Religioscope
- 18 mai 2002
Un matin de novembre 2001, Ali Sikander, responsable des
opérations en Afghanistan du Secours islamique (Islamic Relief),
resté dans le pays alors que la plupart des autres organisations
humanitaires l'abandonnaient, eut l'un des chocs de sa vie: une
chaîne de télévision française venait de prétendre que son organisation
était liée à Al-Qaïda!
Il imaginait déjà son bureau assiégé par des blindés et téléphona
à la journaliste pour dissiper le malentendu. Certaine d'avoir
un dangereux terroriste au bout du fil, celle-ci n'était pas rassurée,
se souvient avec amusement le spécialiste de l'aide au développement,
au flegme et à l'humour tout britanniques. Quelques heures plus
tard, la chaîne de télévision rectifiait: elle avait confondu
Islamic Relief avec une organisation au nom voisin.
Cliquer
ici pour lire le communiqué
du Secours islamique du 21 septembre 2001 indiquant que celui-ci
ne doit pas être confondu "avec d’autres associations humanitaires
telles que International Islamic Relief Organization, Islamic
Relief International, Islamic Relief Agency…, avec lesquelles
nous n’avons aucun lien".
Le Secours
islamique occupait le plus vaste espace de la rencontre du Bourget
et faisait connaître ses actions à travers le monde. Secrétaire
de rédaction du périodique nouvellement créé en 2002 en France
sous le nom de Planète humanitaire, Malika Latrèche faisait
connaître inlassablement et avec conviction les efforts de cette
organisation, fondée à Birmingham en 1984 et active en France
depuis 1992. Après des débuts très modestes, le Secours islamique
y est manifestement en plein expansion et constitue ainsi une
expression supplémentaire de la vitalité des initiatives associatives
musulmanes dans ce pays.
L'activité humanitaire islamique reste souvent peu connue
en dehors des milieux musulmans, mais elle bénéficie également
de soutiens occidentaux: des institutions européennes et le gouvernement
britannique sont les plus importants donateurs pour l'aide fournie
à l'Afghanistan, explique Ali Sikander. En outre, il faut noter
que le Secours islamique collabore avec une variété d'autres ONG
(non musulmanes), y compris d'ailleurs avec des organisations
humanitaires d'inspiration chrétienne. Des hommes et des femmes
comme Ali Sikander sont des professionnels de l'action humanitaire,
avec une expérience de terrain acquise également dans des organisations
non islamiques.
Selon ses observations, cependant, l'identité islamique de
l'organisation vaut à celle-ci un capital de confiance important
en Afghanistan. Il cite par exemple un projet en cours à Kandahar:
le Secours islamique a mis en œuvre la reconstruction de 41 écoles
et la formation des maîtres qui y enseigneront. Les autorités
locales se montrent bien disposées à l'égard d'une telle initiative
sous l'égide du Secours islamique, car elle n'est pas perçue comme
une intrusion étrangère, alors que les réactions à un programme
éducatif occidental pourraient être plus problématiques. En fait,
rapporte Ali Sikander, les autorités locales auraient explicitement
demandé que le projet soit placé sous la responsabilité du Secours
islamique.
Autre souci, celui des nombreuses personnes déplacées. Ali
Sikander et ses collègues voudraient aussi contribuer à résoudre
un problème crucial en Afghanistan: "Le pays a connu une
véritable fuite des cerveaux." A défaut de convaincre
les expatriés de haut niveau de revenir dans un pays où l'avenir
reste encore incertain, le Secours islamique entend développer
des contrats de courte durée (6 mois) qui leur permettraient de
venir participer à la reconstruction de leur patrie dévastée par
les guerres successives.
Jean-François Mayer