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LES TENTATIVES DE CREATION
D'UN RITE ORTHODOXE OCCIDENTAL

Esquisse historique (suite et fin)

Conclusion

Sans porter ici un jugement, puisque l’objectif de ce panorama est simplement d’informer, quel bilan tirer de tous ces efforts ? Comme « mythe mobilisateur », l’idéal d’un rite orthodoxe occidental ne manque pas d’attrait ; nul doute que nous continuerons à être témoins de tentatives dans ce sens, et nous ne pouvons pas exclure que l’une finisse réellement par prendre racine et durer. Mais cela ne doit pas cacher une autre réalité, numériquement plus importante, celle du développement lent, mais croissant, de paroisses orthodoxes occidentales de rite byzantin, en dépit des affirmations extrêmes de quelques partisans du rite occidental, qui adhèrent à une sorte de nationalisme liturgique et affirment que l’implantation du rite byzantin serait « une impossibilité, voire une aberration »[70]: « le rite oriental, étranger au chemin spirituel de la France, est sans action profonde et peut même parfois faire l’effet d’un narcotique, d’un genre de toxine. »[sic!][71] Le rite byzantin a été marqué par le contexte oriental dans lequel il a mûri, mais cela ne paraît pas présenter un obstacle insurmontable.

Une pluralité des rites poserait en outre la question du rite à utiliser dans des contextes missionnaires, en dehors du monde occidental. En Afrique ou au Bengale, comme dans d’autres parties du monde, ont émergé des communautés orthodoxes locales de rite byzantin. Si le rite occidental devenait plus largement accepté, devrait-il être réservé uniquement à des populations d’origine occidentale, ou son expansion missionnaire serait-elle envisageable ? Dans le contexte de la mondialisation, le rite byzantin paraît destiné à s’imposer de plus en plus comme rite universel. Cela n’exclut pas, au fil du temps et par suite d’un mouvement naturel au sein de l’Eglise locale, des inflexions nationales apportées à certaines pratiques ou le développement de traits particuliers en harmonie avec l’esprit de la tradition orthodoxe.

Il n’est pas sûr qu’il suffise d’ôter quelques siècles de poussière accumulée pour retrouver la tradition orthodoxe. Celle-ci suppose en effet plus qu’une confession de foi orthodoxe. Il ne suffit pas que des anglicans de la High Church ou des vieux-catholiques suppriment le Filioque dans le Credo, reconnaissent uniquement les conciles oecuméniques du premier millénaire et placent des icônes dans leurs églises pour devenir ipso facto orthodoxes, comme le montrent les expériences faites depuis plus d’un siècle.

Sur un plan théorique, la plupart des évêques orthodoxes admettraient sans doute la légimité possible d’autres rites ; dans la pratique, tant des questions de fond que les différentes expériences faites les conduisent à rester, dans leur grande majorité, réticents ou hostiles à la pratique du rite occidental dans leurs diocèses[72].

Jean-François Mayer


Sitographie


[70] G. Bornand, « L’Orthodoxie occidentale », in Cahiers Saint-Irénée, N° 12, août-sept. 1958, pp. 1-22 (p. 14).

[71] Ibid., p. 12.

[72] Ainsi, en avril 1996, Mgr Antoine de San Francisco (Archevêché grec) a indiqué qu’il reconnaissait certes de clergé de rite occidental d’autres juridictions comme orthodoxe, mais qu’il ne donnait pas son soutien à de telles initiatives, pour des raisons liturgiques (les rites n’ont pas de continuité directe avec ceux de l’Eglise occidentale des premiers siècles, mais sont largement marqués par les débats de la Réforme et de la Contre-Réforme) et pastorales (cela accroît encore la fragmentation de l’Eglise orthodoxe en Amérique et crée de petits groupes liturgiquement isolés). Le clergé antiochien de rite occidental n’était donc pas autorisé à participer à des liturgies dans des paroisses du diocèse en portant des vêtements liturgiques occidentaux, et le clergé du diocèse grec n’était pas autorisé à participer à des célébrations liturgiques de rite occidental. Le P. Charles Connely, recteur de la paroisse de rite occidental de Saint Marc (Denver), a répondu à cette prise de position dans une brochure intitulée Lux Occidentalis (également disponible sur Internet sous forme de fichier PDF).

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