EN
BREF...
Religioscope
- Edition du 26 janvier 2002 - N° 2
Afghanistan: réveil
du soufisme?
La chute
du pouvoir taliban en Afghanistan a aussi des conséquences
pour la configuration de l'islam en Afghanistan. Un article
d'Anthony Shadid publié le 23 janvier 2002 dans le
Boston Globe fait
état d'un réveil du soufisme en Aghanistan.
Comme d'autres mouvements qui prétendent réformer
et purifier l'islam, les talibans avaient réprimé
les pratiques soufies. Ils désapprouvaient en effet
les visites aux tombes des saints et autres expressions de
piété populaire. Plusieurs dirigeants soufis
avaient été arrêtés. Les talibans
faisaient irruption dans des cérémonies soufies
et battaient les participants, racontent des soufis afghans.
Aujourd'hui, les drapeaux recommencent à flotter sur
les tombes des saints et les rituels traditionnels y reprennent.
(Résumé)
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Monténégro:
tensions dans l'Eglise orthodoxe
Dans son
Balkan Crisis Report du 17 janvier 2002 (N° 309),
l'Institute for War & Peace
Reporting signale une escalade des tensions entre partisans
des Eglises orthodoxes rivales au Monténégro.
Il ne s'agit pas d'une division religieuse, mais politique:
les uns sont partisans de l'indépendance du Monténégro
(et veulent donc également une Eglise monténégrine
indépendante), tandis que les autres veulent maintenir
des liens étroits avec la Serbie (et entendent donc
rester au sein de l'Eglise orthodoxe serbe). Les premiers
sont surtout forts dans le Nord et les seconds dans le Sud.
Lors de
la fête orthodoxe de Noël (selon le calendrier
traditionnel de l'Eglise, c'est-à-dire le calendrier
julien), les partisans des deux camps ont eu des rassemblements
dans des lieux différents. Ceux-ci se sont généralement
déroulés pacifiquement, mais des heurts ont
eu lieu dans le bastion pro-serbe de Berane.
Rappelons
que le schisme qui divise les orthodoxes du Monténégro
est apparu en 1993, à l'initiative d'indépendantistes
monténégrins qui, rassemblés à
Cetinje le 31 octobre de cette année-là, élirent
comme chef de l'Eglise monténégrine Antonije
Abramovic (1919-1996), un archimandrite orthodoxe d'origine
monténégrine, qui avait jusqu'alors exercé
son ministère en Amérique du Nord. A sa mort,
Mihailo Dedeic lui a succédé. Mais aucune Eglise
orthodoxe n'a reconnu le groupe monténégrin.
Le mouvement pour une autocéphalie monténégrine
part manifestement de milieux laïcs avant tout motivés
par des préoccupations nationalistes, comme le montrait
déjà un entretien avec l'un de ses idéologues
publié dans le numéro d'avril 1994 de la revue
Glaube in der 2. Welt (pp. 23-25). Il n'y a pour
l'instant aucune indication de formation d'un clergé
dans le cadre du mouvement autocéphaliste monténégrin;
en outre, son chef s'intitule "métropolite",
mais n'est reconnu par aucune Eglise orthodoxe et, surtout,
n'a réussi pour l'instant à obtenir aucune consécration
épiscopale. (JFM)
Un
bref article, dans la perspective du droit ecclésiastique
et par rapport à la situation au Monténégro,
sur la manière de déclarer l'autocéphalie
dans la tradition orthodoxe: Panteleimon Rodopoulos, "Autocephaly
in the Orthodox Church and the Manner in Which It Is Declared",
in Greek Orthodox Theological Review, 42:3-4, 1997,
pp. 213-219.
