Religioscope – 15 janvier 2002
La
lecture du dernier bulletin d'information allemand sur l'édition
et la diffusion de l'œuvre de Jacob Lorber (mars-déc. 2001)
révèle que celle-ci poursuit son internationalisation, après
avoir été durant de longues années limitée surtout à l'espace
germanophone.
Ces
efforts sont activement soutenus par les lorbériens allemands.
Ainsi, pour les pays de langue française, où le travail des
Editions Hélios semblait compromis par le décès de leur animateur,
Jean-Luc de Rougemont, un nouveau responsable a pu être trouvé
pour reprendre le flambeau. Depuis, le septième volume du Grand Evangile de Jean est paru. Le huitième volume
est déjà traduit et sa publication est en préparation.
Le
bulletin signale des publications récentes ou imminentes de
livres de Lorber aux Etats-Unis, au Brésil, en Espagne, en
Grèce, en Norvège, en Suède, aux Pays-Bas, en République tchèque,
en Bulgarie, en Slovénie, en Italie, en Pologne et en Russie.
Né
dans les environs de Maribor (aujourd'hui en Slovénie),
le musicien Jacob Lorber (1800-1864) passa la plus grande
partie de sa vie à Graz, en Autriche. In éressé
par les questions spirituelles, il lut des ouvrages de plusieurs
auteurs, dont Böhme et Swedenborg. Le 15 mars 1840, alors
qu'il s'appêtait à accepter un poste de second
chef des churs de l'Opéra de Trieste, il était
encore dans son lit tôt le matin lorsqu'il entendit
une voix qui lui ordonna: "Lève-toi, prends ta
plume et écris!" Il consacra dès ce moment
une grande partie de son existence à consigner la révélation
qu'il recevait, affirma-t-il, du Seigneur lui-même;
le résultat de ces dictées couvrit 20 000 feuillets.
Certains de ses amis en prirent connaissance et huit volumes
furent publiés de son vivant, mais ils semblent n'avoir
eu alors qu'un écho limité.
Les écrits de Lorber comprennent différentes catégories de textes.
Le Grand Evangile de Jean entend compléter les Evangiles
traditionnels à travers un récit détaillé de la vie
du Christ dicté par lui-même. Une autre catégorie d’écrits
de Lorber se présente comme la restitution d’écrits perdus
du christianisme primitif, comme par exemple L'enfance
de Jésus (qui serait l’Evangile de Jacques). Il y a enfin
des œuvres sur l’univers créé (La Lune, Saturne…)
et sur l’au-delà (par exemple L'Evêque Martin).
Au
19e siècle, on assista à de fortes interactions
entre lecteurs de Lorber et milieux spirites. Les œuvres de
Lorber purent progressivement être publiées grâce au soutien
de fervents lecteurs. La diffusion des ouvrages de Lorber
a été particulièrement favorisée par l’existence d’une active
maison d'édition, installée depuis plus d’un siècle
à Bietigheim (Wurttemberg). Les mesures répressives de l’époque
nazie et la 2e Guerre mondiale marquèrent cependant
une importante césure dans l’activité du mouvement: alors
qu’il y avait 80 à100 cercles lorbériens en Allemagne en 1935,
ce nombre chuta considérablement après le conflit.
Les
cercles lorbériens ne se considèrent pas comme une dénomination
religieuse séparée et aucune coupure avec l’appartenance religieuse
d’origine n’est demandée, même si la Sainte Cène est occasionnellement
célébrée dans certains de ces groupes. Comme le notait Kurt
Hutten[1],
l’intérêt pour Lorber se manifeste aussi bien chez des chrétiens
pratiquants que chez des croyants aux extraterrestres, des
groupes de végétariens ou des milieux ésotériques.
La
diffusion de l’œuvre de Lorber est aujourd'hui rendue possible
grâce à l'activité d'une association fondée en
1987 pour soutenir financièrement les efforts visant à faire
connaître le message de Lorber: cela a permis la multiplication
d’éditions en d’autres langues que l’allemand, mais aussi
d'offrir des séries de volumes de Lorber à de nombreuses bibliothèques
allemandes, suisses et autrichiennes. Matthias Pöhlmann, qui
a consacré il y a quelques années, un livre très documenté
à Lorber et à ses disciples[2],
y estimait qu'on pouvait parler d'un regain d'activité des
cercles lorbériens depuis les années 1980. (JFM)