Cologne
s'efforce de s'affirmer comme pôle pour les médias.
Le lieu était donc bien choisi par l'ECIC pour réfléchir
à la présence de l'Internet chrétien
face aux grands médias commerciaux. C'est d'ailleurs
au MediaPark de Cologne que se tenait la conférence.
La visite de quelques instituts spécialisés
et studios de grandes chaînes de télévision
(par exemple du groupe RTL)
permettait de constater sur le vif l'énorme disparité
entre les moyens investis par les grands médias commerciaux
et ceux à disposition des Eglises.
Le
risque que les efforts de celles-ci sur Internet se trouvent
confinés à leur propre public est donc bien
réel - alors que l'objectif d'une présence sur
le Web est double: outil au service de la communauté
chrétienne, mais aussi pont vers un monde éloigné
des Eglises. Ce qui faisait ressortir d'autant plus fortement
aux yeux des participants l'importance de trouver des voies
pour assurer la présence des Eglises également
en dehors des sites spécifiquement conçus pour
et par celles-ci.
L'entreprise
n'est pas sans espoir. La discussion avec des représentants
de grands médias a montré que ceux-ci n'étaient
pas nécessairement hostiles à une intégration
de la dimension religieuse sous une forme ou une autre sur
leurs sites. D'autant plus qu'un intérêt peut
bel et bien exister dans le public: selon les informations
communiquées lors de l'ECIC, sur le site allemand présentant
la ville virtuelle Funcity,
l'église viendrait en seconde position des "bâtiments"
les plus visités. (On lira également au sujet
d'intérêt potentiel d'un public plus large pour
des sites chrétiens notre compte
rendu des Assises francophones de l'Internet chrétien
sur ce site.)
En
même temps, les sites commerciaux ne sont pas prêts
à investir dans ce but, surtout dans une période
où la fièvre autour des perspectives commerciales
ouvertes par Internet est retombée et débouche
sur des évaluations plus prudentes. Le défi
est donc à la fois de pouvoir offrir à ces médias
un produit de qualité suffisamment professionnelle
pour qu'il soit convaincant, un contenu dont la présence
ajoute réellement quelque chose à leur offre
- et un mode d'expression, un langage adapté au Web
et à un environnement sécularisé.
Ces
questions étaient au coeur des réflexions de
Ralf Peter Reimann, pasteur, coordinateur Internet de l'Eglise évangélique luthérienne de la Rhénanie et organisateur local de la conférence. Sur le Web,
a-t-il fait remarquer, l'Eglise n'est qu'un acteur parmi d'autres.
De l'avis de Reimann, les responsables des Eglises n'ont pas
encore pleinement pris conscience d'un changement de paradigme:
celui de la marginalisation de l'Eglise, que le Web n'a certes
pas créée, mais qu'il rend manifeste. A ses
yeux, l'enjeu derrière Internet est celui de la relation
entre l'Eglise et le monde.
Dans
la perspective d'une réflexion théologique sur
le rapport entre le Christ et les cultures, la question se
pose de savoir si la bonne approche est de multiplier les
sites chrétiens, dans l'espoir de pouvoir y attirer
de plus en plus de gens, ou s'il ne vaudrait pas mieux réfléchir
à la possibilité de placer du contenu du chrétien
sur des sites commerciaux?
La
présence efficace des Eglises sur le Web, selon l'analyse
proposée par Reimann, implique de dépasser une
dépréciation du Web qui tend à attribuer
à son contenu une valeur inférieure à
celle d'autres produits médiatiques.
Devant
l'abondance de l'offre sur le Web, le "surfeur"
a besoin (et aura sans doute besoin de plus en plus) de portails
pour s'orienter. Ces portails ont des objectifs commerciaux.
Quant aux moteurs de recherche, si l'avenir devait appartenir
aux référencements payants dans les premières
positions des résultats, la "cyberéglise"
pourrait bientôt se retrouver reléguée
dans le ghetto du "Web profond".
Rappelant
l'exemple de Funcity (déjà mentionné
plus haut), Reimann suggère qu'une solution pourrait
être la coopération avec des sites commerciaux,
tout en maintenant la spécificité du message
chrétien. Même s'il admet qu'un tel partenariat
n'est pas encore entré dans les moeurs!
Il
existe cependant des voies qui peuvent être explorées
et montrent que la partie n'est pas perdue d'avance, si l'on
songe à l'exemple de sites chrétiens locaux
qui ont réussi à devenir un service pour l'ensemble
des habitants d'une région, grâce à l'abondance
des informations qu'ils fournissent: un modèle, dans
la région de Hambourg, est le site blankenese.de.