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LES TENTATIVES DE CREATION
D'UN RITE ORTHODOXE OCCIDENTAL

Esquisse historique (suite)

Communautés de rite occidental aux Etats-Unis

Au cours du XXe siècle, il y eut aux Etats-Unis plusieurs cas de tentatives de création de communautés orthodoxes de rite occidental, aussi bien dans la juridiction d’Eglises orthodoxes traditionnelles que sous une forme « sauvage » et non canonique. Certaines de ces communautés finirent par être reçues dans une juridiction orthodoxe ; l’un des cas les plus intéressants fut celui de la « Society of Saint Basil », dont la naissance dérivait indirectement de l’action de Mgr Aftimios Ofiesh (1880-1966), devenu en 1917 évêque de Brooklyn et chef de la mission syrienne dans la juridiction de l’Eglise russe en Amérique. Un acte signé en 1927 par le métropolite Platon et plusieurs autres évêques russes en Amérique chargea Mgr Aftimios de jeter les bases d’une Eglise américaine autonome, non liée aux appartenances ethniques, et avant tout destinée à des personnes nées sur sol américain et parlant anglais ; mais le moment n’était assurément guère favorable, avec tous les troubles que connaissait l’Eglise russe ; Mgr Aftimios finit par se marier en 1933[39].

Il avait cependant consacré plusieurs personnes, dont un certain William A. Nichols, qui se trouva en 1931 à l’origine de la « Society of Saint Basil » ; celle-ci fut dirigée par la suite par Alexander Turner, qui réussit à faire recevoir le groupe en 1961 en tant que communauté de rite occidental dans la juridiction antiochienne aux Etats-Unis. En effet, dès 1958, avec l’approbation du patriarche Alexandre III d’Antioche, le métropolite Antoine Bashir avait autorisé l’usage du rite occidental en Amérique du Nord[40].

On ne saurait dire qu’il y eut au cours des années suivantes un mouvement de masse vers le rite occidental aux Etats-Unis, ne serait-ce qu’en raison des réticences de la plupart des évêques. Vers 1970, si l’archidiocèse syrien continuait fermement à le soutenir en expliquant que la pratique liturgique orientale était « étrangère à tout ce que connaissent les chrétiens occidentaux », des voix comme celle du Père Alexandre Schmemann craignaient au contraire que la diffusion du rite occidental ne « multiplie dangereusement les aventures spirituelles dont nous n’avons déjà eu que trop d’exemples dans le passé, et ne puisse qu’entraver le véritable progrès de l’Orthodoxie en Occident »[41].

Pourtant, à côté des paroisses dans la juridiction antiochienne, le Synode russe hors-frontières avait, en dépit de mésaventures encore fraîches en France (nous en parlerons bientôt), établi trois paroisses de rite occidental en 1968, avec pour doyen l’archiprêtre Georges Grabbe. Ces paroisses avaient adopté l’ancien calendrier et une commission avait été établie par le Synode pour définir des lignes directrices à l’usage du rite occidental. S’adressant aux fidèles de la paroisse de rite occidental de Greenwich (Connecticut) en novembre 1968, le Père Georges Grabbe leur expliquait dans quel esprit procéder :

« (...) l’Occident a été séparé de l’Orthodoxie pendant tant de siècles. La vie n’est pas statique. Elle est développement et croissance. C’est pourquoi il est impossible de retourner mécaniquement aux formes de vie chrétienne qui ont existé en Occident il y a plus de mille ans, quand il était encore orthodoxe. Afin d’exprimer à nouveau l’Orthodoxie, les formes occidentales doivent être enrichies par l’héritage de siècles de développement ininterrompu dans la vie de l’Eglise orthodoxe. Son expérience (...) doit devenir votre expérience et être incorporée dans des formes liturgiques occidentales. »[42]

Comme souvent dans les expériences de rite occidental, celle-là se révéla également éphémère. En 1974, sur tout le territoire américain, il ne restait que deux paroisses de rite occidental liées à une juridiction orthodoxe canonique, toutes deux chez les Antiochiens[43].

Comment se fait-il que le mouvement se trouve aujourd’hui en plein essor, au point de compter en 1996 une trentaine de paroisses en Amérique du Nord ?[44] Paradoxalement, il faut en rechercher les raisons dans les dénominations religieuses d’origine des convertis, qui proviennent principalement des rangs épiscopaliens ou catholiques romains et réagissent aux bouleversements liturgiques (et parfois doctrinaux) intervenus dans leurs communautés. Comme le reconnaît le Père Paul Schneirla, responsable du Vicariat de rite occidental dans l’Archidiocèse antiochien, « nous ne menons pas un programme de prosélytisme, mais nous représentons une option pour ceux qui ont déjà rejeté les changements dans leur ancienne dénomination »[45].

La pratique liturgique représente une « forme théologiquement corrigée de culte anciennement utilisé soit par l’Eglise catholique romaine, soit par la communion anglicane »[46] On reste dans la droite ligne des tentatives d’Overbeck au XIXe siècle ou des suggestions faites par la commission de théologiens de 1904. La récente édition du missel publié par le Vicariat de rite occidental contient deux liturgies: la « Messe selon le rite de saint Tikhon » et la « Messe selon le rite de saint Grégoire »[47]. Il s’agit là de patronages symboliques : le premier est une révision de rite anglican, le second une messe tridentine orthodoxisée, proche de la version proposée par Overbeck. A quelques détails près, un catholique romain retrouverait la liturgie préconciliaire, mais célébrée en anglais[48] . Cette reprise pure et simple d’un rite occidental avec quelques éléments orthodoxisés évite l’arbitraire d’une reconstruction liturgique, mais implique en même temps l’intégration de facto d’éléments postérieurs au schisme. Il est révélateur que l’imagerie utilisée dans les publications du Vicariat soit souvent empruntée à des gravures médiévales ou néo-gothiques.

