             

OBSERVATOIRE
DE L'ACTUALITÉ
Religioscope
- 3 mars 2002
Sommaire:
Tensions autour d'Ayodhya
>>> Ecoles
coraniques en Somalie >>>
Ouganda et Organisation de la Conférence
Islamique >>> Bouddhas de Bamiyan
>>> Vatican et Russie >>>
Eglise orthodoxe dans l'Antarctique >>>
Hindous et catholiques à l'île
Maurice >>> Catholiques et francs-maçons
>>> Intérêt pour l'islam
aux Etats-Unis >>> Avenir de
l'Eglise anglicane >>> Islamistes
condamnés en Libye >>> Foulard
islamique à Singapour >>> Arabie
saoudite et propagation de l'islam >>> Statistiques
religieuses de la Suisse
La controverse
autour d'Ayodhya cause de nouvelles commotions en Inde,
après le massacre de 58 hindous qui revenaient d'Ayodhya
dans un train à Godhra (Gujarat) le 27 février
2002. De nombreux hindous s'étaient rassemblés
les jours précédents à Ayodhya pour un
rituel préludant à la construction d'un temple
sur le site de la mosquée détruite en 1992 (et
elle-même construite au 16e siècle sur le site
d'un temple hindou). Des représailles contre des musulmans
se sont produites à travers le Gujarat et ont déjà
fait plusieurs centaines de morts. Un regain de tension autour
d'Ayodhya était prévisible, comme
nous l'indiquions au mois de janvier dans la rétrospective
de l'actualité des religions de l'année 2001.
L'actualité évoluant d'heure en heure, nous
ne tenterons pas de la résumer dans ces lignes: pour
suivre les derniers développements et les titres de
la presse internationale et indienne des dernières
heures (en anglais), nous vous recommandons de visiter quotidiennement
notre section Ayodhya News,
mise à jour en permanence. Le premier ministre Atal
Behari Vajpayee avait déclaré le 26 février
2002 que le gouvernement ne tolérerait pas la construction
d'un temple tant que les tribunaux n'auraient pas pris une
décision à ce sujet. Mais des groupes activistes
hindous annoncent depuis plusieurs mois que la construction
commencera le 15 mars 2002, quoi qu'il arrive. L'Acharya Giriraj
Kishore, l'un des dirigeants du Vishva Hindu Parishad (VHP),
l'a encore réaffirmé dans un entretien avec
Rediff
(6 février 2002): "Le VHP a attendu assez longtemps.
Notre patience est maintenant à bout." Quant
aux tribunaux, "ils ne sont pas compétents
pour décider sur des questions de foi." L'affaire
est compliquée par les liens antre activistes hindous
et responsables du BJP, le principal partenaire de l'actuelle
coalition au pouvoir. Cela pourrait renforcer des tensions
entre nationalistes hindous partisans d'une ligne dure et
ceux disposés à consentir des compromis politiques.
Le 2 mars 2002, les responsables du Rashtriya Swayamsevak
Sangh (RSS), fer de lance du nationalisme hindou, ont rencontré
le Premier ministre et semblaient optimistes quant à
une issue à la crise (Rediff, 3 mars 2002).
Mais le 3 mars, les dirigeants du VHP ont annoncé qu'ils
entendaient s'en tenir à leur calendrier (Rediff,
3 mars 2002). Reste à voir qui cédera le premier
dans ce bras de fer. L'affaire ne va pas non plus contribuer
à atténuer la méfiance envers le Pakistan:
comme toujours dans de telles circonstances, les milieux nationalistes
hindous ont été prompts à soupçonner
les services de renseignements pakistanais, l'ISI, d'avoir
joué un rôle dans l'éclatement des troubles.
