Eglises
d'Asie – 1er février 2002
Pan
Yue, directeur adjoint du Bureau du Conseil dEtat pour
la Restructuration des systèmes économiques,
a publié au mois de décembre dernier un article,
paru dans deux journaux différents, préconisant
un changement de politique religieuse.
Intitulé "Quel type de perspective devrions-nous avoir sur
la religion: le point de vue marxiste sur la religion doit évoluer avec le temps", larticle propose
que le Parti communiste chinois adopte une politique de plus
grande tolérance en matière religieuse et va
jusquà préconiser lentrée
en son sein de croyants - lappartenance au Parti ayant
toujours eu, jusquà ce jour, pour corollaire
la profession de lathéisme.
Ladministration
dont Pan Yue est le directeur adjoint fonctionne à
la manière dun think tank et fournit au gouvernement
chinois des recommandations sur les réformes économiques
à mener. Pan Yue, âgé de 42 ans, est le
gendre du général Liu Huaqing, aujourdhui
à la retraite. Membre de la Ligue des jeunesses communistes,
il a été dans ses fonctions précédentes
rédacteur en chef de Stratégie et Management
, magazine contrôlé par lArmée populaire
de libération et représentatif dun mouvement
tout à la fois réformiste et néo-autoritaire.
Selon des spécialistes de la scène politique
chinoise, certaines des propositions avancées par le
passé par Pan ont déjà été
adoptées par le Parti, en particulier lidée
douvrir le Parti aux entrepreneurs privés, idée
reprise publiquement par le président Jiang Zemin en
juillet dernier à loccasion du 80e anniversaire
du Parti communiste chinois (PCC).
Pan
Yue débute son article par une remise en question de
la définition de la religion comme "opium du peuple".
Il souligne que le PCC a fait de cette définition la
pierre angulaire de sa politique envers les religions, ce
qui a « conduit à une politique religieuse un
temps dévoyée » et dont le Parti "a
payé le prix", références sans
doute aux campagnes anti-droitières des années
1950 et à la Révolution culturelle (1966-1976).
Aujourdhui, poursuit Pan, le Parti doit "réévaluer
le rôle de la religion et aborder cette question rationnellement
afin de résoudre les problèmes des relations
entre les Eglises et lEtat". Les dimensions
spirituelle et morale de la religion peuvent servir le socialisme
car elles poussent les gens à être meilleurs
; les fonctions caritatives et culturelles de la religion
ne sont pas contraires aux buts poursuivis par ladministration.
Enfin, analyse encore Pan, la religion nadhère
pas à un système social en particulier, que
ce soit le féodalisme, le capitalisme ou le socialisme,
mais crée pour elle-même les possibilités
dune adaptation à une société socialiste. "Nous devons réformer nos concepts traditionnels
en matière de management des religions afin de trouver
un mode de relation entre la religion et lEtat qui soit
raisonnable et scientifique", conclut-il.
A
Hongkong et parmi les spécialistes des religions en
Chine, larticle de Pan Yue nest pas passé
inaperçu. Pour Sur Béatrice Leung Kit-fun,
religieuse catholique et professeur associée au département
de politique et de sociologie de luniversité
Lingnan à Hongkong, ce texte doit être compris
comme la poursuite de la politique douverture énoncée
par le président Jiang Zemin en juillet dernier. Lors
de la réunion des plus hauts dirigeants chinois à
Pékin les 10, 11 et 12 décembre derniers, "Jiang
a défini une orientation nouvelle et positive en matière
de politique religieuse, introduisant plus de flexibilité
et de marge de manuvre", a-t-elle déclaré,
soulignant toutefois quil était trop tôt
pour juger de la façon dont les milieux religieux vont
percevoir ces changements et comment cette nouvelle approche
en matière de liberté religieuse sera concrètement
appliquée.
Selon
un observateur de lEglise catholique en Chine, qui a
tenu à conserver lanonymat, larticle de
Pan peut effectivement refléter lopinion de certains
dirigeants hauts placés mais "les responsables
des affaires religieuses naccepteront pas les vues
[de Pan] et continueront à insister pour le maintien
dun contrôle étroit sur les religions".
Un tel article peut donner limpression à des
personnes extérieures à la Chine quune
atmosphère plus libérale sinstalle désormais
en Chine mais, dans la réalité, les religions
sont toujours fortement contrôlées. Pour sa part,
Anthony Lam Sui-ki, chercheur au Centre détudes
du Saint-Esprit, du diocèse de Hongkong, fait remarquer
que larticle de Pan est paru les 15 et 16 décembre
2001 dans deux publications relativement périphériques,
le Huaxia Shibao et le Journal de la Zone économique
spéciale de Shenzhen, et ne refléterait
donc que la seule opinion de son auteur. Si larticle
était paru dans le très officiel Quotidien
du peuple, laffaire aurait eu une toute autre dimension,
commente-t-il. Pour lheure, poursuit-il, si le recrutement
par le PCC de croyants nest pas en soi une mauvaise
chose, le Parti na pas fondamentalement renoncé
à contrôler les religions, niant à la
fois lautonomie propre et la dimension transcendantale
de ces dernières. (EDA)