between Sacred and Secular: Research and
Theory on Quasi-Religion, Greenwich (Connecticut)/ London,
JAI Press, 1994.
[34] Arthur L. Greil et David R. Rudy, «On the Margins of the Sacred», in Thomas
Robbins et Dick Anthony (dir.), In Gods We Trust: New Patterns
of Religious Pluralism in America, New Brunswick/ London,
Transaction, 1990, pp.219-232.
[35] James A. Beckford, «The World Images of New Religious and Healing Movements»,
in R. Kenneth Jones (dir.), Sickness and Sectarianism: Exploratory
Studies in Medical and Religious Sectarianism, Aldershot (Hampshire)/
Brookfield (Vermont), Gower, 1985, pp.72-93.
[36] James A. Beckford et Araceli Suzara, «A New Religious and Healing Movement
in the Philippines», in Religion, 24/2, April 1994, pp.117-141.
[37] Cf. Colin Campbell, «The Cult, the Cultic Milieu and Secularization», in A
Sociological Yearbook of Religion in Britain – 5, London,
SCM Press, pp.119-136.
[38] Arthur L. Greil, «Sacred Claims: The ‘Cult Controversy’ as a Struggle over
the Right to the Religious Label», in Lewis F. Carter (dir.), Religion and the Social Order. The Issue of Authenticity in
the Study of Religions, Greenwich (Connecticut)/ London, JAI
Press, 1996, pp.47-63 (p.49).
[39] Cf. Les experts étudient la Scientologie,
tomeI, Paris, Association Spirituelle de l’Eglise de Scientologie
d’Ile-de-France, s.d. (1996?), et surtout, pour une argumentation
complète accompagnée d’évaluations d’experts, Scientology:
Theory and Practice of a Contemporary Religion, Los Angeles,
Bridge Publications, 1998.
[40] Chaque fois que j’ai été sollicité,
j’ai refusé de livrer de telles expertises, pour quelque mouvement
que ce soit
[41] C’est ce que fait Bryan Wilson, dans
le chapitre 13 de ses Social Dimensions of Sectarianism («Scientology: A Secularized Religion»): ayant établi une liste
de vingt caractéristiques définissant une religion, il aboutit
à la conclusion que la Scientologie remplit les conditions d’une
majorité d’entre elles.
[42] Cf. Gritt Maria Klinkhammer et al., Kritik an Religionen: Religionswissenschaft
und der kritische Umgang mit Religionen, Marburg, Diagonal-Verlag,
1997.
[43] On peut également lire le dossier «Academic Integrity and the Study of New
Religious Movements», publié dans Nova Religio: The Journal
of Alternative and Emergent Religions, 2/1, oct. 1998. Mon
expérience m’a cependant enseigné que la transparence et le respect
de règles déontologiques strictes ne suffisaient pas à prévenir
les polémiques…
[44] Cf. Ian Reader, A Poisonous Cocktail? Aum Shinrikyo’s Path to Violence,
Copenhagen, NIAS Books (Nordic Institute of Asian Studies), 1996;
Martin Repp, Aum Shinrikyo: Ein Kapitel krimineller Religionsgeschichte,
Marburg, Diagonal-Verlag, 1997.
[45] J.-F. Mayer, Les Mythes du Temple
Solaire, Genève, Ed. Georg, 1996 (cf. l’édition allemande
revue et substantiellement augmentée: Der Sonnentempel. Die Tragödie einer Sekte, Freiburg, Paulusverlag, 1998). Cf. également J.-F. Mayer, «Les Chevaliers de l’Apocalypse: l’Ordre
du Temple Solaire et ses adeptes», in Françoise Champion et Martine
Cohen (dir.), Sectes et Démocratie, Paris, Ed. du Seuil,
1999, pp.205-223.
[46] Cf. le rapport préparé à l’intention
de la Commission consultative en matière de protection de l’Etat
et à la rédaction duquel j’ai participé: La Scientologie en
Suisse, Berne, Département Fédéral de Justice et Police, 1998.
[47] On en trouvera un exemple présenté par un article de Robert W. Balch et Stephan
Langdon, «How the Problem of Malfeasance Gets Overlooked in Studies
of New Religions: An Examination of the AWARE Study of the Church
Universal and Triumphant», in Anson Shupe (dir.), Wolves within
the Fold: Religious Leadership and Abuses of Power, New Brunswick
(New Jersey)/ London, Rutgers University Press, 1998, pp.191-211.
[48] Cf. aussi J.-F. Mayer, Confessions
d’un chasseur de sectes, Paris, Ed. du Cerf, 1990, qui fut
au moment de sa rédaction une tentative de premier bilan sur une
activité de recherche, et en même temps une occasion de définir
publiquement certaines lignes directrices de mon travail; ma réflexion
à ce sujet s’est affinée et approfondie depuis.