[TOP]
Le rôle possible
des écoles coraniques en Somalie comme terreau
d'un futur activisme islamiste continue de préoccuper
certains observateurs américains, relève le
Philadelphia Inquirer
(1er mars 2002). Le Département d'Etat américain
se dit inquiet. Les enseignants de ces écoles démentent
toute inclination extrémiste, même si certains
élèves ne cachent pas leur admiration pour Ousama
Ben Laden - peut-être plus comme figure d'un "Che
Guevara" musulman séduisant aux yeux d'adolescents
que comme référence idéologique, d'ailleurs.
Quoi qu'il en soit, l'existence de ces écoles doit
également être placée dans le contexte
de l'effondrement du système scolaire somalien au cours
de la guerre civile qui a ravagé le pays. Un autre
problème découle du manque d'aide étrangère
qui parvient au pays. Le représentant du Programme
de développement des Nations Unies en Somalie souligne
la nécessité de se soucier du long terme: "Si
vous êtes réellement préoccupés
par les groupes radicaux, le problème ne se présente
pas maintenant, mais dans trente ans", a-t-il déclaré
au quotidien de Philadelphie.
[TOP]
L'Ouganda doit-il
rester membre de l'Organisation de la Conférence Islamique?
Le débat a été lancé par la demande
des évêques de l'Eglise de l'Ouganda (anglicane),
au début du mois de février 2002, pour que l'Ouganda
se retire de l'organisation, à laquelle il avait adhéré
en 1974, à l'époque du gouvernement d'Idi Amin
Dada (musulman peu pratiquant, mais dont le sentiment d'appartenance
à l'islam s'était ranimé après
un voyage en Libye en 1972; il vit aujourd'hui en exil en
Arabie saoudite). Les évêques anglicans s'étaient
déclarés préoccupés de voir leur
pays, en principe Etat séculier, continuer d'être
membre de cette organisation. Par la même occasion,
ils avaient exprimé des réserves quant aux bonnes
relations qu'entretiendrait le président Yoweri Museveni
avec le colonel Kadhafi (Libye). L'initiative des évêques
a entraîné de vives protestations de la part
de dirigeants musulmans ougandais. Le quotidien de Kampala
New
Vision (27 février 2002) indique que 6%
des Ougandais étaient musulmans au moment de la conversion
d'Idi Amin; certains se convertirent alors pour jouir des
faveurs présidentielles, mais retournèrent parfois
à leur religion d'origine au moment de la chute du
régime d'Amin. Selon l'édition 2001 de l'annuaire
de l'Encyclopedia Britannica, les musulmans représenteraient
environ 16% de la population aujourd'hui. L'appartenance à
l'Organisation de la Conférence Islamique aurait également
eu quelques retombées favorables pour l'Ouganda, rappelle
New Vision: sur le plan économique (prêts
avantageux et soutien à des projets), mais aussi sur
le plan politique (assistance pour les pourparlers entre l'Ouganda
et le Soudan). "C'est un privilège d'appartenir
à l'OCI", déclare un haut fonctionnaire
du Ministère des affaires étrangères,
en affirmant que d'autres pays ont essayé d'y entrer
sans y parvenir, mais en ajoutant que l'appartenance de l'Ouganda
poursuit des intérêts purement économiques.
[TOP]
Il ne reste rien
des Bouddhas de Bamian, en Afghanistan, indique la
BBC (1er mars
2002), qui relate des observations du spécialiste suisse
Paul Bucherer. Ces gigantesques statues (la plus grande avait
53m de haut) avaient été détruites à
l'initiative du gouvernement taliban au mois de février
2001, suscitant une vague de protestations internationales
en raison de cette atteinte au patrimoine culturel de l'humanité,
mais aussi l'indignation de croyants bouddhistes. "La
destruction a été faite de façon très
professionnelle", indique Bucherer: il ne subsiste
même pas des fragments des statues. L'UNESCO étudie
des projets de reconstruction.
[TOP]
Le Vatican semble
durcir le ton face à l'Eglise orthodoxe russe.