Le Père Alexey Young, prêtre américain qui collabore à plusieurs périodiques orthodoxes d’outre-Atlantique, demanda en 1989, après avoir exercé durant des années son ministère dans une paroisse de l’Eglise orthodoxe russe hors-frontières, à être reçu dans le Vicariat de rite occidental de l’Archidiocèse antiochien, sensible à la fois aux possibilités missionnaires qui paraissaient s’ouvrir et à une forme de « réappropriation » de son propre héritage occidental[49] . En juin 1996, il a donné sa démission de la paroisse de rite occidental où il servait et a demandé sa réintégration dans la juridiction de l’Eglise russe hors-frontières. Il explique :

« J’étais venu à aimer le rite occidental et à comprendre son authentique spiritualité d’avant le schisme ainsi que son caractère viable pour notre époque. (...) Cependant, je quitte maintenant le mouvement de rite occidental — non pas parce que je n’aime pas le rite, mais parce que je crois que le mouvement lui-même au sein de l’Archidiocèse antiochien a échoué. Bien sûr, il continue de croître numériquement (...). Mais la quantité n’assure pas la qualité, et la direction du mouvement a été dans une large mesure inefficace. Dans de nombreux cas, notre clergé et nos fidèles de rite occidental n’ont pas été instruits, préparés ou guidés de façon adéquate. Ils ne comprennent pas l’esprit de l’Orthodoxie ou même leur propre héritage occidental d’avant le schisme. Dans la plupart des cas, ils ont recherché l’union avec l’Eglise orthodoxe avant tout pour préserver un rite aboli dans l’Eglise à laquelle ils appartenaient antérieurement. Mais ce n’est pas une raison suffisante pour devenir orthodoxe et ce n’est pas une justification suffisante pour que l’Eglise les accueille en son sein. »[50]

Outre la trentaine de paroisses américaines, quelques paroisses de rite occidental dans la juridiction antiochienne virent le jour en Grande-Bretagne. Elles trouvent leur origine dans une initiative appelée « Pilgrimage to Orthodoxy ». En juin 1993, une vingtaine d’ecclésiastiques anglicans se réunirent pour examiner « l’option orthodoxe », face aux menaces de plus en plus nettes d’ordination des femmes dans l’Eglise d’Angleterre. Certains étaient attirés par le rite byzantine, d’autres par le rite occidental. Ils entrèrent en contact avec le Patriarcat d’Antioche (qui avait déjà laissé entendre plus tôt qu’il ne serait pas opposé à recevoir des communautés britanniques de rite occidental[51]) et, en mai 1995, Mgr Gabriel Saliby (vicaire du Patriarche d’Antioche en Europe occidentale) procéda à l’ordination diaconale d’un premier clerc de rite occidental. Cette initiative semble cependant être restée sans grand impact.

 

[39] Constance J. Tarasar (et al.), Orthodox America, 1794-1976. Development of the Orthodox Church in America, Syosset (N.Y.), Orthodox Church in America, 1975, pp. 194-198.

[40] Michael Trigg (dir.), An Introduction to Western Rite Orthodoxy, Ben Lomond (California), Conciliar Press, 1993, p. 9.

[41] Diakonia, 5/1, 1970, p. 24.

[42] Orthodoxy, XII/1, janvier-février 1969, p. 11.

[43] Diakonia, 10/2, 1975.

[44] Ce nombre a vraisemblablement augmenté depuis, même si nous ne disposons pas de statistiques récentes. Lors d’un passage à Denver (Colorado) en novembre 2001, nous avons découvert dans cette ville trois communautés de rite occidental, deux utilisant une liturgie de tradition anglican et l’autre la liturgie tridentine en anglais avec quelques adaptations mineures.

[45] P.W.S. Schneirla, « The Twain Meet », in The Word, mai 1993, pp. 3-4.

[46] Patrick McCauley, « What Is Western-Rite Orthodoxy ? », in The Word, mai 1993, pp. 5-6.

[47] Orthodox Missal According to the Use of the Western Rite Vicariate of the Antiochian Orthodox Christian Archdiocese of North America, Stanton (New Jersey), Saint Luke’s Priory Press, 1995, pp. 169-213.

[48] Une édition du « rite de saint Grégoire » contient cependant le texte bilingue latin-anglais, ce qui laisse supposer qu’il peut également être célébré en latin (The Missal. A Service Book for the Use of Orthodox Christians, Los Angeles, Antiochian Orthodox Christian Archdiocese of North America, 1991).

[49] On pourra lire un article du Père Alexey Young expliquant ses motivations dans M. Trigg, op.cit., pp. 5-10.

[50] Lettre personnelle du Père Alexey Young, 4 août 1996. Nous remercions le Père Alexey de nous avoir autorisé à citer des extraits de cette lettre.

[51] Orthodox Outlook, N° 35, avril 1991, p. 5.

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