[49] Cf. Martin Baumann, «Channelling Information: The Stigmatization of Religious
Studies as an Aspect of the Debate about the New Religious Movements
in Germany», in Eileen Barker et Margit Warburg (dir.), New
Religions and New Religiosity, Aarhus, Aarhus University
Press, 1998, pp.204-221. Cet
article recoupe en partie un autre texte du même auteur: «‘Merkwürdige
Bundesgenossen’ und ‘naive Sympathisanten’. Zur Ausgrenzung der Religionswissenschaft in der bundesdeutschen Debatte um
neue Religionen», in Zeitschrift für Religionswissenschaft,
3/2, 1995, pp.111-136.
[50] Emile Poulat, «Sociologues et sociologie
devant le phénomène sectaire», in La Pensée, N°316, oct.-déc.
1998, pp.93-106 (p.99).
[51] «Level 5.2 Seminar (Special Spiritual), December 26-30, 1998, St. Louis, Missouri,
USA» (polycopié du Spiritual Human Yoga), p.261.
[52] Cf. Eileen Barker, «Plus ça change…»,
in Social Compass, 42/2, juin 1995, pp.165-180.
[53] Reinhart Hummel, Vereinigungskirche– die «Moon-Sekte» im Wandel, Neukirchen-Vluyn,
Friedrich Bahn Verlag, 1998. Cf. également l’entretien avec le
président coréen de la Fédération des familles pour la paix mondiale,
in Materialdienst der Evangelischen Zentralstelle für Weltanschauungsfragen,
62/1, janvier 1999, pp.15-22.
[54] Lauramaery Gold, Mormons on the Internet, Rocklin (California), Prima
Publishing, 1997.
[55] Par ex.: http://www5.zdnet.com/yil/higher/heavensgate/index.html.
[56] Voir les sites http://www.chakra.org
et http://www.vnn.org.
[57] Je me propose de présenter au colloque
annuel du CESNUR à Bryn Athyn (Pennsylvanie) en juin 1999 un exposé
sur le thème «New Religious Movements Facing the Challenge of
the Internet».
[58] Pour une introduction générale au
contexte religieux japonais (y compris les nouvelles religions),
on peut lire: H. Byron Earhart, Religions of Japan: Many Traditions
Within One Sacred Way, San Francisco, Harper & Row, 1984;
Ian Reader, Religion in Contemporary Japan, London, Macmillan,
199; Noriyoshi Tamaru et David Reid (dir.), Religion in Japanese
Culture: Where Living Traditions Meet a Changing World, Tokyo/
London/ New York, Kodansha, 1996. Au sujet de la recherche japonaise
sur les nouvelles religions: Johannes Laube (dir.), Neureligionen:
Stand ihrer Erforschung in Japan. Ein
Handbuch, Wiesbaden, Harrasowitz Verlag, 1995. Sur leur transplantation en Occident:
Peter B. Clarke et Jeffrey Sommers (dir.), Japanese New Religions
in the West, Sandgate (Folkestone, Kent), Japan Library, 1994.
[59] Pour un bon exemple d’approche de ce type, cf. le livre de Mary Farrell Bednarowski, New Religions and the Theological Imagination in America,
Bloomington/ Indianapolis, Indiana University Press, 1989.
[60] Elizabeth Puttick et Peter B. Clarke (dir.), Women as Teachers and Disciples
in Traditional and New Religions, Lewiston/ Queenston/ Lampeter,
Edwin Mellen Press, 1993; Catherine Wessinger (dir.), Women’s
Leadership in Marginal Religions: Explorations Outside the Mainstream,
Urbana/ Chicago, University of Illinois Press, 1993; Susan Jean
Palmer, Moon Sisters, Krishna Mothers, Rajneesh Lovers: Women’s
Roles in New Religions, Syracuse (New York), Syracuse University
Press, 1994; Elizabeth Puttick, Women in New Religions: In
Search of Community, Sexuality and Spiritual Power, London,
Macmillan, 1997.
[61] Cf. Winston Davis, Dojo: Magic and Exorcism in Modern Japan, Stanford,
Stanford University Press, 1980, p.209. Nous
n’entrons pas ici dans la question de la légitimité de l’application
de cette étiquette à des mouvements non occidentaux.
[62] Laurence Bernard-Mirtil, Sukyo Mahikari: une nouvelle religion venue du
Japon, Trignac, Ed. Bell Vision, 1998, p.125.
[63] Cf. Margit Warburg (dir.), Studying New Religions, Copenhagen, Institute
of History of Religions, 1995.
[64] Pour une tentative de théorisation sociologique sur cette question, cf. Rodney
Stark, «Why Religious Movements Succeed or Fail: A Revised General
Model», in Journal of Contemporary Religion, 11/2, mai
1996, pp.133-146.
[65] Elisabeth Arweck et Peter B. Clarke, New Religious Movements in Western
Europe: An Annotated Bibliography, Westport/ London, Greenwood
Press, 1997.
[66] David G. Bromley, «New Religious Movements», in William H. Swatos (dir.), Encyclopedia
of Religion and Society, Walnut Creek (California), AltaMira
Press, 1998, pp.328-333 (p.331).
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