             

"UN
TERRITOIRE A CONQUÉRIR":
CATHOLICISME FRANCOPHONE
ET ESPACE VIRTUEL
A propos des Assises de l'Internet chrétien
Religioscope
- 9 juillet 2002
La
présence massive de sites chrétiens sur le Web
dans le monde anglophone a souvent été relevée.
Mais les chrétiens d'autres langues sont également
de plus en plus présents dans le cyberespace. De premières
Assises de l'Internet chrétien francophone ont eu lieu
à Paris le 8 juin 2002. Constat: ce sont en général
encore des passionnés, en grande majorité des
bénévoles, qui se trouvent derrière ces
sites. Mais ici et là, une professionnalisation se
fait jour.
Une
invitation avait été lancée à
quelque 500 animateurs de sites chrétiens de langue
français, à l'initiative d'Eklesia.net,
en collaboration avec Témoins
et Croire (site lancé par le groupe catholique Bayard Presse).
Une petite cinquantaine de personnes se sont retrouvées
à Paris, au Centre Sèvres, le samedi 8 juin
2002 pour les Assises de l'Internet chrétien.
Des
participants ne cachaient pas leur plaisir de pouvoir mettre
des visages sur les noms de différents protagonistes
des activités chrétiennes sur Internet en France.
Les personnes présentes étaient pour la plus grande
partie françaises et, par conséquent, en forte
majorité catholiques, même si l'on notait la présence
de quelques protestants. L'approche est cependant réolument
cuménique, et il n'est pas impossible que les liens
tissés sur le Web - à travers les expériences
partagées et une passion commune - y contribuent.
D'initiatives
individuelles...
Nombre
de sites sont partis d'initiatives personnelles. Un "jeune
retraité", Philippe Lestang, a ainsi mis sur pied "un répertoire
encyclopédique chrétien constitué d'un vaste ensemble de liens vers des documents figurant sur
le web francophone" - présentation délibérément
austère, le but est la clarté et la rapidité
d'accès à un contenu établi à
la suite d'un véritable travail de bénédictin
du cyberespace!
Même
les responsables des sites de plus d'un diocèse français
se révèlent être des bénévoles,
qui y consacrent une partie de leur temps libre.
... à des efforts diocésains
Mais
on assiste aussi à un début de professionnalisation.
Ainsi, le diocèse
de Versailles avait un site qui n'était pas mis
à jour. L'évêque décida d'investir
les moyens nécessaires pour créer un site digne
de ce nom. Public cible: les habitants des Yvelines. "Dans
le cadre de sa pastorale de communication, le Web est considéré
depuis par le diocèse comme un média à
part entière", se réjouit Jean-Marie
Moulet, l'un des membres de l'équipe Internet du diocèse
de Versailles. "Equipe": le mot est important, car
ce fonctionnement garantit une pérennité, même
si l'un des animateurs vient à manquer. Afin d'assurer
le suivi du travail, une personne semi-permanente a en outre
été nommée.
Le
comité de rédaction se réunit deux fois
par trimestre, avec participation du vicaire général.
Chaque rubrique est considérée comme un "mini-site"
bénéficiant d'une certaine autonomie, même
si tout est contrôlé par le responsable des communications
avant d'être mis en ligne.
Le
site se signale aussi par le souci d'un rafraîchissement
permanent, clé de toute fréquentation régulière:
parmi les éléments d'actualité, l'un
au moins doit dater de moins de huit jours. Selon les constatations
des animateurs, les visiteurs du site sont avant tout à la recherche d'informations pratiques: "comment faire
pour baptiser mes enfants?" ou autres questions du
même ordre.
Le
diocèse de Versailles, indique Jean-Marie Moulet, serait "l'un des plus actifs sur le Toile en France".
Au mois de février, on y dénombrait une trentaine
de sites liés à l'Eglise catholique romaine,
pour la plupart des sites paroissiaux.
C'est
dans ce même diocèse qu'a aussi vu le jour un
beau site d'évangélisation pour enfants, la Maison
Arc-en-ciel, destiné aux moins de 12 ans, qui s'efforce
de sensibiliser ceux-ci à la foi et à la vie
chrétiennes en intégrant celles-ci dans le cadre
de la vie quotidienne - et en suivant sur le site le rythme
des saisons, aussi bien climatiques que liturgiques. C'est
un décor bien ancré dans le réel qui
s'ouvre sur l'écran, même si l'ordinateur permet
quelques fantaisies oniriques qui séduiront les jeunes
visiteurs.
La
métaphore du cyberespace est exploitée pleinement:
le site est une maison. "Nous avons voulu créer
un univers: l'enfant doit avoir le sentiment d'arriver quelque
part, pas sur une page", expliquent les animatrices
du site. Le site est conçu pour inciter à la découverte,
mais aussi à l'interactivité. Le visiteur est
acteur, et les textes peu abondants afin de ne pas le décourager.
En même temps, le site est marqué par une volonté
de ne pas galvauder les mystères chrétiens à
travers la facilité qu'offrirait un clic simplement ludique.
Cybercuré et pastorale sur Internet
Comme
l'observent tous ceux qui s'intéressent aux usages
d'Internet par les Eglises, ce média ouvre de nouvelles
possibilités pour l'écoute et le conseil pastoral,
grâce au caractère à la fois anonyme et
informel de ce contexte moderne d'échange. Les participants
aux Assises en ont eu un extraordinaire exemple en écoutant
le témoignage d'un "cybercuré". Non
pas un jeune clerc féru d'informatique, mais un prêtre
âgé du diocèse de Nanterre qui, à
côté d'un ministère paroissial, a souhaité s'engager "dans un ministère [
] auprès
des gens qui sont 'au seuil de l'Eglise'". Il s'agit
donc d'une tentative de pastorale paroissiale s'adressant
particulièrement aux chrétiens non pratiquants
- c'est-à-dire à la majorité, souligne
le Père Raymond d'Izarny, animateur de ce site à
la présentation très simple.