C'est en tout cas ce que suggère le titre d'un article
de la correspondante moscovite du Keston Institute, Geraldine
Fagan, publié par le Wall Street Journal (25
février 2002). Il s'agit bien sûr de la décision
de Rome d'ériger en diocèses les quatre "administrations
apostoliques" qui couvraient la Russie. Certes, les relations
étaient déjà tumultueuses ces dernières
années, mais elles se sont tendues un peu plus. Les
autorités de l'Eglise russe voient derrière
les initiatives romaines des projets de conversion de la Russie.
Pourquoi l'Eglise romaine semble-t-elle soudain devenir moins
prudente, puisqu'elle ne pouvait ignorer les réactions
qu'entraînerait sa dernière décision?
Selon l'analyse de l'article, probablement parce qu'on a le
sentiment à Rome que le Kremlin ne va pas se joindre
à une contre-attaque. Les liens entre l'Eglise et le
pouvoir post-soviétique montreraient quelques indices
de tension, même si le président Poutine visite
occasionnellement des églises. Dans un récent
entretien avec le journal polonais Gazeta Wyborcza,
le Président a même évoqué son
"cher espoir" de recevoir un jour la visite du Pape.
Il exercerait une pression dans ce sens sur le patriarche
Alexis II. Dans l'immédiat, l'annonce que le Pape dirigerait
la prière d'un groupe de catholiques moscovites par
liaison satellite (en même temps que dans cinq autres
villes du monde) a suscité de nouvelles irritations
de la part de l'Eglise russe. Le patriarche Alexis a comparé
cet usage de technologies modernes à une "invasion
de la Russie", rapporte l'agence Reuters (2 mars
2002). Cette prière par liaison vidéo s'est
déroulée le 2 mars 2002.
[TOP]
L'Eglise orthodoxe
prend le chemin de l'Antarctique: il ne s'agit pas d'une
nouvelle émigration, mais de la construction de la
première église orthodoxe dans l'Antarctique,
que nous révèle le Moscow
Times (22 février 2002). La future église,
dédiée à Saint Nicolas, accueillera la
poignée de chercheurs russes qui résident à
la base de Bellinshausen, sur l'île du Roi Georges,
mais servira aussi de mémorial aux 47 Russes qui ont
été enterrés sur ce continent au cours
de décennies d'exploration. Le site a déjà
été béni, et une croix y a été
plantée. L'église, haute de 12 mètres,
sera construite en bois de l'Altai, dans un style traditionnel
russe. Une fondation a été créée
en juillet 2000, et des hommes d'affaires contribuent aux
coûts. Si tout se déroule bien, la construction
pourrait être achevée en mars 2003.
[TOP]
Des escarmouches
entre hindous et catholiques à l'île Maurice
- purement verbales, mais vives! Il faut dire que le dernier
incident s'inscrit dans une série de tensions entre
le gouvernement et l'Eglise catholique depuis plusieurs mois,
tensions qui ont notamment tourné autour de la réforme
du système éducatif et de la liberté
d'action des écoles catholiques. Le dernier éclat
est parti de déclarations du P. Henri Souchon, prêtre
apparemment connu pour son franc-parler. Dans un entretien
accordé à l'hebdomadaire de Beau-Bassin 5-Plus
Dimanche (17 février 2002), le P. Souchon
épluchait les statistiques religieuses mauriciennes
des trente dernières années. Celles-ci indiquent
une baisse du nombre de catholiques (29,7% de la population
en 1972, 23,6% en l'an 2000), attribuée à différentes
causes (qui vont de l'émigration à l'attrait
du pentecôtisme). Tous les groupes chrétiens
réunis représentent 32,2% de la population.
