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DE L'ACTUALITÉ
Religioscope - 3 avril
2002
Sommaire:
Activisme de Falun Gong et répression
en Chine >>> Nouvelles des
Abayudaya en Ouganda après leur réception officielle
dans le judaïsme >>> Dialogue
entre Eglises indépendantes africaines et Eglises historiques
>>> Statistiques jésuites
>>> Problèmes d'image pour
l'Arabie saoudite >>> Islamisme
au Pakistan: à propos des madrasas et des partis religieux
>>> Rabbins juifs réformés:
durcissement face au conflit israélo-arabe >>>
Jeunesse indonésienne et réveil
islamique >>> Episcopaliens
américains et "évêques volants"
>>> Eglises évangéliques
ethniques >>> Conversions de musulmans
au christianisme: en Kabylie et au Danemark >>>
Conversions au judaïsme
aux Etats-Unis >>> Statistiques
du judaïsme américain >>> Clergé
et pédophilie: controverses et analyses
Dans
la nuit du 5 mars 2002, des membres de Falun Gong avaient
effectué une audacieuse opération de piratage
télévisé en Chine: à Changchun
(1,3 million d'habitants), ville natale de Li Hongzhi (fondateur
du mouvement), dans le nord-est du pays, les programmes télévisés
par câble avaient été interrompus à
l'heure de plus forte écoute et remplacés par
deux films faisant l'éloge de Falun Gong et critiquant
la répression exercée par le gouvernement chinois.
Cette action d'éclat démontrait en même
temps la persistance du groupe dans la clandestinité.
Il est vrai que le nombre de pratiquants passe pour avoir
été particulièrement élevé
dans cette ville à Changchun - où 300.000 foyers
reçoivent la télévision par câble.
Le moment était manifestement choisi pour sa portée
symbolique, puisque le piratage s'est produit à l'heure
où le Premier ministre présentait un important
discours. La BBC (2 avril 2002) annonce que la police chinoise a maintenant
arrêté une vingtaine de membres de Falun Gong
accusés d'être impliqués dans cette opération. Le
Falun Dafa Information Center commente ces derniers développements (2 avril 2002) en soulignant que l'action même et l'ampleur
de l'opération policière en réaction
infirment les affirmations gouvernementales selon lesquelles
le groupe serait pratiquement éradiqué.
L'affaire du 5 mars,
la persistance des activités du mouvement dans la clandestinité
et l'activisme croissant d'adeptes étrangers de Falun
Gong qui viennent manifester jusqu'en Chine même avant
d'en être expulsés, ne paraissent pas de nature
à calmer les inquiétudes du régime de
Beijing face aux activités du groupe. La répression
illustre aussi la difficulté des autorités à
trouver une approche pour répondre à ce défi
inédit. L'activité du groupe est perçue
comme une menace politique. Dans le dernier numéro
(2/2001) de la revue semestrielle allemande Religion-
Staat- Gesellschaft (Berlin), un article du chercheur
et prêtre catholique Roman Malek sur l'Etat face à
la nouvelle religiosité en Chine suggère de
replacer la polémique contre Falun Gong dans une perspective
historique beaucoup plus longue. L'approche étatique
chinoise de la religion a toujours été caractérisée
par l'antinomie "orthodoxie-hétérodoxie"
(ce qui rend plus compréhensible l'étrange usage
d'une expression telle que "secte hérétique"
par un régime communiste...). Aussi bien dans la Chine
confucéenne que dans la Chine communiste, une religion
est supposée s'intégrer dans l'ordre étatique
et contribuer à la stabilité de celui-ci. Une
religion peut bénéficier d'une tolérance
conditionnelle - pour autant qu'elle collabore harmonieusement
avec l'orthodoxie étatique. Cela suppose que la religion
se soumette également au contrôle de l'Etat,
même si celui-ci n'a jamais été parfait
dans l'histoire de la Chine.