"Le
Cybercuré" - c'est le nom du site - se trouve
placé sous l'autorité pastorale du Service diocésain
de la communication du diocèse de Nanterre. Le souci
du site est de répondre
aux questions que les
gens se posent. La remarque paraît banale, mais le P.
Raymond d'Izarny avoue que cela lui a demandé une véritable "conversion mentale": au lieu de partir de
l'enseignement que l'on souhaite donner, se placer dans la
perspective de l'interlocuteur et aller à la rencontre
de ses interrogations. Et ce sont bien plus souvent des questions
pratiques que théoriques. "Cela m'a fait découvrir
un décalage énorme entre les préoccupations
du pasteur que j'ai été et les préoccupations
des gens qui ne sont pas des chrétiens pratiquants",
a expliqué le P. Raymond d'Izarny aux participants.
Le
site répond manifestement à un besoin: le cybercuré
reçoit 200 visites par jours, dont 4 à 5 personnes
qui lui posent directement des questions, le dialogue s'instaurant
alors par e-mail. Dans ses réponses, il insiste sur
le fait que ces échanges électroniques ne remplacent
pas un dialogue direct avec un prêtre: il ne voudrait
pas que ses efforts contribuent à la disparition des
contacts humains! Il prête grande attention au vocabulaire
utilisé - par exemple ce que révèlent
les questions les plus souvent formulées sur le moteur
de recherche du site - afin de mieux adapter son discours,
qui choisit délibérément la forme des
questions-réponses, sur le mode FAQ (Frequently
Asked Questions - Foire Aux Questions) typique des sites
Web.
Le
souci d'aller à la rencontre des gens dans leurs préoccupations,
et en particulier de ceux qui sont éloignés
des paroisses, s'exprime aussi dans l'initiative de PMC (Portail du mariage et du couple ou Portail du mariage chrétien).
Après une dizaine d'années d'accompagnement
pastoral des jeunes et de préparation au mariage dans
un cadre diocésain est née la prise de conscience
de la nécessité de créer des passerelles
pour permettre à des gens de renouer avec l'Eglise. "J'ai créé le site il y a 4 ans, à
la suite d'une expérience de stand catholique aux salons
du mariage. Il y avait la queue à notre stand. Pour
moi, le Web a été le moyen de prolonger toute
l'année cette porte ouverte de l'Eglise sur le monde",
déclare Claude Hériard, le webmestre du site.
Cela
a commencé par une présentation du mariage à
Paris, avec la msie en ligne d'un livret imprimé à
ce sujet. Surprise pour l'animateur: les premiers courriels
ne venaient pas de Paris - en fait, le tout premier message
électronique lui parvint du Canada, ce qui conduisit
à développer un site pour la francophonie, et
pas simplement local.
En
outre, un autre site, BDC (Bonheur dans le couple), a été ouvert, qui
ne s'affirme pas explicitement chrétien, tout en s'efforçant
d'exprimer des valeur et en offrant un lien discret vers le
mariage chrétien.
Claude
Hériard a a réussi à obtenir que sa page
Web soit donnée comme référence par l'un
des principaux sites commerciaux français destinés
aux futurs mariés: ceux qui entendent se marier à
l'église apprécient d'avoir accès à
de telles informations. C'est un exemple de collaboration que
peuvent développer des sites religieux et des sites commerciaux.
Une "dimension stratégique"?
Internet
est aussi "un territoire à conquérir",
a affirmé Jean-Marie Delahais, animateur de Cathonet,
un carrefour de sites - pour orienter les internautes - qui
offre à la fois des liens et des dossiers thématiques. "La présence chrétienne sur Internet
a aussi une dimension stratégique." L'existence
d'un territoire virtuel "marqué chrétien"
participe de la présence chrétienne dans le
monde. Plus nombreux qu'on ne l'imagine sont les sites de
dénigrement du christianisme, avertit Jean-Marie Delahais:
si les chrétiens laissent libre l'espace virtuel, il
sera occupé par d'autres acteurs. Mais pour y agir
efficacement, il faut aussi se soucier d'un vocabulaire accessible
à un large public - problème qui n'est d'ailleurs
pas spécifique à Internet, mais également
à d'autres médias.
Souvent,
il a pu sembler que le Web était le lieu d'expression
privilégié de petits groupes religieux plutôt
que des grandes institutions. Ces Assises ont illustré
une présence très active des Eglises (et en
particulier de l'Eglise catholique romaine) dans l'espace
virtuel francophone. En quelques années, une multitude
d'initiatives ont vu le jour, souvent avec des moyens modestes
- ce que permet Internet. Il est vrai qu'il s'est souvent
agi de démarches individuelles, plus que d'efforts
venus d'en haut. Mais, notamment à la suite des impulsions
venues de Rome ces derniers mois, il est probable que ce média
sera de plus en plus intégré dans une véritable
stratégie de communication, à l'exemple de ce
qu'ont déjà entamé certains diocèses.
Jean-François
Mayer
© 2002 www.religioscope.com
Les textes peuvent être
reproduits avec indication de la source.
Permission granted to reprint articles, providing acknowledgment
is given.
|
|  |








|
|