Le pourcentage des hindous a également décru,
mais plus modestement: il est passé de 51,6% en 1972
à 49,6% en 2000. "[...] ces chiffres vont toucher
la politique", affirmait le P. Souchon: n'étant
plus majoritaires, les hindous ne devraient plus prétendre
avoir droit automatiquement à un Premier ministre ou
à d'autres postes importants. Le Front commun hindou,
rassemblant les représentants d'une quinzaine des principales
associations hindoues, a vivement réagi et a organisé
une conférence de presse le 21 février
2002, rapporte Le
Mauricien (22 février 2002). Le Front
hindou conteste que la communauté ait de telles prétentions
ou vote en bloc. Le Front considère ces déclarations
comme une provocation, une ingérence dans les affaires
de la communauté hindoue (le P. Souchon avait émis
des critiques sur certains aspects de la vie religieuse de
celle-ci) et une atteinte à la bonne entente entre
les communautés de l'île. Dans une lettre du
28 février, l'Evêché de Port-Louis a déclaré
que "tout commentaire ayant trait aux religions doit
être circonspect" dans un pays aux communautés
aussi diverses que l'île Maurice et que le P. Souchon
"parlait en son nom propre", sans engager
l'Eglise (Le Mauricien, 1er mars 2002).
[TOP]
Peut-on être
catholique et franc-maçon? Une question qui suscite
souvent des controverses. Pour Mgr Henri Brincard, évêque
du Puy en Velay (France), la réponse ne fait pas de
doute: "Je réponds clairement: non!", explique-t-il
dans un entretien
publié sur le site Web de son diocèse. Il
rappelle la déclaration du 26 novembre 1983 de
la Congrégation pour la doctrine de la foi, signée
par le cardinal Ratzinger, qui rappelait que "le jugement
négatif de l'Eglise sur les associations maçonniques
demeure inchangé". Mgr Brincard recense trois
principaux points de divergence: la franc-maçonnerie
prône le relativisme doctrinal (pas de certitude quant
aux vérités profondes concernant l'homme et
sa destinée); elle refuse toute idée de salut
(l'homme se construit par lui-même, sans avoir besoin
de Dieu pour le changer); le secret maçonnique n'a
jamais été accepté par l'Eglise.
[TOP]
L'intérêt
pour l'islam augmente aux Etats-Unis. L'une des conséquences
des événements du 11 septembre est que les Américains
(et pas seulement eux) cherchent à mieux connaître
cette religion (comme nous l'avions déjà mentionné
dans notre rétrospective
sur les religions en 2001). Cela signifie aussi que les
cours sur l'islam attirent un nombre sans précédent
d'étudiants dans les universités américaines:
il est fréquent que le nombre d'étudiants qui
assistent à ces cours ait doublé depuis le mois
de septembre 2001. Les responsables de l'Université
de Californie à Davis observent que la moitié
de ces étudiants sont des musulmans, qui souhaitent
mieux s'informer sur leurs racines. Certains préféreraient
cependant avoir un professeur musulman (ce qui est loin d'être
toujours le cas dans les cours d'islamologie). Au-delà
des événements immédiats qui motivent
cette vague d'intérêt, il faut y voir aussi un
indice de la place plus importante que tendent à occuper
les thèmes religieux dans les universités américaines,
comme le souligne un article
(en anglais) de Mark Clayton sur ce site.
[TOP]
La sélection
d'un nouvel archevêque de Canterbury est l'occasion
de soulever des questions sur l'avenir de l'Eglise anglicane.
Comme le souligne le numéro de février 2002
de la lettre d'information Religion
Watch, le choix du nouveau primat de la Communion
anglicane (73 millions de fidèles) reviendra en dernier
ressort au Premier ministre, sur la base du choix de deux
candidats par une commission de 13 membres, dont le président
sera nommé par Tony Blair. De plus en plus de Britanniques
sont critiques face au rôle joué par un homme
politique dans la désignation d'un chef d'Eglise. Cela
pose plus généralement la question de la relation
spéciale entre Eglise d'Angleterre et Etat. Une majorité
des citoyens ne se montrent plus favorables à ce statut
privilégié. Une autre question évoquée
est celle du rôle des autres Eglises de la Communion
anglicane dans le choix de leur primat. Il y a en effet 37
Eglises anglicanes étrangères, qui ne jouent
aucun rôle dans le processus de sélection, bien
que la vitalité de cette tradition chrétienne
se manifeste principalement en dehors des Iles britanniques.