[TOP]
L'article le plus
souvent lu par des visiteurs de Religioscope au mois
de mars a été celui que nous avons consacré
à la réception officielle des Abayudaya
de l'Ouganda dans le judaïsme. Donnons donc quelques
nouvelles de cette communauté, car sa célébration
de Pesach a retenu cette année l'attention d'un correspondant
de l'agence Associated Press (27 mars 2002). L'article
note l'ardent désir de la communauté juive ougandaise
de créer des liens plus étroits avec les juifs
à travers le monde afin de sortir de son isolement.
Si quelques-uns envisagent l'émigration vers Israël
(en Ouganda, "il n'y a pas d'endroit où l'on
peut manger casher, il n'y a pas tellement de juifs",
souligne un jeune membre du groupe), d'autres souhaitent au
contraire rester dans leur pays: "Nous pouvons créer
notre propre Israël ici", déclare l'ancien
président d'une des cinq synagogues des Abayudaya.
Beaucoup d'Abayudaya s'efforcent de respecter les règles
du judaïsme. Ils prient en hébreu à la
synagogue, tandis que les prédications se font en luganda.
Comme nous l'avions signalé, l'article rappelle que
certains Abayudaya n'ont pas accepté de passer par
une conversion, se sentant suffisamment juifs. Et l'agence
cite en conclusion le dirigeant spirituel du groupe, Gershom
Sizomu, âgé de 33 ans, qui a eu l'occasion
de voyager à l'étranger: "Nous sommes
plus orthodoxes que la plupart des juifs, Américains
ou Israéliens."
[TOP]
Un fait religieux
qui retient encore peu l'attention de la plupart des Occidentaux
est la présence des Eglises africaines (diversement
qualifiées par des expressions telles que "Eglises
indépendantes africaines", "Eglises
afro-chrétiennes", etc.). Selon certaines
estimations, elles pourraient compter jusqu'à 50 millions
de membres sur tout le continent, mais répartis entre
des milliers de groupes: la créativité religieuse
a été florissante en Afrique subsaharienne.
La présence de ces Eglises ne se limite pas à
leurs pays d'origine: elles existent également (et
fleurissent) dans des pays occidentaux. Religioscope
aura l'occasion de revenir sur cette réalité
du paysage religieux contemporain. Pour le moment, bornons-nous
à signaler que l'Alliance
réformée mondiale (ARM) et l'Organization
of African Instituted Churches (OAIC, P.O. Box 21736, Nairobi,
Kenya) ont souligné la nécessité de poursuivre
le dialogue lors d'une réunion consultative qui s'est
tenue à Nairobi au mois de février, relate l'African
Church Information Service (25 février 2002).
Les relations entre Eglises d'origine africaine et organisations
chrétiennes d'origine occidentale se développent
depuis plusieurs années. Lors de son assemblée
de 1991 à Canberra, le Conseil oecuménique des
Eglises (COE) avait d'ailleurs exprimé le désir
d'établir et de renforcer des relations non seulement
avec les courants évangéliques et pentecôtistes,
mais également avec les Eglises indépendantes
d'Afrique et d'ailleurs.
En ce qui concerne
les rapports entre l'ARM et l'OAIC, les deux organisations
ont déjà eu des sessions de dialogue en 1998,
1999 et 2001. Les participants à la session de l'année
2001 avaient affirmé que "nos deux familles [d'Eglises]
sont engagés dans la pratique de la foi chrétienne
trinitaire dans sa plénitude, bien qu'avec des accents
différents". Il faut dire que des membres des
Eglises traditionnelles ont souvent mis en doute la théologie
de nombre de ces Eglises. Notons que la réunion de
février 2002 a souligné les aspirations des
Eglises africaines à développer leur propre
matériel théologique et évoqué
les moyens de les soutenir. Depuis plusieurs années,
certaines communautés chrétiennes s'efforcent
d'appuyer dans cette démarche les Eglises indépendantes
sans leur demander pour autant de renoncer à leur spécificité.
