FRIBOURG
(Suisse):
UN REPERTOIRE DES RELIGIONS
EN PREPARATION
Religioscope
- 13 avril 2002
La section de Religioscope consacrée aux zones géographiques s'attachera en général à
une description de la situation des religions dans une région,
un pays ou même un continent. Cette fois-ci, nos lecteurs
découvriront cependant un chapitre de "micro-géographie" religieuse, pourrait-on dire. Physiquement, Religioscope est implanté dans la ville de Fribourg, en Suisse. Or, depuis
plusieurs mois, trois étudiantes en science des religions
de l'Université de Fribourg travaillent à l'établissement
d'un inventaire des groupes religieux dans cette ville et
les localités avoisinantes. Leur enquête fournit quelques
indications sur les mutations du paysage religieux dans une
région traditionnellement catholique (au moment de la Réforme
protestante au 16e siècle, les cantons environnants
étaient passés à la foi réformée, tandis que Fribourg était
restée catholique). Cet article offre donc quelques informations
sur les premiers résultats de ce travail, pas encore achevé.
Alors que la palette des religions se diversifie, nul doute
qu'il y aura de plus en plus d'initiatives de ce genre pour
établir une topographie des religions dans un cadre urbain.
N.B.: une version abrégée de ce texte a
été publiée le samedi 13 avril 2002 dans La
Liberté, quotidien romand édité à Fribourg, avec lequel
Religioscope collabore régulièrement.
Aucune des trois jeunes femmes engagées
dans ce projet n'est née à Fribourg, dont l'Université attire
des étudiants venus parfois de loin. Petra Bleisch Bouzar,
Jeanne Rey et Katja Walser sont toutes les trois étudiantes
en science des religions avec des intérêts variés qui vont
de la religion et du droit à la sociologie et à la contribution
des religions à la paix. Leur installation à Fribourg leur
a aussi permis de découvrir dans cette ville une diversité
religieuse que beaucoup de ses habitants ne soupçonnent pas
toujours.
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Genèse
d'un projet: religion s'écrit au pluriel
"Deux
semaines après m'être installée à Fribourg, mon conjoint m'a
demandé si j'avais remarqué qu'il y avait une mosquée dans
l'immeuble", raconte Petra Bleisch Bouzar. "Et
quand j'ai raconté cela à d'autres étudiants, ils étaient
étonnés d'apprendre l'existence d'un lieu de prière musulman
à Fribourg. Beaucoup de gens passent aussi devant la synagogue
sans y prêter attention. Même des étudiants en science des
religions n'ont aucune idée de ce qui existe dans cette ville.
J'ai eu l'impression que cette absence d'information était
un manque."
La première idée fut d'établir une
simple liste d'adresses, afin d'encourager des étudiants à
mener ensuite des recherches particulières sur l'une ou l'autre
communauté. Au début de l'an 2001, l'idée se concrétisa et
prit en même temps un tour plus ambitieux, avec la décision
de présenter une carte des religions à Fribourg comme contribution
de la science des religions au Festival Science et Cité. C'est
ainsi que les trois chercheuses décidèrent de s'atteler en
commun à cette tâche, consultant l'annuaire téléphonique,
les répertoires existants et leurs connaissances.
"Lors du Festival, nous avons
constaté que le public était très intéressé – et aussi surpris
de découvrir, par exemple, qu'il n'existait pas simplement
une, mais trois mosquées à Fribourg! Et aussi d'autres communautés
dont jamais les visiteurs n'avaient entendu parler. Pour notre
part, ces recherches avaient stimulé notre curiosité, nous
voulions aller plus loin." Elles décidèrent de compléter
l'information sur les groupes déjà identifiés et d'en repérer
d'autres pour les ajouter à leur liste. "Pour découvrir
plus d'adresses, nous avons surtout marché dans la rue avec
les yeux ouverts, en prêtant attention à la moindre affichette."
A noter qu'elles découvrirent même plusieurs groupes grâce
à Internet – des groupes qu'elles n'avaient pas réussi à découvrir
en enquêtant localement. Peut-être avons-nous parfois comme
voisins de palier des membres d'un groupe dont nous ne soupçonnons
pas l'existence…
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Pérennité du catholicisme
Aujourd'hui,
l'inventaire comprend 120 communautés religieuses de Fribourg
(la ville comptant 32.630 habitants en février 2002) et des
communes limitrophes (l'agglomération fribourgeoise, ville
comprise, avoisine les 70.000 habitants). Il révèle à la fois
la pérennité de la présence catholique et la diversification
du paysage religieux.
