Religioscope
– 15 janvier 2002
Du
10 au 12 décembre 2001 s'est tenue à Pékin une réunion au
cours de laquelle les sept membres du Bureau politique du
Parti communiste ont discuté de la place des religions dans
la société chinoise actuelle. "Le leadership du
Parti sur la religion devrait être renforcé", a déclaré
le Président Jiang Zemin. Il a ajouté que l'influence de la
religion sur la vie politique et sociale du monde actuel ne
devait pas être sous-estimée.
Les
indications fournies par China
Daily, qui rapporte ces propos, montrent que le souci
du contrôle des religions reste plus que jamais à l'ordre
du jour. Il est vrai que les dirigeants chinois ont depuis
longtemps abouti à la conclusion que les facteurs religieux
n'avaient pas été étrangers à l'effondrement du pouvoir communiste
dans l'ex-monde soviétique et sont bien décidés à tout faire
pour éviter le même sort. Les événements du 11 septembre
2001 et le rôle qu'ont pu y jouer certaines motivations religieuses
ont encore renforcé cette méfiance.
Eglises
d'Asie (Agence d'Information des Missions Etrangères de
Paris) analyse également cette réunion dans son N° 344
(1er janvier 2002). Les organisations religieuses
non enregistrées peuvent s'attendre à rencontrer de sérieuses
difficultés, car elles sont soupçonnées de présenter des risques
pour la "stabilité sociale". Rappelons que la Chine
s'est engagée depuis quelque temps dans une active politique
"anti-sectes" (dont Falun Gong est la cible la plus
visible, mais pas la seule). Selon China
Daily, le Premier Ministre Zhu Rongji s'est également
exprimé lors de la réunion pékinoise en soulignant que "les
sectes ne sont pas des religions" et que les efforts
pour combattre les "religions illégales" et et prévenir
l'émergence de nouvelles "religions illégales" devaient
être renforcés.
Il
y a cependant un élément nouveau, souligne Eglises d'Asie:
alors que l'enregistrement devait jussqu'à maintenant obligatoirement
passer par les "Associations patriotiques" (organisations
religieuses mises en place par le pouvoir communiste et contrôlées
par lui), il semble que cet enregistrement pourrait maintenant
se faire directement auprès de l'administration – ce qui permettrait
ainsi un meilleur contrôle de groupes religieux qui répugnaient
à passer par les Associations patriotiques et préféraient
la précarité d'une semi-clandestinité. Cet enregistrement
séparé serait d'ailleurs déjà pratiqué dans certaines villes
du pays. Cela pourrait offrir à des associations qui n'étaient
pas déclarées jusqu'à maintenant une plus grande sécurité.
En même temps, comme le remarque un article
de David Murphy dans la Far Eastern Economic Review (27 déc. 2001-3 janvier 2002), cela risque bien
d'augmenter les risques pour ceux qui voudront continuer à rester en dehors.
Les
deux périodiques s'accordent pour souligner que l'un des plus
grands changements pourrait affecter les Eglises protestantes
en Chine: celles qui jouissaient d'un statut légal avaient
été fondues dans une organisation unique. Les différents courants
du protestantisme pourraient ainsi retrouver leur spécificité.
Il est en revanche peu probable que cela ait des conséquences
pour la partie de l'Eglise catholique qui reste unie à Rome
et refuse l'intégration dans l'"Eglise patriotique"
chinoise: Jiang Zemin a rappelé que les interférences étrangères
dans le travail religieux de la Chine devaient être "absolument
interdites"
[1] . (JFM)