L'existence d'organisations comme l'OAIC (fondée en
1978 déjà) exprime aussi le désir de
nombre d'Eglises indépendantes de se voir reconnues
comme composantes légitimes et à part entière
de la famille chrétienne mondiale.
[TOP]
Au début
de l'année 2002, il y avait dans le monde 20.741
jésuites, nous apprend le service
d'information de la Conférence des provinciaux européens
de la Compagnie de Jésus (1er mars 2002). Plus
exactement: 14.623 prêtres, 3.940 scolastiques, 2.155
frères. Cela marque une diminution de 320 membres par
rapport à l'année précédente;
469 jésuites sont décédés en 2001.
18,9% du nombre total des jésuites se trouvent en Asie
méridionale et 16,7% aux Etats-Unis.
[TOP]
Les Saoudiens
ont de sérieuses craintes pour leur image dans
le monde, explique le site anglophone d'Intelligence
Online (28 mars 2002). Trois nouvelles agences
de lobbying ont été engagées par
l'Arabie saoudite au cours des dernières semaines.
Leur rôle sera probablement de projeter l'image d'un
pays soutenant pleinement la lutte contre le terrorisme. Les
appuis donnés par des Saoudiens à des organisations
islamistes radicales deviennent en effet embarrassants dans
le contexte chaud de l'après-11 septembre. Comme on
le sait, les milieux radicaux bénéficiaient
de sympathies dans l'establishment religieux saoudien.
A long terme, cela ne soulève pas simplement une question
d'image, mais bien la nature et l'orientation d'un pays qui
contrôle les lieux les plus saints de l'islam...
[TOP]
Les médias
internationaux accordent beaucoup d'attention aux récentes
mesures prises pour contrôler les écoles religieuses
au Pakistan. Il y aurait 7.000 à 8.000 madrasas
sur territoire pakistanais. Au mois de mars, ces écoles
ont été contraintes de renvoyer dans leurs pays
des centaines d'étudiants étrangers, en application
d'une décision du 12 janvier 2002 fixant au 23
mars l'ultime délai accordé aux étudiants
sans visa pour quitter le Pakistan. L'objectif est d'entraver
le recrutement et l'entraînement de militants par des
organisations jihadistes dans certaines de ces institutions
d'enseignement. De façon plus générale,
les services de renseignement pakistanais doivent s'occuper
de l'extrémisme islamiste: cela implique une réorientation
importante de leurs activités.
Notons surtout
les conséquences des développements des derniers
mois pour les partis politiques religieux au Pakistan
- mouvements très actifs, mais avec des résultats
électoraux plutôt modestes. Personne ne s'attend
vraiment à les voir atteindre des résultats
spectaculaires aux élections d'octobre 2002. En revanche,
les bouleversements des derniers mois et la fermeté
du pouvoir (qui a mis sous les verrous durant plusieurs mois
une série de figures de proue de l'islam politique)
semblent entraîner un rapprochement entre partis islamistes
jusqu'alors rivaux, comme le montrent par exemple les rencontres
entre dirigeants du Jamiat Ulema-e-Pakistan et du Jamaat-e-Islami.
Les deux mouvements ont d'ailleurs annoncé au mois
de mars leur décision de développer une stratégie
commune et de présenter des candidats communs aux élections
de l'automne.
[TOP]
Les rabbins
américains de la branche réformée du
judaïsme tendent à adopter une ligne politique
plus dure en raison de l'évolution de la situation
au Proche-Orient, note le Jerusalem
Post (7 mars 2002). Très souvent, les
rabbins du courant réformé - le plus libéral
du judaïsme américain - tendaient à se
ranger du côté des "colombes" sur la
scène politique. Mais les choses changent: par exemple,
les dialogues entre juifs et Palestiniens organisés
sous leurs auspices ont cessé, même si des discussions
se poursuivent avec des musulmans non palestiniens. L'approche
des rabbins réformés à l'égard
du Premier ministre Ariel Sharon tendrait également
à devenir moins critique, si l'on en croit du moins
les rabbins réformés cités par le quotidien
israélien à l'occasion de la convention annuelle
de la Conférence centrale des rabbins américains,
qui s'est déroulée à Jérusalem.
