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LA
REPRÉSENTATION DU CHRISTIANISME DANS LES MANUELS SCOLAIRES
EN EGYPTE
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à "Evaluation positive"
II.
Insuffisances et réflexions constructives
pour une amélioration
1.
La religion chrétienne: respect sans connaissance?
Comme
cela a déjà été mentionné,
la perception de la religion chrétienne est très
positive et bienveillante. Le problème est que, à
côté des mots que j'ai déjà cités,
il n'y a pratiquement pas d'explications du tout sur la religion
chrétienne.
Des
enseignements centraux de la foi chrétienne ne sont
même pas mentionnés aux écoliers:
·
l'importance de la croix et de la résurrection du Christ
pour les chrétiens;
· l'incarnation du Verbe et la croyance en Jésus-Christ
comme le Fils de Dieu;
· la croyance en la Trinité du Dieu un.
De
même, l'écolier musulman ne reçoit aucune
information sur:
·
les rites centraux du christianisme, tels que les services
et liturgies de l'Eglise, le baptême et la communion;
· la structure de l'Eglise et les rangs ecclésiastiques
(diacres, prêtres, évêques);
· la différence entre les confessions chrétiennes
(orthodoxes, orthodoxes orientaux, catholiques romains, protestants);
· les principales fêtes de l'Eglise (Noël,
Semaine sainte, Pâques).
Ainsi,
l'écolier musulman apprend qu'il doit respecter les
chrétiens. Mais il n'apprend rien sur les enseignements,
sur la foi et sur la vie des chrétiens.
Autre
problème: dans la plupart des passages dans lesquels
le christianisme est mentionné - les chapitres sur
la révélation, les prophètes et les Ecritures
saintes - la perspective musulmane sur le christianisme prédomine.
Les lecteurs chrétiens ont l'impression que leur propre
foi est souvent mal comprise et mal interprétée.
S'il
est donc vrai que l'attitude générale reflète
un respect envers la foi chrétienne, ce respect ne
s'adresse qu'à la perception islamique de ce
que devrait être le christianisme, et non au christianisme
tel qu'il est. Le respect exprimé dans les manuels
scolaires a pour objet un christianisme qui considère
Jésus simplement comme un prophète, qui a appelé
à l'islam (sic!), à l'amour de Dieu et
des hommes et à la tolérance. Il s'agit donc
d'un respect pour leur propre perception de Jésus-Christ,
mais pas pour le christianisme, qui a une compréhension
très différente de Jésus-Christ: Il est
considéré comme le Fils de Dieu, qui a racheté
l'humanité de ses péchés, qui est le
Sauveur du monde en raison de Sa Passion et de Sa Résurrection
et est considéré comme uni avec Dieu, ainsi
que les chrétiens le confessent en disant: "Au
nom du Père et Fils et du Saint Esprit, le Dieu Un."
Nous
pouvons donc nous demander s'il ne serait pas judicieux d'ajouter
un chapitre sur la religion chrétienne: les principaux
enseignements, les rites et la vie des Eglises y seraient
décrits.
En
Allemagne, les manuels scolaires contenant des chapitres sur
d'autres religions sont vérifiés par des universitaires
appartenant à ces religions afin de contrôler
leur exactitude avant publication. Peut-être une approche
semblable pourrait-elle être adoptée en Egypte
(la Turquie vient de commencer avec succès à
le faire).
2.
Le christianisme copte: encore une religion vivante?
L'histoire
de l'Eglise orthodoxe copte est largement décrite,
avec une approche très positive, jusqu'à la
conquête arabe en l'an 640. Mais la poursuite de la
contribution des coptes à la société
égyptienne et leur vie au cours des siècles
suivants sont complètement passées sous silence.
Dans
les manuels d'études sociales et d'histoire, les chrétiens
d'Egypte apparaissent après la conquête seulement
de la façon suivante:
·
ils sont l'objet de la tolérance et de la générosité
des dirigeants musulmans, lorsque la société
est décrite;
· leurs églises et leurs monastères sont
décrits comme des lieux dignes d'être visités
et d'attirer les touristes, mais pas comme les lieux de culte
d'une religion vivante;
· leurs contributions financières à l'Etat
musulman en payant al-Gizya et al-Kharaj sont
simplement décrites comme une sorte de revenu de l'Etat,
et pas comme une considérable contribution des chrétiens
à cet Etat.
