Célèbre
pour ses chedis et ses bouddhas géants, la Thaïlande
est, et c'est moins connu, membre observateur de l'Organisation
de la Conférence Islamique (OCI) depuis 1998. D'éminents
postes dans l'appareil d'Etat (Président du Parlement,
Ministre des Affaires étrangères, Ministre de
la Communication ou des Transports....) sont ou ont été
occupés par des personnalités musulmanes.
Au "pays
des mille sourires", cette minorité confessionnelle
avoisine les 10% de la population totale. Minorité
composite, aux origines diverses (malaise, persane, chinoise,
bengalie, cham), elle est le résultat de l'ancrage
dans le vieux pays de Siam d'influences venues des routes
de la soie par le nord et des routes des boutres par le sud.
Longtemps,
l'Islam thaïlandais a été perçu
principalement comme un phénomène local du grand
sud où les fidèles du Prophète étaient
d'ethnie malaise. Aujourd'hui, les transformations sociologiques
ne permettent plus de l'envisager sous la seule dimension
d'un particularisme ethnico-confessionnel : à Bangkok,
entre 1/2 et un million de musulmans sont établis et
dans certaines banlieues, les mosquées sont désormais
plus visibles que les wats bouddhistes!
La citadinisation
rapide produit chez cette minorité des crispations
identitaires et la visibilité des musulmans de Thaïlande
s'est accrue dans la décennie écoulée,
avec un recours à des références normatives,
notamment dans le domaine vestimentaire.
Tiraillée
entre un désir d'intégration et un repli sur
soi dans un contexte de crise économique et culturelle,
l'avenir de cette communauté est un des paramètres
majeurs dans le cadre de l'évolution démocratique
de ce pays où la tentation d'un retour au nationalisme
thaï se manifeste avec force depuis l'arrivée
au pouvoir, en janvier 2001, du Premier Ministre Thaksin.
L'ouvrage
se divise en trois parties : les origines et le fonctionnement
de l'Islam dans le pays, la question des provinces méridionales
d'ethnie malaise et enfin, les problématiques identitaires
(Islam et nation thaïlandaise).