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Analyse

Le Verbe au format html
Aspects de
la communication du message chrétien sur Internet

Retour à l'introduction

2.   Le message Internet

Dans le document L’Eglise et Internet  du 22 février 2002[3] , le Vatican exprime la nécessité d’une présence sur le web en élaborant un discours qui laisse entrevoir une sorte de volonté de renouveau de l’Eglise. En effet, la possibilité d’atteindre un « auditoire » jeune apparaît comme un atout de taille, surtout grâce aux nouvelles modalités de dialogue :

« il ne s’agit plus d’une communication à sens unique, du haut vers le bas, du passé »[4] .

La technologie bouge, et l’Eglise catholique romaine suit le mouvement avec détermination :

« Il est également important qu’à tous les niveaux de l’Eglise, Internet soit utilisé de façon créative pour répondre aux propres responsabilités et accomplir l’œuvre de l’Eglise. Rester timidement en arrière de peur de la technologie ou pour d’autres raisons n’est pas acceptable […]. »[5]

En même temps, elle reste très prudente ; les recommandations sur le bon usage d’Internet ne manquent pas, en particulier en ce qui concerne l’importance d’ « émettre des jugements judicieux, selon des critères moraux solides »[6] sur les nombreux sites proposés. En d’autres termes, Internet est présenté comme un outil qui nécessite une vigilance toute particulière en raison de son double usage ; dans cette optique, l’utilisateur assume un rôle central et seul son bon sens pourra mettre des limites dans l’espace illimité du Net.

La question qui se pose est de savoir s’il est vraiment possible de délimiter un domaine qui, par définition, se veut totalement libre et sans frontières.

2.1.    Le sacré et le profane

Dans son ouvrage Le sacré et le profane[7], Mircea Eliade se penche sur la problématique de l’espace et de sa connotation sacrée. Il affirme que « pour l’ homme religieux, l’espace n’est pas homogène »[8], puisqu’il présente toujours un Centre, un point fixe qui peut être représenté par un temple, une église ou par toute sorte de lieux consacrés[9]. Ainsi, il existe une référence spatiale qui définit la frontière entre le sacré et le profane, entre le cosmos et le chaos[10]. En partant de cet axiome, nous pouvons essayer d’observer le cyberespace religieux selon les préceptes eliadiens, pour constater que l’espace virtuel ne donne aucun point de référence. L’internaute peut naviguer librement d’un site à l’autre, en laissant sa souris dériver vers des contrées où l’information échappe aux frontières rassurantes qui séparent le sacré du  profane. Le Vatican, bien conscient de ce problème, écrit :

« il est pour le moins déroutant de ne pas pouvoir faire la distinction entre des interprétations doctrinales excentriques, des pratiques de piété particulières, des plaidoyers idéologiques affichant un label ‘catholique’, et les positions authentiques de l’Eglise. »[11]

Ce souci de différenciation est à la base de la création de plusieurs grands annuaires catholiques qui semblent vouloir remplir la fonction de ce Centre dont Eliade parle. Des portails tels que catholiens.org, cathonet.org, cath.ch ou encore christicity.com[12] offrent aux internautes la possibilité de surfer à l’intérieur d’un domaine contrôlé.

Cette tentative de délimitation du territoire sacré va nous permettre d’observer le phénomène linguistique qui ressort à l’analyse de certains sites.

2.2.  La communication

Tout en restant dans les limites virtuelles des moteurs de recherche catholiques, il est possible d’observer les différentes modalités de communication qui apparaissent dans l’ « Internet religieux ».

Les moyens technologiques liés à Internet nous ont fait passer du monde de papier aristotélique au monde de l’hypertexte virtuel ; ce changement est bien sûr accompagné d’un changement du langage, qui rentre dans une nouvelle dynamique de communication.

Jean Lohisse[13] affirme qu’il existe un langage informatique, qui se doit d’être exact pour répondre aux nouvelles exigences[14]. Le langage poétique humain, riche en images et en symboles, laisse ainsi la place au dialogue objectif qu’est celui qui s’instaure entre l’homme et la machine[15]. Aussi, les modalités de communication changent-elles de perspective : si nous considérons le schéma narratif des fonctions linguistiques de Jackobson[16], ce changement apparaît plus clair :

DESTINATEUR
--->
MESSAGE
--->
DESTINATAIRE
l
V

l
V

I
V
Fonction émotive - contexte : fonction référentielle
- code : fonction métalinguistique
- contact : fonction phatique
Fonction conative

1) Donnée par la connaissance de l'auteur
(sa vie, ses œuvres précédentes etc.). Le destinateur s'adresse à un destinataire-type.


2) L'auteur de l'hypertexte est souvent inconnu et la fonction émotive est ainsi laissée de côté.

1) La fonction référentielle offre au lecteur la possibilité d'insérer le message dans une réalité. La fonction métalinguistique donne le ton au message : le style utilisé par l'émetteur insère le texte dans une logique narrative. La fonction phatique établit et maintient une liaison en vue d'attirer l'attention du destinataire.
2) Le contexte de l'hypertexte peut être faussé par les liens qui emmènent le lecteur dans des sites souvent très différents les uns des autres : la fonction référentielle perd ainsi de l'importance. En même temps, on assiste à la naissance de nouveaux codes qui tendent à l'homogénéisation de la langue. Dans un tel cadre, la fonction phatique est d'autant plus importante : l'attention du destinataire doit être retenue, puisqu'il peut s'éloigner du message d'un simple clic.

1) Sur la base des fonctions précédentes, le destinataire interprète le message.


2) La fonction conative est moins ressentie par le lecteur de l'hypertexte, puisque le destinateur ne s'adresse pas à un destinataire type : étant donné que les fonctions référentielles et métalinguistiques sont moins fortes, la fonction conative perd son importance.

Notes

[4] Ibid.

[5] Ibid.

[6] Ibid.

[7] Eliade, M., Le sacré et le profane, ch. I

[8] ibid., p. 21

[9] ibid., p. 24

[10] Ibid., p. 28

[13] Anthropologue de la communication, professeur à l’Université Catholique de Louvain et professeur invité aux Universités de Fribourg, Laval, Lisbonne, Paris.

[14] Lhoisse, J., La planète numérisée, pp. 22 et 63

[15] Ibid., p. 63

[16] Cf. Martini, A., Introduzione ai metodi, SH 1999 (cours non publié)

[17] 1) texte narratif 2) hypertexte 


1. Introduction

2. Le message Internet

3. Applications virtuelles

4. Modus vivendi et modus scribendi

5. Aux frontières du sacré

6. Conclusion


© 2002 Barbara Ferrari

Ce texte ne peut être reproduit qu'avec l'autorisation de l'auteur.

 



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