Le
fait que les chrétiens ont continué de contribuer
durant des siècles à la société
égyptienne et qu'ils y forment une communauté
vivante dans le cadre de l'Etat égyptien aujourd'hui
est presque totalement ignoré.
Nous
pensons donc qu'il pourrait être utile d'ajouter quelques
passages dans lesquels certaines des plus importantes contributions
des coptes à la société égyptienne
seraient précisées. Par exemple, il serait possible
de faire allusion à:
·
la contribution des érudits coptes et des traducteurs
coptes pour transmettre l'héritage antique;
· la contribution de Aulad Al-Assal dans le domaine
de la philologie et de la grammaire au Moyen-Age;
· la contribution de quelques-uns des plus importants
patriarches et théologiens, par exemple Amba Boulos
al-Boushy, le pape Cyrille IV et le pape Cyrille VI;
· la contribution des coptes orthodoxes, catholiques
et protestants durant l'époque coloniale pour réformer
le système éducatif, établir des systèmes
modernes d'aide sociale et de soins ainsi que fonder l'Université
américaine du Caire, qui joue encore un rôle
important en Egypte dans le domaine éducatif.
En
outre, l'on pourrait songer à réviser les chapitres
historiques avec l'aide d'une commission islamo-chrétienne
d'historiens afin de surmonter les stéréotypes
dans la présentation des relations entre chrétiens
et musulmans: comme le sait tout historien honnête,
il n'y pas seulement eu des époques harmonieuses, mais
aussi d'autres plus difficiles.
3.
L'Occident chrétien:
un ennemi agressif envers la culture islamique?
Le
fait que la rencontre entre l'Orient et l'Occident soit décrite
en détail comme une rencontre culturelle mérite
une mention positive. En revanche, la présentation
de cette rencontre présente quelques sérieuses
déficiences: on y trouve des stéréotypes
et des approches unilatérales qui donnent une image
totalement erronée de l'Occident chrétien. Malheureusement,
cette perception est répétée et se retrouve
à travers la plupart des manuels.
Ceci
a représenté la partie la plus délicate
et critique de l'enquête. Pour expliquer les résultats,
citons cet extrait d'un manuel d'histoire pour les écoles
secondaires égyptiennes:
"Même
si les armées pillardes des Croisés et des Mongols
contre les pays du monde islamique au Moyen-Age furent défaites,
l'hostilité étrangère contre les pays
islamiques ne cessa pas.
A
la fin de ces périodes, l'hostilité européenne
prit la nouvelle forme d'une guerre économique. Les
Européens, en particulier les Portugais et les Espagnols,
réussirent à frapper l'économie de l'Egypte
à travers ce qui découla de leurs découvertes
géographiques. Ils découvrirent ainsi une nouvelle
route - autre que l'Egypte ou la Syrie - pour le commerce
mondial: il s'agit de la route autour du cap de Bonne-Espérance,
dont la conséquence fut de priver l'Egypte, l'un des
plus importants centres islamiques à cette époque,
de sa puissance militaire.
Les
croisés de l'époque moderne triomphèrent
des musulmans, en réalisant ce que leurs ancêtres
n'avaient pu réaliser au Moyen-Age. Et ils se vengèrent
sur le monde islamique à travers leur occupation en
y imposant leur système de règles et en exploitant
ses revenus pour leur propre profit. Depuis le temps des batailles
des Croisades, la culture et le progrès islamique s'interrompirent
et furent forcés de régresser, se retrouvant
ainsi paralysés. Pendant ce temps, l'Occident européen
en profitait. La raison en était qu'ils s'étaient
familiarisés avec la culture islamique, car il s'agissait
de l'un des ponts d'échange culturel.
Les
Croisades furent une guerre militaire et culturelle entre
l'Orient islamique, qui avait une culture prospère,
et l'Occident européen, qui se trouvait dans l'obscurité
et l'ignorance - à tel point que les Européens
désignèrent le Moyen-Age comme un âge
sombre." [1]
Ce
passage de manuel représente en condensé la
perception de l'Europe, ou de ce qui est appelé l'Occident
chrétien. Avec de nombreuses variations, des modèles
semblables se retrouvent dans tous les manuels sur tous les
sujets à tous les niveaux des écoles égyptiennes:
A.