Page
favorable à l'autocéphalie monténégrine:
http://www.montenegro.org/religion.html
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Catholicisme
américain: crise des vocations
"Trois
prêtres ordonnés à Los Angeles":
la nouvelle ne mériterait même pas mention en
dehors de la presse locale, faisait remarquer le rédacteur
de onReligion.com
dans son commentaire de l'information - sauf lorsqu'on apprend
que ce seront les seuls prêtres catholiques romaines
ordonnés cette année dans tout le diocèse
de Los Angeles. Ils reflètent aussi la diversité
culturelle du clergé californien, souligne le Los
Angeles Times dans son article à ce sujet (13
janvier 2002): l'un vient du Vietnam, un autre du Mexique
et le troisième de la Pologne. Douze prêtres
partiront à la retraite cette année et, pour
4 millions de fidèles, il n'y a que 540 prêtres
paroissiaux.
Il n'est
donc pas étonnant d'apprendre que va se tenir au mois
d'avril à Montréal un congrès nord-américain
des vocations au ministère et à la vie consacrée.
Les représentants de 265 diocèses du Canada
et des Etats-Unis y participeront, indique le National
Post (24 janvier 2002). Il fera suite à des
congrès similaires en Amérique latin et en Europe.
En ce qui concerne la situation au Canada, le quotidien indique
qu'il y avait 13 750 prêtres catholiques et 2 645
séminaristes en 1970; aujourd'hui, le nombre de prêtres
est tombé à 9 000 environ, avec une moyenne
d'âge en hausse, et - surtout - il n'y a plus que 549
étudiants dans les séminaires. (JFM)
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Conversion
d'ambassadeur
et apologétique musulmane
Les médias
l'ont annoncé au mois de novembre 2001: Torquato Cardilli,
ambassadeur d'Italie en Arabie saoudite depuis le 7 novembre
2000, s'était converti à l'islam. Né
en 1942, père de deux enfants, Cardilli est un diplômé
en langues et civilisations orientales de l'Université
de Naples. Sans doute en raison de ces compétences
spécifiques, une grande partie de sa carrière
a eu pour cadre le monde musulman (Khatroum, Damas, Bagdad,
Tripoli, puis ambassadeur en Albanie de 1991 à 1993
et en Tanzanie de 1993 à 1997). La conversion de Cardilli
a été pour les journaux l'occasion de rappeler
qu'un de ses prédécesseurs, Mario Scialoja (ambassadeur
à Riyadh en 1994-1995), s'était déjà
converti à l'islam, à vrai dire avant son arrivée
en Arabie saoudite, puisque l'événement avait
eu lieu alors que Scialoja était le représentant
de l'Italie aux Nations Unies, en 1987. Aujourd'hui à
la retraite, mais très actif, Scialoja est devenu le
vice-président de la section
italienne de la Ligue musulmane mondiale.
Un porte
parole de l'ambassade d'Arabie saoudite à Rome n'a
pas manqué de souligner que jamais un ambassadeur saoudien
en Italie ne s'était converti au catholicisme, rapportait
le
quotidien pakistanais Dawn en évoquant la conversion
de Cardilli (27 novembre 2001). Et plus que cette
évolution dans l'itinéraire spirituel d'un homme,
ce qui retient l'attention est l'évocation de cette
conversion dans de nombreux périodiques et sur de nombreux
sites musulmans - qu'une recherche sur Internet ne peut saisir
qu'en petite partie, car le nom de Cardilli est souvent déformé
au point de n'être plus reconnaissable. Fréquemment,
les publications se bornent à mentionner le fait ou
à reprendre des articles de presse. La Ligue musulmane
mondiale, dont des bureaux sont établis dans différentes
régions du monde, diffuse d'ailleurs depuis longtemps
en plusieurs langues des livres ou brochures portant des titres
tels que Islam, Our Choice. Dans des milieux musulmans,
la conversion d'Occidentaux, surtout s'il s'agit de personnalités.
est volontiers utilisée comme un argument apologétique.
(JFM)
Site
de l'Ambassade d'Italie en Arabie saoudite:
http://www.italia-as.org/it/ambasciatore.htm
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Episcopaliens:
des évêques volants?