Un nombre croissant de rabbins réformés rejoindraient
ainsi les rangs des déçus du processus d'Oslo.
[TOP]
La jeunesse
indonésienne et le réveil islamique: c'est
le sujet auquel s'intéresse Yatun Sastramidjaja dans
le numéro de janvier 2002 de l'ISIM
Newsletter (sur l'ISIM, voir notre fiche
de présentation). En effet, après l'intervention
américaine en Afghanistan, des organisations de jeunesse
islamiques ont mis sur pied des manifestations dans les principales
villes du pays, qui n'ont pas vraiment donné au monde
l'image d'un islam modéré. La pluralisme politique
qui a suivi l'ère Suharto a permis à des voix
marginalisées de se faire entendre - y compris celles
de mouvements islamiques représentant différentes
tendances. La présence publique de l'islam est devenue
beaucoup plus manifeste et les enseignements islamiques beaucoup
plus présents dans les journaux et à la télévision.
En outre, le mode de vie islamique devient un choix délibéré
pour des jeunes habitant dans les villes: les associations
estudiantines islamiques ont le vent en poupe, en comparaison
avec leur homologues nationalistes ou gauchistes. La question
des limites de la tolérance et de la modernité
se pose. Des organisations de jeunesse musulmanes radicales
ont fait leur apparition à Djakarta: Gerakan Pemuda
Islam (Mouvement de jeunesse islamique) et Front Pembela Islam
(Front de défense islamique). Leur activisme - qui
met beaucoup l'accent sur l'immoralité et la lutte
contre les "vices sociaux" - est plus le reflet
de circonstances et préoccupations locales que d'un
programme islamique global, estime Yatun Sastramidjaja, même
s'ils peuvent entretenir parfois des relations avec des organisations
musulmanes internationales. La base de soutien de ces organisations
radicales est relativement faible dans la jeunesse indonésienne,
mais leurs activités rencontrent également peu
d'opposition. Peut-être parce qu'elles répondent
à leur façon à des soucis largement répandus
aujourd'hui en Indonésie (déception envers les
institutions traditionnelles, etc.). Elles s'inscrivent dans
une renégociation d'identités. L'auteur suggère
donc qu'il est préférable de ne pas développer
une interprétation qui sépare strictement "modérés"
et "radicaux", mais de prêter plutôt
attention aux approches variées de jeunes Indonésiens
pour répondre au défi à la fois de la
modernité et d'un effondrement de l'establishment
de leur pays.
[TOP]
Nous avions signalé
au mois de janvier que l'Eglise épiscopalienne
américaine (forte de 2,5 millions de fidèles)
envisageait d'adopter le système des "évêques
volants" (flying bishops") pour répondre
aux attentes de fidèles d'orientation conservatrice,
insatisfaits d'évêques jugés trop libéraux.
Ce système permettant à des paroisses de se
placer sous la juridiction d'un évêque sur une
base non territoriale avait déjà été
introduit dans l'Eglise d'Angleterre, à la suite de
l'introduction de l'ordination sacerdotale des femmes. Lors
d'une réunion des évêques épiscopaliens
au mois de mars, ceux-ci ont donné leur feu vert à
l'introduction d'un système devant permettre de "fournir
une supervision temporaire aux paroisses conservatrices dissidentes
opposées à la politique de l'Eglise nationale
en matière de moralité sexuelle et sur d'autres
questions", rapporte laHouston
Chronicle (12 mars 2002). Le Covenant on Episcopal
Pastoral Care qui sera ainsi introduit exigera cependant
l'approbation préalable de l'évêque diocésain.