Un premier pas pourrait être l'élection d'un
évêque d'origine non anglaise: l'un des candidats
déclarés est Mgr Michael Nazir-Ali, d'origine
pakistanaise. Le célèbre archevêque sud-africain
Desmond Tutu a appelé l'Eglise d'Angleterre à
envisager l'élection d'un évêque non anglais
(The
Times, 25 février 2002). A ce stade, les jeux
sont cependant encore loin d'être faits.
[TOP]
En Libye, 86
personnes ont été condamnées pour appartenance
aux Frères musulmans. Deux d'entre eux ont été
condamnés à mort, lors du jugement rendu le
16 février 2002, 73 autres à la prison à
vie et 11 à 10 ans d'emprisonnement. Selon un communiqué
de presse d'Amnesty
International (18 février 2002), le procès
s'est tenu dans des conditions contestables. Les deux condamnés
à mort sont Salem Abu Hanak (né en 1956), ancien
chef du Département de chimie de la Faculté
des sciences de l'Université de Qar Younes (Benghazi),
et Abdullah Ahmed Izzedin (né en 1950), un ingénieur
et chargé de cours à l'Université de
Tripoli. Le groupe auquel ils étaient accusés
d'appartenir est connu à la fois sous le nom de Frères
musulmans et sous celui de Groupe islamique libyen (al-Jama'a
al-Islamiya al-Libiya). Cette affaire rappelle la présence
de courants islamistes en Libye, où ils font l'objet
d'une sévère répression.
[TOP]
Une affaire de
foulard islamique à Singapour: la loi de Singapour
interdit le port de symboles religieux dans les écoles,
mais des parents ont envoyé leurs filles à l'école
primaire coiffées du foulard islamique traditionnel,
dans un contexte où le gouvernement est particulièrement
nerveux par rapport aux signes d'activisme islamiste. Elles
ont donc été exclues de l'école tant
qu'elles persisteraient à porter le foulard, appelé
tudung par les musulmans malais. Environ 450.000 Malaisiens
résident à Singapour, et la plupart d'entre
eux sont musulmans; ils appartiennent aux classes les moins
privilégiées de la population. La décision
suscite un débat: d'un côté, des activistes
musulmans soulignent que la confiance que souhaite établir
le gouvernement doit reposer sur le respect des coutumes de
l'autre; à l'inverse, le Premier ministre estime que
l'école doit être un espace dans lequel se crée
une identité commune, tandis que le port de symboles
religieux créerait une polarisation. Cela dit, souligne
un diplomate occidental anonyme cité par le New
York Times (2 mars 2002), alors que le gouvernement
se soucie beaucoup de promouvoir l'harmonie entre les différents
groupes après l'arrestation d'islamistes radicaux au
mois de décembre 2001, cette affaire risque de "créer
un sujet symbolique susceptible d'unir même les musulmans
modérés". Les principales organisations
musulmanes de Singapour ont cependant réagi avec modération.
L'agence IPS
(22 février 2002) indique que la Malaisie pourrait
accueillir dans ses écoles les fillettes exclues. La
décision de Singapour est très critiquée
en Malaisie voisine, où la majorité des écolières
portent le tudung.