L'expression
de flying bishops est sans rapport avec des talents
pour l'aviation, mais désigne ces évêques
de l'Eglise d'Angleterre qui, à la suite d'une décision
synodale de 1993, ont reçu pour mission d'assurer l'encadrement
pastoral des paroisses qui (indépendamment de leur
situation territoriale) refusent d'accepter leur évêque
diocésain parce que celui-ci ordonne des femmes au
ministère sacerdotal. Rappelons que l'Eglise d'Angleterre
avait accepté en novembre 1992 le principe de l'ordination
des femmes; tout laisse penser que l'accès à
l'épiscopat leur sera également ouvert dans
les années à venir. 20% du clergé de
l'Eglise d'Angleterre serait aujourd'hui féminin. Des
activistes anglicans souhaitent en outre obtenir l'abolition
de l'Acte de 1993 au sujet des flying bishops, affirmant
que cette décision a "institutionnalisé
un schisme".
Du côté
des épiscopaliens américains, la décision
d'accepter l'accès des femmes au sacerdoce remonte
à 1976 et a suscité bien des résistances
et divisions. Cela n'a pas empêché l'ordination
de la première femme évêque épiscopalienne
en 1989. Mais le mécontentement des milieux conservateurs
au sein de l'Eglise épiscopalienne va bien au-delà
de la question de l'ordination sacerdotale des femmes: il
porte aussi sur des positions libérales en matière
théologique ou morale (homosexualité). Des voix
s'élèvent donc pour demander d'envisager l'introduction
d'un système d'"évêques volants"
pour assurer l'encadrement pastoral de groupes qui se sentent
"aliénés" par la pratique de certains
évêques "libéraux". L'approche
proposée est désignée par l'expression
de sustained pastoral care.
En décembre
2001, l'évêque-président de l'Eglise épiscopalienne
des Etats-Unis a annoncé que la réunion de la
hiérarchie épiscopalienne qui doit se tenir
du 7 au 12 mars 2002 près de Houston devrait discuter
de la question d'évêques spécialement
désignés pour visiter les paroisses conservatrices
et, en cas de décision positive, des modalités
de mise en oeuvre d'une telle politique. Une organisation
épiscopalienne conservatrice, l'American
Anglican Council (AAC), fait campagne depuis 1999 pour
l'introduction du sustained pastoral care. La situation
est d'autant plus pressante aux yeux de l'organisation qu'elle
prévoit que la Convention générale de
l'Eglise épiscopalienne à Minneapolis en 2003
approuvera la bénédiction de mariages entre
homosexuels. Le fonctionnement du système du sustained
pastoral care serait le suivant: si une paroisse devait
se trouver en désaccord théologique sérieux
avec son évêque, elle pourrait demander à
un évêque d'orientation théologiquement
plus conservatrice d'un diocèse secondaire d'assumer
le soin pastoral de cette paroisse. Ce système est
supposé permettre de réduire les tensions au
sein de l'Eglise épiscopalienne, qui conduiront sinon
inévitablement à une rupture irrémédiable,
estime l'AAC. Mais il va sans dire qu'une telle initiative
brouillerait le caractère territorial des diocèses.
L'institution
de flying bishops peut cependant entraîner d'autres
conséquences: des groupes qui se trouvent en désaccord
pour d'autres raisons théologiques pourraient à
leur tour se sentir tentés de demander des mesures
semblables à leur profit. En l'an 2000, des évangéliques
au sein de l'Eglise d'Angleterre, qui estiment qu'il y a dans
cette communauté des problèmes plus graves à
leurs yeux que l'ordination des femmes, avaient évoqué
la possibilité d'un flying bishop pour le suivi
pastoral des anglicans d'orientation évangélique.
Ils n'étaient cependant pas parvenus à convaincre
l'Archevêque de Canterbury du bien-fondé de leur
demande. (JFM)
Pour
découvrir en quelques paragraphes les arguments des
anglicans qui souhaitent l'abolition de l'Acte de 1993 instituant
les flying bishops, lire l'article paru dans une revue
anglicane de Melbourne: Muriel
Porter, "Women Bishops, 'Flying Bishops' and the 'Theology
of Taint'" (sept. 2001).