Le service
de presse de l'Eglise épiscopalienne (21 mars 2002)
a pris grand soin de souligner qu'il ne s'agissait pas d'un
système d'"évêques volants"
à proprement parler, les évêques qui viendront
dans d'autres diocèses le feront à l'invitation
et avec la permission de l'évêque diocésain.
A long terme, l'espoir est cependant de voir ces paroisses
revenir à une relation normale avec l'évêque
diocésain. l'Eglise épiscopalienne a perdu près
d'un million de membres aux Etats-Unis au cours des vingt
dernières années. Dans plusieurs cas, des paroisses
entières ont fait défection pour rejoindre l'un
des groupes épiscopaliens dissidents. Les dirigeants
épiscopaliens sont particulièrement préoccupés
par les activités de l'Anglican Mission in America
(AMIA). En effet, en 2001, un archevêque anglican asiatique,
trois prélats anglicans rwandais et deux évêques
américains à la retraite ont consacré
à Denver des évêques pour les Etats-Unis.
Au mois de février 2002, une déclaration unanime
du Conseil exécutif de l'Eglise épiscopalienne
a vivement
critiqué ces consécrations, considérées
"au mieux comme irrégulières"
(Episcopal News Service, 28 février 2002).
[TOP]
Dans l'entretien
qu'il avait accordé à Religioscope,
Olivier Favre, spécialiste suisse de l'évangélisme,
soulignait l'importance croissante de communautés
évangéliques ethniques. La situation n'est
pas propre au contexte suisse, bien sûr. Dans son édition
du 12 mars 2002, le Seattle
Times titre: "Les Eglises ethniques attirent
les foules." En fait, la lecture de l'article révèle
qu'il s'agit d'un nouveau type d'Eglises ethniques: de nouvelles
communautés formées par des Américains
d'origine asiatique entre 20 et 40 ans, mais différentes
des Eglises mono-ethniques dans lesquelles ils ont souvent
passé leur enfance. Non seulement à Seattle,
mais à travers toute l'Amérique du Nord, de
plus en plus d'Eglises panasiatiques sont créées,
et plusieurs d'entre elles accueillent volontiers des membres
d'origine occidentale. Dans la pratique, cependant, elles
restent souvent ethniques (par exemple coréennes),
mais se distinguent d'Eglises de la génération
précédente par un style moins formel, et ainsi
mieux adapté à l'identité des jeunes
générations d'origine asiatique qui ont grandi
aux Etats-Unis. Le quotidien de Seattle souligne que, depuis
plusieurs années déjà, tant les organisations
évangéliques que d'autres groupes (par exemple
l'Eglise de Jésus-Christ des saints des derniers jours)
ont développé des activités visant spécifiquement
la population américaine d'origine asiatique. Et la
croissance d'Eglises fondées par des Asiatiques s'explique
également par le poids toujours plus grand de ce segment
de la population des U.S.A.: 1% d'Américains d'origine
asiatique il y a 20 ans, 3% aujourd'hui.
[TOP]
Le monde musulman
passe souvent pour être imperméable aux missions
chrétiennes. Cet avis devrait peut être s'accompagner
de nuances, si l'on en juge par quelques informations
récentes. Ainsi, sous la plume de Tahar Houchi, un
article de l'agence de presse Infosud
(22 février 2002) indique une récente progression
des conversions de Kabyles au protestantisme. Ces conversions
se produiraient dans toute l'Algérie, mais surtout
en Kabylie, et elles ont été évoquées
- de façon pas toujours positive - par la presse. Le
journaliste considère cependant avec prudence le chiffre
de mille conversions par an qui est parfois évoqué.
Deux éléments intéressants ressortent
de l'article: d'une part, le phénomène de conversion
comme produit d'une déception par rapport à
l'islam et aux autorités; d'autre part, le rôle
de programmes de radio évangéliques, qui peuvent
être captés partout.