L'Occident chrétien - qui est également appelé
l'Europe ou l'Ouest - est présenté comme l'archi-ennemi,
l'Erzfeind de la culture arabo-islamique.
B.
L'Occident chrétien est présenté comme
une culture inférieure.
C.
Les textes soutiennent que l'Orient islamique doit se défendre
contre l'appétit impérialiste de l'Occident
chrétien.
Ces
trois stéréotypes sont présentés
continuellement, répétés et imprimés
dans différents contextes dans les esprits et les pensées
des enfants de tous âges.
Dans
la suite de ma présentation, je souhaite développer
un peu ces trois points.
A.
L'Occident chrétien est l'archi-ennemi
de la culture arabo-islamique
Dans
les manuels de religion et d'études sociales des écoles
primaires et préparatoires, la première période
de l'islam est décrite comme une guerre continuelle
contre l'Empire byzantin. Le récit des différentes
Ghazawât, des campagnes contre l'Empire byzantin,
est utilisé comme un moyen pour structurer la présentation
des événements historiques. La distinction générale
entre "petit jihad" et "grand jihad"
- le premier signifiant l'effort personnel sur soi-même
et le second une guerre pour la défense de l'islam
- ne se trouve dans aucun manuel scolaire égyptien.
Cette distinction est pourtant largement admise parmi les
érudits musulmans afin de dissiper les malentendus
autour du jihad en Occident. En raison de l'absence
de cette utile différenciation, le jihad est
toujours lié pour un élève égyptien
au martyre, habituellement accompli dans une campagne contre
des chrétiens occidentaux.
Les
conquêtes par les armées islamiques de pays et
régions alors sous souveraineté byzantine sont
toujours décrites comme une "libération"
de l'oppression byzantine chrétienne. Dans certains
cas, les populations indigènes ont explicitement demandé
aux musulmans de les libérer. Ceci apparaît particulièrement
dans le récit de la conquête de l'Egypte.
Citons
par exemple ce passage d'un manuel d'études sociales
pour les écoles préparatoires:
"Les
coptes s'adressèrent à Omar ibn al-Khattâb,
lui demandant d'envoyer quelqu'un pour les libérer
des talons des Romains, respectivement des Byzantins, et pour
les sauver de leur persécution, de la corruption de
leurs fonctionnaires et du poids de leurs impôts." [2]
Et
le titre du passage sur la conquête de l'Egypte: "Le
soleil de l'islam se lève sur les pays du Nil." [3]
Ainsi,
l'expansion de la culture islamique orientale est-elle toujours
décrite comme s'il s'était agi d'un acte désintéressé
de libération, tandis que l'expansion de la culture
chrétienne occidentale est toujours connotée
comme un acte d'oppression barbare et d'exploitation capitaliste.
Un
autre accent des manuels d'histoire porte sur les motifs des
Croisés au Moyen-Age. Toute motivation religieuse est
niée. Selon les manuels, un but impérialiste
se cachait derrière de faux prétextes religieux
de libération des Lieux Saints, comme l'explique le
manuel déjà cité. "A vrai dire,
il s'agissait d'une hostilité impérialiste,
même si elle semblait être religieuse." [4]
La
cruauté des Croisés chrétiens est décrite
en détail, comme aucun autre épisode historique.
Le massacre sanglant lors de la conquête de Jérusalem
occupe une place centrale. Plusieurs présentations
de cet événement historique décrivent
les Européens chrétiens comme barbares, ne connaissant
aucune limite et partiaux sur le plan religieux.
En
contraste, lors de la reconquête de la Ville Sainte
par Salâh ad-Dîn, le conquérant musulman
est présenté comme tolérant et généreux.
Répété à travers les périodes
postérieures, ce stéréotype marque la
perception de tous les dirigeants musulmans, allant jusqu'à
inclure même l'époque d'Al Hâkim bin Amr
Allah, qui était pourtant (également selon la
tradition musulmane) un persécuteur et un tyran.
Ce
préjugé d'attitude barbare associée aux
Européens se retrouve dans le récit de l'invasion
française. Les écoliers lisent que Napoléon
ne se borna pas à bombarder al-Azhar. Il entra avec
des chevaux dans un lieu de culte durant les émeutes
de 1798, pour y rechercher et y tuer les rebelles. Les manuels
mentionnent également avec réprobation qu'il
extermina toute la garnison de Jaffa alors que celle-ci s'était
déjà rendue à condition d'être
mise en liberté.