Pour un tour d'horizon sommaire de la situation en matière
d'ordination des femmes dans la Communion anglicane, on peut
lire la note de synthèse: "Women
Priests in the Worldwide Anglican Communion". Depuis
la décision de l'Eglise anglicane du Japon d'ordonner
des femmes (1998), une majorité des provinces de la
Communion anglicane acceptent aujourd'hui le sacerdoce féminin.
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Religion
et Internet au Japon
Dans le
numéro de janvier 2002 (N° 62) de Echoes
of Peace, organe de la Niwano
Peace Foundation, Hiroyuki Kurosaki (Kokugakuin University)
signe un article sur les usages religieux d'Internet dans
le contexte social japonais. Rappelons que le Japon est un
pays dans lequel près de la moitié de la population
a aujourd'hui accès à Internet.
Comme
ailleurs, dans d'autres contextes religieux, ce ne sont généralement
pas les grandes organisations qui ont été les
plus promptes à s'intéresser à Internet,
dont les possibilités ont d'abord séduit des
groupes plus petits ou des individus. En l'an 2000 encore,
un exposé présenté par la chercheuse
japonaise Michiko Maekawa (International Institute for the
Study of Religion) et publié dans le N° 25
(2001) du Bulletin of the Nanzan Institute for Religion
and Culture, estimait que les groupes chrétiens
avaient eu le plus de succès dans la production de
pages sur le Web, suivis par le groupes bouddhistes, puis
par les groupes shintoïstes - ce qui ne reflète
assurément pas la place réelle du christianisme
dans le paysage religieux japonais. Michiko Maekawa associait
bien entendu cet intérêt pour les technologies
modernes à l'accent mis sur l'évangélisation.
Selon
l'étude de Hiroyuki Kurosaki (spécialiste de
l'information et de la communication dans les religions),
les sites Web au Japon consacrés à la religion
ont augmenté de 70% au cours des trois dernières
années. C'est seulement vers 1997-98 que les grandes
organisations religieuses au Japon ont véritablement
commencé à s'intéresser à Internet
et à développer leurs sites, après que
des sites ouverts par des groupes numériquement moins
importants soient devenus largement connus. Il donne comme
exemple le site du sanctuaire shintoïste d'Atago, à
Toyko, site établi en 1996 et qui offrait un "pèlerinage
virtuel" (non sans susciter des controverses parmi les
adeptes du Shinto). Mais l'Association des Sanctuaires Shinto
(Jinja Honcho), organisation faîtière, a attendu
1999 pour ouvrir son site. L'intérêt semble maintenant
bien éveillé, puisque plusieurs grandes associations
religieuses du Japon ont organisé ces dernières
années des séminaires pour évaluer l'impact
et l'usage d'Internet. (JFM)
Adresses:
Niwano Peace Foundation, Shamvilla Catherina 5F, 1-16-9 Shinjuku,
Shunjuku-ku, Tokyo 160-0022, Japon [la Niwano Peace Foundation
est une création du Rissho Kosei-kai, un mouvement
religieux bouddhiste japonais fondé par Nikkyo Niwano
(1906-1999)]. - Nanzan Institute for Religion and Culture,
Nanzan University, 18 Yamazato-cho, Showa-ku, Nagoya 466,
Japon.
Le Nanzan Institute for Religion and Culture publie l'une
des principales revues de référence en langue
occidentale sur les religions au Japon, le Japanese
Journal of Religious Studies.
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Islam
et Internet: des "cyberfatwas"
Plusieurs
chercheurs - comme par exemple Gary
Bunt - ont déjà souligné l'impact
potentiellement considérable d'Internet pour l'islam.