Autre information
du même ordre, mais au sujet de la diaspora musulmane:
selon l'agence de presse évangélique allemande
idea
(22 mars 2002), on observerait au Danemark une
croissance du nombre de convertis musulmans. Dans la
seule ville d'Odense, une communauté pentecôtiste
affirme avoir baptisé 50 musulmans au cours des
trois dernières années. Si ces conversions vont
d'abord vers des Eglises évangéliques, elles
ne s'y limitent pas, puisqu'une paroisse de l'Eglise luthérienne
de Copenhague aurait reçu 25 convertis musulmans au
cours de la même période. Religioscope
n'a pas connaissance pour l'instant d'études à
ce sujet.
[TOP]
Le New
York Times (24 mars 2002) s'est intéressé
aux conversions au judaïsme aux Etats-Unis, un
sujet que nous avions déjà brièvement
évoqué dans le cadre de Religioscope.
Partant de l'exemple d'une famille de Marietta (Georgie) convertie
au judaïsme, le quotidien cite les chiffres avancés
par Egon Mayer, directeur du Center for Jewish Studies à
la City University (New York): entre 4.000 et 5.000 personnes
se convertissent chaque année au judaïsme aux
Etats-Unis, où il y a probablement aujourd'hui environ
200.000 "juifs par choix". Bien entendu, beaucoup
de ces conversions sont liées à un mariage.
Mais il y a aussi de plus en plus de conversions de personnes
en recherche spirituelle. Le phénomène est particulièrement
notable dans le Bible Belt. Un rabbin du Texas indique
recevoir un nombre extraordinaire de demandes de personnes
envisageant une conversion: "Je crois qu'il y a ici
un nouvel élément de philosémitisme dans
les communautés chrétiennes. Maintenant les
évangéliques, qui étudient la Bible sérieusement,
développent un philosémitisme, un véritable
respect pour le judaïsme."
Si les communautés
orthodoxes et conservatrices acceptent les conversions, des
rabbins de la branche réformée du judaïsme
se trouvent pour leur part engagés dans une démarche
active pour attirer des convertis: un rabbin d'Atlanta n'hésite
pas à recourir aux petites annonces, aux publicités
radiophoniques - et sa communauté a grandi: en 10 ans,
elle est passée de 295 à 900 familles. Ce rabbin,
Steven Lebow, estime que la réticence à l'égard
des conversions est une grande faiblesse du judaïsme:
"Permettez-moi de suggérer un paradigme différent
pour le 21e siècle, un modèle selon lequel le
judaïsme se lance dans la compétition sur la place
de marché des idées." Le rabbin Lebow
y voit aussi une réponse à la situation démographique
du judaïsme américain.
[TOP]
Quel tableau
statistique présente donc aujourd'hui le judaïsme
aux Etats-Unis? En février 2002, Egon Mayer (cité
dans la note précédente) et deux de ses collaborateurs
ont publié l'American Jewish Identity Survey 2001
(qu'il est possible de décharger
au format PDF). L'étude s'intéresse précisément
à la démographie du judaïsme aux Etats-Unis.
Les personnes se considérant comme juives (dans un
sens religieux ou non) s'élèveraità 5,5
millions dans le pays. Environ 3,9 millions de foyers comptent
au moins un juif. Mais 3,6 millions d'Américains seulement
ont une mère juive (soit 65% des 5,5 millions se considérant
comme juifs).
Un million de foyers
sont affiliés à une communauté juive,
ce qui - l'indice mérite d'être relevé
- marquerait une progression de 15% par rapport à la
situation de 1990. 44% des Américains se définissant
religieusement comme juifs appartiendraient aujourd'hui à
une communauté religieuse juive. 30% des juifs américains
adultes se déclarant religieusement juifs (1,1 million)
se réclament de la branche réformée du
judaïsme. 940.000 (24%) s'inscrivent dans la ligne du
judaïsme conservateur et 300.000 (8%) adhèrent
au judaïsme orthodoxe.