[TOP]
Plus de 1.200.000
exemplaires du Coran ont été distribués
par l'Arabie saoudite aux pèlerins venus à
La Mecque. Des instructions ont été données
pour que tout pèlerin quittant le Royaume puisse recevoir
une traduction du Coran dans sa langue, rapporte Ain
Al Yaqeen (1er mars 2002), magazine hebdomadaire arabe
publié sur Internet. C'est une occasion pour l'hebdomadaire
de souligner les efforts de longue haleine de la monarchie
saoudienne pour diffuser le Livre saint à travers le
monde. Mais ces efforts ne se limitent pas à la distribution
du Coran, comme le montre le bilan dressé: "quelque
210 centres islamiques à travers le monde sont financés
partiellement ou entièrement par l'Arabie saoudite,
plus de 1.500 mosquées et 202 collèges et près
de 2.000 écoles pour éduquer les enfants musulmans
dans des pays non islamiques". Sur plusieurs pages,
le magazine fournit une liste d'exemples de centres ou mosquées
subventionnés par les Saoudiens, du Mali au Japon,
du Canada à l'Australie. En Europe, sont cités
notamment le centre culturel de Bruxelles, qui aurait reçu
un soutien total de 19 millions de riyals (5,8 millions d'euros),
le Centre islamique de Genève, qui reçoit annuellement
un montant équivalent (soit plus de 8,5 millions de
francs suisses), le Centre islamique de Madrid, qui a reçu
un soutien total de 27 millions de riyals (8,3 millions d'euros).
Des mosquées ont également bénéficié
des largesses saoudiennes: un don de 11 millions de riyals
(3,3 millions d'euros) pour la mosquée de Lyon, par
exemple. La famille royale saoudienne a également permis
financièrement l'établissement de plusieurs
chaires universitaires sur l'islam (à l'Université
de Californie à Santa Barbara, à la School of
Oriental and African Studies à Londres...). Des académies
islamiques sont également créées, dont
l'une à Moscou. Sans oublier le rôle de la Ligue
musulmane mondiale, soutenue par l'Arabie saoudite.
[TOP]
A la fin du mois
de janvier ont été rendus publics les premiers
résultats du recensement
fédéral suisse de décembre 2002:
ils fournissent d'intéressantes indications sur les
statistiques religieuses de la Suisse. En effet, la
question de l'appartenance religieuse figure toujours dans
les recensements helvétiques. De 1990 à 2000,
la population de la Suisse a augmenté de 5,9%: le total
est maintenant de 7.280.000 habitants. L'apport migratoire
joue un rôle important - et contribue à modifier
la carte religieuse de la Suisse. Sur le continent européen,
seules l'Allemagne, l'Autriche et la Grèce dépassent
le "gain migratoire international" (pour parler
la langue des démographes) de la Suisse. La proportion
d'étrangers en Suisse atteint 20,5% - et il s'agit
d'une population en moyenne plus jeune que la population de
nationalité suisse (parmi les personnes de 20 à
39 ans, plus d'une sur quatre est de nationalité étrangère).
La composition de cette population étrangère
s'est transformée: plus d'un étranger sur quatre
est originaire d'un Etat de l'ancienne Yougoslavie! L'érosion
s'est poursuivie pour les Eglises traditionnelles de la Suisse:
44% de catholiques romains (grâce à l'apport
migratoire en provenance de pays à majorité
catholique, comme le Portugal), 37% de protestants (Eglises
libres comprises). Comme on s'y attendait, l'accroissement
des personnes déclarant n'appartenir à aucune
religion est rapide: de 7,4% en 1990 à 12% en 2000.
Le nombre de musulmans a doublé en dix ans: de 152.200
à 310.000 (principales origines: Balkans et Turquie).
L'islam (toutes tendances confondues) est maintenant la troisième
confession de la Suisse. 40.000 de ces musulmans environ sont
détenteurs d'un passeport suisse (7.700 en 1990), la
moitié par naturalisation et l'autre moitié
de naissance. Quant aux orthodoxes, les flux migratoires balkaniques
ont également entraîné leur augmentation
(130.000).
[TOP]
Ces
notes ont été rédigées par Jean-François
Mayer.
Modifié
7.3.2002
|
|  |








|
|