La liste des 120 groupes inclut en
effet les paroisses, congrégations religieuses et autres groupes
catholiques: cela représente près de 80 communautés. La présence
des congrégations religieuses (masculines et féminines) est
considérable, puisqu'elles constituent à elles seules la moitié
des 120 groupes! Leurs effectifs sont cependant d'importance
variable: certaines de ces congrégations n'ont que trois représentants
à Fribourg, d'âge avancé, et l'on peut se demander si elles
seront encore présentes dans dix ans. A l'inverse, deux communautés
féminines, les Ursulines et l'Œuvre de Saint-Paul, comptent
chacune 90 membres environ.
Si l'on laisse de côté ces deux "poids
lourds" dans la liste des congrégations religieuses catholiques,
on dénombre en moyenne 8 à 9 membres par communauté dans les
congrégations masculines et 6 à 7 membres dans les congrégations
féminines. "Parmi les communautés masculines, plusieurs
sont présentes uniquement en raison de l'Université: il s'agit
d'étudiants qui restent quelques années avant d'aller ailleurs",
précise Jeanne Rey. Cela explique aussi que la moyenne d'âge
soit plus élevée dans les congrégations féminines, puisqu'elles
ont beaucoup moins d'étudiantes dans leurs rangs.
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L'arrivée
d'autres communautés religieuses
D'autres
acteurs sont présents depuis longtemps déjà à Fribourg: les
réformés et les juifs. En revanche, de nouvelles composantes
de la vie religieuse locale ont fait leur apparition surtout
au cours des vingt-cinq dernières années. Tout d'abord, dans
la décennie 1980, implantation de plusieurs Eglises évangéliques:
elles sont au nombre de quatre aujourd'hui (dont l'une d'implantation
déjà plus ancienne). Elles sont fréquemment
le résultat d'une entreprise missionnaire.
Un autre apport est celui de l'immigration:
les orthodoxes s'organisent à Fribourg dans les années 1980
aussi. Puis, dans les années 1990, se développe très rapidement
la présence musulmane. Il y a aujourd'hui trois mosquées,
mais en fait cinq associations et une union des associations.
Ces associations se structurent en fonction de critères linguistiques
(turcs, arabes, albanais, bosniaques…). "J'ai été
étonnée de découvrir que les communautés musulmanes sont récentes",
confie Jeanne Rey: pour une étudiante de moins de 30
ans, la présence de musulmans va déjà
presque de soi, même si la plupart des gens ignorent
comment cette présence se structure, alors qu'elle
constitue en réalité un facteur entièrement
nouveau au regard de l'histoire religieuse de la ville.
Ce n'est pas tout. Il faut ajouter
d'autres communautés qui se réfèrent au christianisme: adventistes
du septième jour, témoins de Jéhovah, saints des derniers
jours (mormons). Viennent ensuite les baha'is, trois ou quatre
groupes bouddhistes… Enfin, plusieurs groupes dont la classification
soulève encore des questions pour les trois chercheuses: par
exemple, des groupes de yoga ou de méditation, qui ne se considèrent
pas comme des communautés religieuses, tout en ayant une philosophie
et une manière de voir le monde inspirées par des traditions
orientales. La question se pose également pour des groupes
rosicruciens ou maçonniques. Enfin, les trois chercheuses
soupçonnent qu'il pourrait bien exister d'autres groupes qu'elles
n'ont pas encore repérés.
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Vie
et action des communautés religieuses à Fribourg
Leurs
questions ne se bornent pas à l'adresse des groupes. Elles
s'intéressent aussi aux données statistiques et historiques
(combien de membres à Fribourg? depuis combien d'années le
groupe y existe-t-il?), à la spiritualité et à la vie du groupe,
à la fréquence des cultes, aux autres activités éventuelles…
L'organisation et le financement ne sont pas négligés, de
même que les relations avec les autres communautés religieuses
et les pratiques missionnaires.
Sur ce dernier point, on peut relever
que les communautés d'immigrants n'ont pas de programme missionnaire
à Fribourg, au contraire de communautés évangéliques et d'autres
groupes d'origine chrétienne. Aucun musulman ne vient frapper
aux portes des familles fribourgeoises pour leur demander
s'ils ont déjà lu le Coran! Les communautés musulmanes et
orthodoxe se bornent pour l'instant à accueillir ceux qui
viennent à elles.
En ce qui concerne l'aspect financier,
les communautés d'immigrants ne sont pas riches: pas simplement
en raison de l'installation souvent récente de leurs membres,
mais aussi parce que seule une minorité de ces immigrants
sont actifs dans la communauté. Ainsi, en ce qui concerne
les orthodoxes à Fribourg, une centaine d'entre eux seulement
(sur un millier dans la région) auraient des liens réguliers
avec la communauté; les autres ne se manifestent qu'à l'occasion
de décès ou autres événements. Probablement les musulmans
actifs ne représentent-ils que 10% également.