Les turbulences
autour des affaires de prêtres pédophiles
(déjà
évoquées par Religioscope) continuent
d'agiter la presse américaine et internationale. Un
sondage rendu public le 27 mars 2002 par l'Institut
Gallup révèle que la majorité des
catholiques américains sont sévères au
sujet de la réaction de la hiérarchie face à
cette crise: 72% estiment que l'Eglise romaine n'a pas adopté
un comportement satisfaisant et que le souci de protéger
son image l'a emporté sur les autres préoccupations.
A lire les résultats du sondage, cette affaire pourrait
avoir des répercussions sévères à
d'autres niveaux: 30% des catholiques américains (dont
23% des pratiquants réguliers) ont l'intention de réduire
leurs contributions financières. A côté
de ces réactions immédiates, l'on peut cependant
aussi remarquer des tentatives d'analyse, dont les résultats
se révèlent d'ailleurs contradictoires. Auteur
d'un livre publié en 1996 en anglais sur la pédophilie
et le clergé, l'historien Philip Jenkins (Pennsylvania
State University) - qui n'est pas catholique lui-même
- explique que les cas d'abus sexuels existent certes, mais
ont été exagérés: l'image des
"prêtres pédophiles" serait largement
un mythe, car la plupart des cas d'abus, certes répréhensibles,
impliquent des adolescents ayant atteint l'âge du consentement
légal. Il n'y aurait pas plus de pédophiles
parmi les prêtres que dans le reste de la population.
Jenkins souligne que, en parlant de prêtres pédophiles,
les médias évitent d'aborder la question - politiquement
"incorrecte" - de l'homosexualité dans le
clergé: selon les analyses de Jenkins, il y aurait
bien dans le clergé catholique un pourcentage d'homosexuels
supérieur à la moyenne, a-t-il expliqué
au New
York Times (22 mars 2002).
En revanche, d'autres
chercheurs, comme le sociologue Anson Shupe (Indiana University),
estiment que les problèmes d'abus sexuels sont bel
et bien plus fortement représentés dans les
rangs du clergé catholique que dans ceux des autres
grandes Eglises chrétiennes. "Il n'y a absolument
pas d'équivalents protestants", a-t-il déclaré
au Boston
Globe (13 mars 2002). Il n'est cependant pas
difficile de trouver au moins des cas isolés dans des
communautés protestantes et juives, à en juger
par les affaires recensées par les médias américains:
sur
75 condamnations répertoriées aux Etats-Unis
au cours des 17 dernières années par le Christian
Science Monitor (21 mars 2002), 38 concernaient
des prêtres catholiques, les autres principalement des
membres du clergé de confessions protestantes (baptistes,
méthodistes, pentecôtistes, épiscopaliens,
etc.). Un psychologue de Minneapolis, Gary Schoener, qui a
traité plus de 1.000 victimes d'abus sexuels par des
membres du clergé, estime que la proportion de prêtres
catholiques n'est pas supérieure à celle d'autres
groupes religieux, mais qu'il faut en général
plus de temps avant qu'ils ne soient démasqués
et qu'ils font donc plus de victimes (Washington
Post, 16 mars 2002). Ces contradictions d'un
expert à l'autre semblent surtout révéler
un manque de données solides pour une évaluation.
En attendant, tant l'Eglise catholique romaine que différents
autres groupes religieux affirment prendre des mesures afin
de renforcer les contrôles et de prévenir de
nouveaux scandales. Le débat va sans nul doute encore
faire couler beaucoup d'encre.
[TOP]
Ces
notes ont été rédigées par Jean-François
Mayer.
© 2002 www.religioscope.com
Les textes peuvent être
reproduits avec indication de la source.
Permission granted to use the article, providing acknowledgment
is given.
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