C'est un sujet sur lequel revient Matthias Brückner dans
le numéro de septembre 2001 de l'ISIM Newsletter
(publiée par l'Institute
for the Study of Islam in the Modern World, Pays-Bas),
en s'insérant spécifiquement à la question
des "fatwas en ligne". Cet article est directement
accessible sur Internet.
Brückner
distingue deux types de sites relatifs au fatwas (opinion
sur une question légale émise par une personne
qualifiée du point de vue du droit musulman). Les uns
sont simplement des archives de fatwas émises dans
un cadre classique, mais d'autres sont de véritables
services produisant des fatwas en ligne, et contenant même
des formulaires permettant de soumettre une question.
Brückner
étudie le cas d'IslamiCity,
un site établi aux Etats-Unis. Ce site a déjà
publié quelque 5.000 fatwas sur Internet. Les imams
qui émettent ces fatwas résident aux Etats-Unis
pour les uns et à Beyrouth pour les autres. Cela signifie
que les fatwas ainsi produites sont différentes des
fatwas classiques, souligne Brückner: la réponse
prend un caractère abstrait, en raison de l'absence
de contact personnel, mais aussi parce que l'imam qui rédige
la réponse ne peut pas connaître le contexte
culturel et social dans lequel vit la personne qui l'interroge.
Mais Brückner
observe aussi que l'usage même d'Internet donne lieu
à de nouvelles questions qui exigent de nouvelles décisions
juridiques. Par exemple, faut-il effectuer des ablutions avant
de lire un Coran digital? Une profession de foi (par laquelle
on devient musulman) faite dans un groupe de discussion (chatroom)
sur Internet est-elle valide? Nous voyons ainsi comment des
mutations technologiques exercent un effet direct sur la pratique
et la perception d'une religion.
En outre,
il faudrait ajouter que le développement du réseau
Internet accroît encore l'éclatement des sources
d'autorité dans le monde musulman (on peut aller demander
une fatwa non à un érudit local, mais à
un imam qui vit à l'autre bout du monde). (JFM)
Matthias
Brückner a également créé un site
Web en allemand qui offre de nombreuses ressources et liens
sur la question des fatwas et cyberfatwas en général
(seul
inconvénient: caractères verts sur fond jaune,
ce n'est pas ce qu'on fait de plus lisible sur un écran!).
Ce site porte un nom qui décrit bien son objet: www.cyberfatwa.de.
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Millénarisme
et culture américaine
Dans un
exposé présenté en novembre 2001 à
Denver à l'occasion de la conférence annuelle
de l'American Academy of
Religion, Yaakov Ariel (qui enseigne l'étude des
religions à l'University of North Carolina (Chapel
Hill) a présenté une intéressante communication
sur la foi millénariste dans l'Amérique du 21e
siècle. Les attentes apocalyptiques, a-t-il rappelé,
sont largement répandues dans différentes composantes
de la société américaine, et pas seulement
sur les marges de celle-ci.
L'effet
de la pensée millénariste sur la culture populaire
américaine a atteint son apogée au cours des
trois dernières années, avec le succès
extraordinaire des livres de la série Left Behind
(plus de 45 millions d'exemplaires vendus au total). Cette
série a popularisé encore plus des termes clés
des croyances millénaristes de type dispensationaliste.
"Un développement important des dernières
décennies du 20e siècle a donc été
l'adoption de concepts et d'un vocabulaire millénaristes
par la culture américaine, y compris des gens qui n'appartiennent
pas à des groupes professant ouvertement la foi millénariste."
Ce millénarisme est également présent
en dehors des milieux religieux, sous la forme de craintes
d'une apocalypse séculière (par exemple les
problèmes écologiques). L'hystérie qui
s'était développée autour du passage
à l'an 2000 en a également constitué
un indicateur. Ariel estime donc que l'on peut discerner depuis
les années 1960 une montée de tonalités
millénaristes dans différents secteurs de la
société américaine.