Le
problème de ces descriptions historiques ne porte pas
sur les faits eux-mêmes: mais ces événements
sont les seuls événements historiques décrits
avec un tel luxe de détails, et ils transmettent un
portrait très généralisateur et limité
de l'Europe. Ceci apparaît si nous regardons de plus
près des événements historiques qui sont
- à l'inverse - presque complètement négligés:
a)
Les attaques désastreuses des Mongols, qui frappèrent
l'empire islamique au centre de son pouvoir et fut accompagné
de vandalisme sans précédent, ne sont relatées
que sur 1½ page, alors que les Croisades font l'objet
d'un récit détaillé de 16 pages. Pourtant,
durant des siècles, les Croisades n'ont pas joué
un rôle aussi important dans les récits des historiens
musulmans. Un orientaliste allemand, Josef van Ess, a évoqué
le phénomène en ces termes:
"Les
Croisades furent pour les musulmans des événements
locaux dans une région qui était déjà
une zone de lutte entre plusieurs petits dirigeants locaux.
L'atmosphère d'une guerre religieuse n'apparut pas
durant longtemps. Elles ne devinrent un symbole que lorsque
les Arabes de notre siècle découvrirent les
parallèles entre le colonialisme européen et
la politique d'expansion israélienne. [
] Le seul
incident traumatisant fut l'assaut mongol. Alors, en 1258,
Bagdad fut détruite et le dernier Calife tué.
De vastes régions, qui avaient été considérées
comme régions centrales du monde musulman, passèrent
durant deux générations sous une domination
non islamique." [5]
b)
Il est frappant, dans tous les manuels, de voir que toute
la période mamelouk et ottomane - près de 500
ans jusqu'à l'invasion française - est presque
entièrement ignorée.
c)
La période du colonialisme moderne est ensuite reliée
à l'époque des Croisades et décrite comme
une poursuite directe de celles-ci par d'autres moyens: les
objectifs que les croisés n'avaient pas réussi
à atteindre militairement au Moyen-Age se trouvaient
maintenant réalisés indirectement par les "croisés
de l'époque moderne" (salîbiyû
al-'asr al-hadîth) grâce à la guerre
économique.
C'est
pourquoi, lorsque le président Bush utilisa l'expression
de "croisade" en réagissant aux attentats
du 11septembre, l'étudiant égyptien ne pouvait
percevoir ce propos comme un simple lapsus. A ses yeux, le
propos semblait révéler ce qui a déterminé
la relation entre l'Occident et l'Orient depuis la montée
de l'islam: l'Occident est engagé depuis des siècles
dans une croisade contre le monde islamique.
·
Dans cette perception, la soif impérialiste et barbare
d'expansion et d'exploitation des autres pays est devenue
le principal attribut de l'Occident chrétien.
·
Mais le fait que l'empire islamique se soit lui aussi étendu
et ait également exploité d'autres pays pendant
les premiers siècles de l'islam, qu'il ait tiré
profit du commerce des esclaves de l'Afrique, ou encore que
les pays arabo-islamiques aient été exploités
par des empereurs mamelouks et ottomans de leur propre religion
durant plus de 500 ans - tout cela n'est pas pris en compte
et complètement laissé de côté.
De
même, les manuels ne mentionnent pas que ce sont les
Européens qui ont introduit l'idée du nationalisme
et des Etats nationaux au Proche-Orient, à une époque
où l'Empire ottoman exploitait ses provinces. Pas plus
de mention du fait que les Européens ont également
contribué de façon importante à la montée
du nationalisme arabe avec leurs expéditions scientifiques
qui ont redécouvert les anciennes cultures de ces régions.
Enfin, l'on oublie qu'existe aujourd'hui un vaste échange
culturel, qu'il y a une étroite coopération
dans le domaine des projets de développement, des relations
politiques et diplomatiques complexes, et de nombreuses entreprises
communes dans le domaine commercial et économique.
Tout cela montre que nous ne vivons plus à l'époque
des Croisades ni au temps du colonialisme. Mais, malheureusement,
les étudiants égyptiens n'entendent pas parler
de ces développements.
