Analyse
Le
Verbe au format html
Aspects de la
communication du message chrétien sur Internet
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Si la pseudo-frontière
entre le sacré et le profane posée par les annuaires catholiques
peut se révéler utile pour des croyants à la recherche d’informations,
il n’empêche que le net reste un espace libre, où tout le monde
peut s’exprimer. D’un point de vue religieux, cette liberté
présente deux aspects fondamentaux : d’un côté, elle permet
à toutes sortes de croyances parallèles de se faire entendre,
et de l’autre elle peut créer une dimension blasphématoire.
Il
est évident que le Vatican n’approuve aucune de ces applications
de la foi catholique, mais en l’absence d’une frontière physique,
il incombe à l’internaute de poser une limite individuelle et
parfois ce choix peut s’avérer difficile. Prenons l’exemple
des Jesus Freaks ; Markus Eisele les définit comme « eine
Freikirche, die in der Subkultur missioniert »[51]. Dans leur homepage, ils expriment leur point de vue sur la
religion chrétienne telle qu’ils l’envisagent :
« Ja,
wir sind der Überzeugung, dass trotz Papst, Hexenverbrennung,
geldscheffelnden TV-Predigern und klerikalen Langweilern hintern
der Sache mit Jesus etwas Wahres und sehr Phantastisches steht. »[52]
Certes,
c’est une position pour le moins extrême, mais le grand succès
qu’ils rencontrent, notamment en Allemagne[53], démontre que leur message « rebelle » face au clergé rencontre
un intérêt considérable. Ce phénomène est tout à fait compréhensible,
si l’on considère le fait que beaucoup de jeunes sont à la recherche
de moyens différents de vivre la spiritualité chrétienne. Les
Jesus Freaks partagent leur foi à travers la musique :
ainsi les concerts de musique chrétienne contemporaine, qui
arborent des mélodies de style underground, metal
ou rock, deviennent des lieux de rencontre, de prière
et de partage[54].
Cette nouvelle
Eglise s’inscrit particulièrement bien dans le panorama d’Internet,
ou dans le modus vivendi que l’ère technologique a développé ;
en effet, son rejet des structures d'autorité contribue à effacer
la perspective « de haut en bas » qui caractérise
toute hiérarchie, y compris ecclésiastique. Il en est de même
pour la délimitation du sacré et du profane, qui n’a plus lieu
d’exister : à la vie comme à l’Internet, les Jesus Freaks
se situent en dehors de toute norme :
« Wir
denken, dass er [Jesus] sich
in besonderem Masse den Kaputten, Fertigen, […], zugewandt
hat, denen, die ausserhalb der Wertnormen dieser Gesellschaft
liegen. »[55]
Cette
nouvelle façon de pratiquer le christianisme illustre le besoin
d’accessibilité à la religion qui semble se délinéer parmi les
(jeunes) croyants. Cette problématique est liée de près à la
question de l’habitude à la rapidité, qui s’oppose à la réflexion
prônée par l’Eglise, dont nous avons parlé plus haut ;
en effet, dans notre société en mouvement, accessibilité et
rapidité deviennent facilement des synonymes.
En outre,
si nous comparons l’espace religieux et le cyberespace, force
est de constater qu’au delà des différences temporelles qui
opposent rapidité et méditation, il existe aussi une dimension
personnelle où l’individu rivalise avec une personnalité anonyme.
Vitesse et anonymat semblent donc être des qualités qui se doivent
de faire partie de notre réalité mais qui ne correspondent
pas à la pratiques de certains rituels religieux.
Face à cette
situation, en 1994 Greg Garvey décide de créer l’Automatic
Confession Machine (ACM), capable de délivrer des absolutions
(payantes) par un simple clic.[56]
Cette idée, qui a connu un vif succès dans de nombreuses expositions
artistiques[57],
répond à la constatation d’un possible changement dans la spiritualité :
« Along
with potential transformation of religious study, digital technology
and especially the on-line services, fosters a new kind of ecumenical
encounter in cyberspace. This extended fellowship often exceeds
membership of physical churches and is not limitated to Sunday
morning services. While at first glance impersonal, these faceless
internet encounters facilitate and encourage dialogue between
different faith and puts clergy and lay people on equal footing,
in effect democratizing religion. »[58]
Le
côté provocateur de cette démarche, souligné par l’auteur lui-même
dans son commentaire :
« Pay per confession is just the beginning, the Mortal Sin
Mutual Fund is next and exclusive offering in selected sin futures
on option guarantees an eternal return on the investment. »[59]
Elle a pour but la réflexion sur les limites qui peuvent séparer la
religion d’un produit de marché. Bien entendu, ces limites sont
toutes tracées, puisque la confession nécessite la présence
d’un prêtre. Toutefois, le Net compte quelques sites qui, en
suivant le modèle de l’ACM, ont voulu venir en aide aux croyants
en quête d’une fast-absolution. L’e-confessional se présente
sous différentes formes : exseminarians.com[60]
propose une confession laïque ; le principe est simple, puisqu’après
avoir lu le Sermon sur la Montagne, le pécheur n’a qu’à réciter
une contrition pour se faire pardonner ses péchés.
À côté de cette « confession méditative » il existe d’autres
sites beaucoup moins sérieux qui dérivent vers le blasphème,
comme nous le prouve le online confessional de dribbleglass.com[61]. Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres, car si la religion catholique
se distingue par sa grande présence sur le web, il existe de
nombreux opposants qui trouvent eux aussi leur place dans le
cyberespace et qui possèdent les moyens techniques pour se faire
entendre. L’amoindrissement des frontières entre sacré et profane
est encore une fois mis en cause, puisqu’il contribue à la banalisation
de la res religiosa, qui devient ainsi une cible privilégiée
dans l’anonymat de la grande toile.