(Résumé)
Massimo
Introvigne avait évoqué le contenu et le succès
de Left Behind dans un exposé
et une note
complémentaire, accessibles tous deux sur le site
du CESNUR. Malgré (ou à cause de?) son succès,
la série Left Behind (9 volumes à ce
jour) ne suscite cependant pas un enthousiasme unanime parmi
les milieux évangéliques, comme le signale un
article paru le 24 janvier 2002 dans le Washington
Times, qui rappelle que ces milieux n'ont pas une
doctrine millénariste unifiée.
Sur
les mouvements millénaristes dans la culture américaine,
on peut en outre lire: Daniel Wojcik, The End of the World
as We Know It : Faith, Fatalism, and Apocalypse in America,
New York / London, New York University Press, 1997.
Enfin, signalons que Yaakov Ariel est notamment l'auteur d'un
remarquable ouvrage sur l'histoire des missions chrétiennes
pour convertir les juifs aux Etats-Unis: Yaakov Ariel, Evangelizing
the Chosen People: Mission to the Jews in America, 1880-2000,
Chapel Hill / London, University of North Carolina Press,
2000. Le souci de la conversion des juifs en milieu évangélique
étant, comme on le sait, souvent associé à
des préoccupations millénaristes...
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Mormonisme:
statistiques
Pas inutile sans doute, à l'approche des Jeux olympiques
d'hiver 2002 qui vont se tenir en Utah
(Etat américain dont plus de 70% de la population appartient
à l'Eglise de Jésus-Christ des saints des derniers
jours). Au 31 décembre 2000, l'Eglise comptait 11.068.861
fidèles dans le monde, dont 5.208.827 aux Etats-Unis
et 5.860.034 en dehors des Etats-Unis. Il ne fait aucun doute
que le pourcentage de membres non américains va continuer
de croître et que ce sera l'un des facteurs qui vont
le plus influencer les développements au sein du mouvement,
même si ce mormonisme hors des Etats-Unis est souvent
récent et n'a pas encore la stabilité de plusieurs
générations qu'il a acquis dans l'Ouest américain.
C'est surtout au Mexique (884.071 membres), en Amérique
centrale (472.038) et en Amérique du Sud (2.548.979)
que le développement du mormonisme est le plus spectaculaire.
Les pays sud-américains qui comptent le plus de mormons
sont (dans l'ordre) le Brésil, le Chili, le Pérou
et l'Argentine En Europe, pour comparaison, les effectifs
étaient de 412.907 (dont un peu moins de 140.000 en
Angleterre, 25.000 environ en Ecosse, 7.000 au Pays de Galles).
L'espagnol
est la deuxième langue la plus parlée parmi
les mormons (3.339.831). A noter que le français ne
figure pas au nombre des dix langues parlées par le
plus grand nombre de mormons. Pour les pays de langue française
ou partiellement français, les statistiques du 31 décembre
1999 indiquaient: France - 30.541; Suisse - 7.043; Belgique
- 5.771; Québec - 8.500; Polynésie française
- 16.230; Nouvelle-Calédonie - 1.449; Haiti - 8.157.
Les chiffres pour les Antilles françaises et la Guyane
étaient en revanche négligeables. En ce qui
concerne l'Afrique francophone, les principales implantations
mormones se situaient en République démocratique
du Congo (8.197) et en Côte d'Ivoire (5.402). Rappelons
que les Noirs n'avaient pas accès au sacerdoce jusqu'à
une révélation de 1978: le développement
dans les pays africains est donc récent.
Quelque
60.000 missionnaires sont à l'oeuvre dans l'Eglise
de Jésus-Christ des saints des derniers jours. En grande
majorité, ce sont des jeunes entre 19 et 26 ans, qui
consacrent deux ans de leur vie (pour les jeunes gens) et
18 mois (pour les jeunes femmes) au service de leur Eglise.
On les reconnaît en général aisément,
lorsqu'ils circulent deux par deux en tenue stricte et arborant
une petite plaque d'identification à la boutonnière.