B)
L'Occident chrétien est la culture inférieure
Dans
plusieurs passages des manuels d'études sociales et
de géographie, l'accent est fortement placé
sur l'idée que le centre mondial de la culture, de
la religion, du commerce et de la politique tourne autour
de l'Asie, du Proche-Orient, et particulièrement de
l'Egypte.
Nous
pouvons résumer ainsi la façon d'avancer ces
idées:
Ici,
au Proche-Orient, particulièrement en Egypte et en
Mésopotamie, se sont développées et ont
fleuri les premières cultures et civilisations de l'humanité.
C'est là que se trouve l'origine des trois religions
célestes, le judaïsme, le christianisme et l'islam.
Ici se trouva durant des siècles le centre du commerce
entre l'Orient et l'Occident.
Ici,
dans cette région, le trésor des cultures anciennes
fut perpétué et enrichi. Ce fut ici qu'éclorent
toutes les sciences, la tolérance et la culture. Durant
la même période, l'Europe passait par le sombre
Moyen-Age, marqué par le fanatisme religieux et l'extrémisme,
y compris la régression scientifique, la superstition
et le déclin culturel. En contraste, au 7e siècle,
le prophète Muhammad avait déjà établi
les principes de tolérance religieuse et de droits
de l'homme, auxquels il fallut des siècles encore avant
d'apparaître dans l'Europe chrétienne.
Selon
ces vues, même maintenant, à notre époque,
le Proche-Orient devient à nouveau le cur géostratégique
du monde: depuis l'ouverture du canal de Suez, la majorité
du commerce mondial passe par le monde arabe. Et les ressources
pétrolières de celui-ci constituent le fondement
de l'économie du monde entier.
En
observant cette glorification du monde arabe, il devient difficile
d'expliquer comment l'Occident a été capable
de développer une telle domination politique et économique
à l'échelle mondiale, et pourquoi il parvient
à maintenir ce pouvoir jusqu'à maintenant.
Dans
les manuels d'études sociales des écoles préparatoires
et les manuels d'histoire et de géographie des écoles
secondaires, les élèves apprennent que les Européens
se sont appropriés la culture supérieure de
l'Orient; la culture islamique et celle de l'Antiquité
classique connurent un transfert graduel à travers
les Croisades et les cultures islamiques raffinées
en Espagne et en Sicile.
Pour
cette raison, l'Europe fit l'expérience de la "Renaissance".
Ensuite, la découverte de la nouvelle route océanique
autour du cap de Bonne-Espérance ouvrit la route de
l'Inde et de l'Extrême-Orient, en contournant le Proche-Orient
et en accaparant ses plus importantes ressources et revenus.
Le
déclin de la culture de l'Orient en fut la conséquence:
ce développement fut conforté à l'époque
du colonialisme. Le Proche-Orient se retrouva divisé
en différentes colonies, et plus tard en régions
d'hégémonie et "protectorats". Le
but de la division, des colonies et des protectorats était
d'anéantir la puissance du Proche-Orient, d'exploiter
ces pays et de réduire leur économie et leur
politique à un état de totale dépendance.
Dans cette perception de l'Occident chrétien, il est
possible de reconnaître les polémiques anti-occidentales
du mouvement de réforme islamique, telles qu'elles
furent développées par ses figures de proue,
Jamâl ad-Dîn al-Afghâni et Muhammad Abdûh,
dans la confrontation avec les Etats colonialistes occidentaux.
Ou l'on peut aussi y voir une sorte de "contre-orientalisme",
qui tente de réfuter l'approche colonialiste des Mustashriqin,
qui présentaient l'Europe comme le centre du monde [6].
Ainsi,
l'Occident chrétien inférieur s'est efforcé
durant des siècles de réaliser ses objectifs
impérialistes contre l'Orient islamique. Par tous les
moyens, ce dernier a sans cesse été contraint
de se défendre contre cette attitude.
Cela nous conduit au troisième exemple de présentation
marquée par des stéréotypes négatifs:
C.
L'Orient islamique doit se défendre
contre l'appétit impérialiste de l'Occident chrétien
A
partir d'une telle représentation de l'histoire, nous
ne pouvons être surpris de constater que, selon beaucoup
de manuels, la principale responsabilité du gouvernement
égyptien n'est pas de gouverner le pays ou de se soucier
du bien-être, des droits, de la liberté, de l'emploi
et de la dignité des citoyens, mais de "défendre
l'Egypte contre les ennemis étrangers".