Or, à l'inverse des catholiques,
protestants ou juifs, ces communautés ne bénéficient pas de
l'impôt ecclésiastique, automatiquement prélevé dans le canton
de Fribourg (comme dans la majorité des cantons suisses)
lorsque le contribuable déclare une appartenance à une communauté
religieuse jouissant d'un statut de droit public. Bien des
catholiques ou protestants inactifs continuent donc à soutenir
malgré tout leur Eglise par leur participation fiscale, tandis
que seuls les dons volontaires entrent dans les caisses des
autres communautés.
A noter que les congrégations religieuses
catholiques se trouvent dans une situation semblable: les
enquêtrices ont découvert qu'elles ne bénéficiaient généralement
pas du soutien financier du diocèse et dépendaient donc également
de dons. Les rentrées régulières de l'assurance vieillesse
(AVS) constituent un apport non négligeable pour certaines
communautés vieillissantes.
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Une
enquête encore en cours
Les
trois étudiantes disent n'avoir pas rencontré jusqu'à maintenant
d'obstacles majeurs, même si les réactions initiales à leurs
questions ont été variées. Ainsi, témoins de Jéhovah et saints
des derniers jours (mormons) ont été très accueillants et
ont répondu de façon à la fois très rapide et très complète
– il est vrai qu'il s'agit de communautés qui, en raison de
leurs programmes missionnaires, ont l'habitude des relations
publiques.
Des réticences se sont en revanche
exprimées du côté d'autres communautés n'appartenant pas à
la religion dominante: ainsi, les musulmans s'interrogeaient
au début pour savoir qui se trouvait derrière cette initiative
et voulaient savoir plus précisément quel était le but de
la recherche et à qui étaient destinées les données rassemblées.
La méfiance s'est cependant dissipée après un contact et des
explications plus précises.
L'enquête est maintenant à la phase
de la récolte d'informations complémentaires, notamment auprès
des communautés qui n'ont pas encore répondu. Objectif: terminer
le travail pour la fin de l'année 2002. Ensuite, les trois
étudiantes aimeraient en faire un livre, qui serait utile
non seulement aux écoles, institutions hospitalières et services
sociaux, mais aussi aux services touristiques et à tous ceux
qui viennent s'installer dans la ville.
A noter que, en dehors d'une subvention
de l'Association générale des étudiants à Fribourg (AGEF)
pour couvrir quelques frais courants, les trois chercheuses
n'ont reçu pour l'instant aucun appui financier. Leur initiative
est en revanche encouragée par le professeur Richard Friedli,
responsable de la chaire de science comparée des religions
à l'Université de Fribourg, et l'institut dont il a la charge
met un local à disposition du projet.
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Un
inventaire des religions à Bâle
Peu
d'autres villes suisses bénéficient d'un tel inventaire. Il
faut cependant signaler une ambitieuse enquête à Bâle. A l'initiative
d'une équipe rassemblée autour de Christoph Peter Baumann
(animateur d'INFOREL) et avec l'appui de plusieurs institutions
et fondations, un "guide religieux" des cantons
de Bâle-Ville et de Bâle-Campagne a été publié en l'an 2000.
Ce volume de 600 pages (!) est constamment tenu à jour, depuis
peu sur un site
Internet consacré aux «religions dans le nord-ouest de la
Suisse». Le projet bâlois est devenu une référence par
la quantité et la précision de ses informations.
Jean-François
Mayer
Fribourg
Les données déjà recueillies ne sont pas encore accessibles publiquement. Pour
tout contact:
Projet "Religions à Fribourg", Science des religions,
Université, Route d'Englisberg 9, bureau A5-20.7, 1763 Granges-Paccot.
E-mail: religion_fr@bluemail.ch
On trouve un texte de présentation du projet sur le site
de l'unité de Science comparée des religions de l'Université de Fribourg:
http://www.unifr.ch/sr/F_PROJET%20RELIGIONS%20FRIBOURG.html
Site de la Ville de Fribourg:
http://www.fr.ch/ville-fribourg/informations/default.asp
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Bâle
Le
répertoire très bien fait et très complet
des communautés religieuses à Bâle est
un modèle du genre:
Christoph
Peter Baumann (dir.), Religionen in Basel-Stadt und Basel-Landschaft,
2000, 604 p., ISBN: 3-906981-10-X (diffusion: Manava
Verlag, Sulzerstrasse 16, 4054 Basel).
Données
constamment actualisés sur le site Web (en allemand):
http://www.rel-news.ch/
Le
site d'INFOREL, dont l'activité est à l'origine
du répertoire:
http://www.inforel.ch/
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