Depuis1999,
un nombre considérable de temples mormons ont été
inaugurés à travers le monde, en comparaison
avec les années précédentes. C'est une
indication de la volonté du mouvement d'enraciner solidement
des communautés locales. (Comme on le sait, les temples
mormons ne sont pas des lieux de réunion ordinaires
pour les cultes hebdomadaires, mais servent à différentes
cérémonies strictement réservées
aux mormons pratiquants, comme par exemple le baptême
pour les défunts et le "scellement" des mariages
pour l'éternité.)
Ces
données statistiques proviennent du site Web officiel
de l'Eglise de Jésus-Christ des saints des derniers
jours: www.lds.org. Des statistiques
beaucoup plus détaillées sont publiées
dans le volumineux Church Almanac publié par
Deseret News (Salt Lake City), mais l'édition
2000-2001 (608 p.) a en fait été publiée
à la fin de l'an 2000 et contient donc les statistiques
au 31 décembre 1999.
[retour]
Livre:
I mormoni - dal Far West alle Olimpiadi
Ces prochaines
semaines, nombreux seront les articles consacrés au
mormonisme. Beaucoup de ces articles répéteront
des clichés déjà souvent entendus au
sujet de ces mouvement religieux à l'histoire en effet
mouvementée et riche en épisodes tumultueux.
La plupart des lecteurs non anglophones ignorent qu'il existe
une production académique considérable sur le
mormonisme en anglais, même si elle est souvent produite
par des auteurs eux-mêmes mormons ou issus de la tradition
mormone. Il existe également des revues intellectuelles
mormones, dans lesquelles le débat est souvent vif.
Signalons
donc un petit livre écrit par un prolifique auteur
italien, Massimo Introvigne, excellent connaisseur (non mormon)
du mormonisme, et qui a déjà consacré
plusieurs ouvrages et articles à ce sujet (notamment,
en français, Les Mormons, Ed. Brepols, 1991).
En 120 pages et en italien, son nouvel ouvrage présente
sous une forme aisément accessible un panorama de l'histoire
et de la doctrine du mormonisme avec laquelle plusieurs lecteurs
seront déjà familiers, mais en y intégrant
les acquis de la recherche historique récente. L'image
d'une communauté certainement pas uniforme, où
coexistent "à un extrême des schismatiques
'fondamentalistes' encore nombreux", qui pratiquent la
polygamie et ne vivent pas seulement dans des localités
retirées dans le désert, mais jusqu'au coeur
même de Salt Lake City; à l'intérieur
même de l'Eglise, un "conservatisme diffus";
et à l'autre extrême, des dissidents "libéraux"
- certains quittent l'Eglise, d'autres y forment une "opposition
loyale" d'inclination moderniste (pp. 49-50). Mais
aussi une religion dynamique et en croissance rapide. (JFM)
Massimo
Introvigne, I mormoni - dal Far West alle Olimpiadi,
Leumann (Torino), Editrice Elledici, 2002, 120 p.
[retour]
REVER
- une revue brésilienne
Un correspondant
du Brésil, Frank Usarski, qui nous écrit pour
saluer le lancement de RELIGIOSCOPE, nous signale par la même
occasion une revue d'études religieuses en ligne publiée
au Brésil, la Revista de Estudos da Religiào.
Ce périodique est publié en portugais, mais
il contient certains articles dans d'autres langues (par exemple,
dans le N° 4 de l'an 2001, un article de Martin Baumann
en anglais sur les problèmes autour de l'établissement
d'un temple hindou dans une localité allemande) et
de brefs résumés de chaque article en portugais,
anglais, français et allemand.
Quatre
numéros sont parus sur le Web en 2001, le premier consacré
à "Héritage culturel et innovation religieuse",
le deuxième à propos du "Potentiel critique
des sciences de la religion", le troisième sur
des "Thèmes émergents dans les sciences
de la religion" et le quatrième autour du thème
"Religion et religions dans un monde pluraliste".
(JFM)
[retour]
Modifié
8.02.2002 - 28.09.2002 (lien brisé)
© 2002 www.religioscope.com