Quelque
80 à 90% des données historiques apprises par
les élèves sont liées à la résistance
contre les Croisés et au combat pour l'indépendance
contre les colonisateurs. Les autres données historiques
sur des événements culturels sont très
réduites.
De
plus, chaque année, des célébrations
spéciales ont lieu dans les différentes régions
du pays pour commémorer différents épisodes
historiques, par exemple une émeute ou résistance
locale contre les croisés, même si ces événements
n'ont pas grande importance par rapport à beaucoup
d'autres événements de l'histoire de l'Egypte.
Il en découle que la présentation de l'histoire
dans la plupart des manuels du niveau secondaire est avant
tout consacrée au récit d'événements
historiques isolés, décrits comme de glorieuses
tentatives de se libérer de l'influence de l'impérialisme
occidental.
La
position envers l'Occident chrétien (respectivement
l'Europe ou l'Ouest) est avant tout défensive. Les
caractéristiques culturelles de l'Europe sont ignorées,
de même que l'effort de coopération qui s'est
développé - dans différents domaines
et à différents niveaux - entre l'Egypte et
des pays européens.
La
description de l'Europe moderne est essentiellement limitée
à sa puissance économique. Cela est présenté
positivement et avec admiration. L'alliance entre Etats dans
le cadre de l'Union européenne est décrite comme
un modèle d'avenir idéal pour les Etats arabes.
Si une telle union économique pouvait être créée
et si la domination européenne pouvait diminuer, l'Egypte
et tout le Proche-Orient pourraient prospérer et fleurir
à nouveau, ce qui produirait un tel succès que
la culture et l'économie occidentales pâliraient
en comparaison.
Nous
considérons la perception de l'Occident chrétien
comme la partie la plus problématique et la plus sensible
de notre recherche. Le narratif historique en Orient et en
Occident apparaît comme fondamentalement différent.
Nous proposons qu'une commission d'historiens et de pédagogues
de l'Orient et de l'Occident soit mise sur pied pour discuter
des différentes perceptions de l'Orient islamique en
Occident et de l'Occident chrétien en Orient.
L'objectif commun devrait être:
·
de surmonter les stéréotypes et l'attitude défensive
dans la présentation d'autres religions et cultures;
·
de souligner l'impact positif de la rencontre culturelle;
·
de dépasser les catégories d'infériorité
ou de supériorité;
·
d'élargir la connaissance de la culture et de la religion
de l'autre, afin de promouvoir une meilleure compréhension
mutuelle.
En
ce qui concerne les manuels scolaires égyptiens, il
nous semble que des passages supplémentaires
·
sur la culture en Europe,
· sur le rôle de la religion dans l'Europe d'hier
et d'aujourd'hui,
· sur des projets lancés en coopération
avec des pays de l'Union européenne,
· sur les aspects positifs de l'impact européen
au Proche-Orient,
· sur des projets actuels de rencontre, d'échange
et de développement (écoles, fondations politiques,
projets de développement, etc.),
pourraient
considérablement aider à améliorer la
perception de l'Occident chrétien chez les écoliers
égyptiens.
Notes
[1]
Histoire pour l'école secondaire, édition
2001-2002, Le Caire, 2001, p. 81 [NDT: nous avons
choisi de traduire en français les titres des manuels,
plutôt que d'en indiquer les titres arabes].
[2]
Etudes de la société,
Premier Niveau de l'école préparatoire: Ma
patrie l'Egypte. Le lieu et le temps, 2e partie, édition
2001-2002, Le Caire, 2001, p. 76.
[3]
Ibid., p. 75.
[4]
Histoire pour l'école secondaire, édition
2001-2002, Le Caire, 2001, p. 80.
[5]
Hans Küng et Josef van Ess, Christentum und Weltreligionen,
Munich, 5e éd., 2001, pp. 64 sq.
[6]
Edward Said, Orientalism, Londres,
2e éd.,1995 (1ère éd. 1978); Isolde
Kurz, Vom Umgang mit dem Anderen: Die Orientalismus-Debatte
zwischen Alteritätskurs und interkultureller Kommunikation,
Berlin, Ergon, 2000.
© 2002 Université
de Rostock
Traduction française:
Jean-François Mayer - Religioscope
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