Religioscope
- 26 mai 2002
Depuis
le 19e siècle ont eu lieu plusieurs tentatives de création
de communautés orthodoxes de rite occidental. Elles
ont généralement eu pour cadre l'Europe ou l'Amérique
du Nord. Il est plus inattendu d'apprendre qu'un prêtre
tente actuellement de créer à Moscou une paroisse
orthodoxe de rite latin...
A l'occasion
de la parution de cette note d'information, RELIGIOSCOPE
a également le plaisir de mettre en ligne et d'offrir
à ses lecteurs un panorama historique sur les différentes
expériences de groupes orthodoxes de rite occidental
aux 19e et 20e siècles.
Cliquer ici
pour accéder au début de ce texte!
C'est à l'amabilité de l'historien Ivan Grézine
que nous devons d'avoir découvert cette communauté
naissante. Et nous remercions son fondateur, le Père
Andreas Jezierski, d'avoir très aimablement répondu
à nos questions en détail dans un courrier du
18 mai 2002 et de nous avoir fourni (en latin) deux textes
relatifs à ce groupe. Les informations ci-dessous ne
se fondent donc pas sur une observation directe, mais uniquement
sur le contenu du site et les échanges avec le P. Andreas
Jezierski.
"Ecclesia
Vera et Orthodoxa", lit-on sur la page
d'accueil du site de ce groupe (site essentiellement en
russe, avec quelques textes en latin). Placée sous
le patronage de St Grégoire le Grand, la paroisse orthodoxe
de rite latin à Moscou en est encore à ses premiers
pas, puisqu'elle ne possède pas de chapelle et célèbre
dans un appartement, sur un autel provisoire. Il importe aussi
de noter qu'elle n'appartient pas au Patriarcat de Moscou,
mais relève de la juridiction d'un petit groupe orthodoxe
séparé, la "Vraie Eglise Orthodoxe Russe
(Métropole de Moscou)", dirigée par Mgr
Viatcheslav (Lissovoi). Ce groupe affirme que son épiscopat
dérive des consécrations intervenues en 1943
dans le cadre de l'Eglise orthodoxe autonome d'Ukraine.
A
l'origine de la paroisse orthodoxe de rite latin se trouve
un Moscovite d'origine polonaise, Andreas Jezerski, né
en 1967, éduqué dans une famille religieusement
indifférente et converti au catholicisme romain en
1988. En 1989, selon son propre récit, il se rendit
en Pologne et entra dans un monastère dominicain à
Cracovie. Ses inclinations traditionalistes l'auraient cependant
fait entrer en conflit avec les autorités ecclésiastiques,
bloquant en même temps ses aspirations au sacerdoce.
Ce
fut en Pologne qu'il entendit parler pour la première
de Mgr Marcel Lefebvre (1905-1991) et du Séminaire
traditionaliste d'Ecône. Il entra en contact avec Ecône
dès 1990, correspondant en latin, langue dans l'étude
de laquelle il s'était plongé dès 1986.
En décembre 1991, il partit pour la Suisse. Il passa
six mois en Occident. Revenu à Moscou, il collabora
avec les groupes catholiques traditionalistes en Russie, mais
déclare avoir compris en 1994 qu'Ecône n'était,
selon ses termes, "pas intéressé par
la Sainte Tradition, mais seulement par les traditions".
Andreas
Jezierski dit avoir été orthodoxe selon la foi
dès 1994 - tout en priant selon le rite romain - et
avoir dès ce moment cherché à entrer
dans l'orthodoxie. Déçu très vite par
le Patriarcat de Moscou "à cause de son oecuménisme",
explique-t-il, il devint finalement orthodoxe dans la juridiction
de la "Vraie Eglise Orthodoxe Russe" en 1998. Il
y fut ordonné prêtre pour le service de la communauté
de rite latin - et la photographie figurant sur le site montre
en effet le prêtre en ornements latins.
La
communauté orthodoxe de rite latin de Moscou utilise
le Missel et le Bréviaire romains, avec certains changements:
il va sans dire que le Filioque a été
supprimé dans le Credo, par exemple. Les formes
liturgiques utilisées sont celles du rite romain tel
qu'il existait au début du 19e siècle, mais
la communauté est invitée à retrouver
des formes plus anciennes. Il y a donc sur ce point une différence
notable par rapport à la pratique des groupes catholiques
traditionalistes en Occident, qui acceptent généralement
les pratiques liturgiques en vigueur au moment du Concile
Vatican II.
La
triple immersion est requise pour la cérémonie
du baptême (triple infusion exceptionnellement, si les
circonstances rendent un baptême par immersion impossible).
La communion est distribuée aux fidèles sous
les deux espèces. La langue liturgique doit exclusivement
être la langue latine, et le chant utilisé est
le chant grégorien. Le signe de la croix est fait à
la façon orthodoxe.
La
communauté suit bien sûr l'ancien calendrier
(c'est-à-dire le calendrier julien), en utilisant aussi
le calendrier romain des fêtes - mais en vénérant
uniquement les saints orthodoxes. Les règles des carêmes
sont les mêmes que dans la tradition orthodoxe, mais
le Grand Carême commence avec le Mercredi des Cendres,
conformément à la tradition latine, et l'Avent
débute de même le dimanche le plus proche de
la fête du Saint Apôtre André.
Non
conformes à la tradition orthodoxe, des pratiques telles
que la Bénédiction du Saint Sacrement ont été
supprimées. En revanche, le P. Andreas Jezierski dit
ne voir aucun obstacle à l'utilisation de statues.
Quant à la pratique du Rosaire, l'épiscopat
de la juridiction dans laquelle se trouve la communauté
orthodoxe de rite latin a déclaré (dans un document
de l'an 2000 dont le P. Andreas Jezierski a bien voulu nous
communiquer la version latine) ne voir dans cet usage "rien
de contraire à la foi orthodoxe".
Selon
le statut canonique de la Communauté, toute forme de
communion avec des catholiques romains - tant dans l'Eucharistie
que dans la prière - est interdite. Afin de permettre
une pleine communion "avec leurs frères de
rite oriental", les clercs de la communauté
latine sont requis d'étudier les liturgies orientales.
Le
Père Andreas Jezierski nous indique que sa communauté
attire tant d'anciens catholiques que des orthodoxes appréciant
le rite latin ainsi que des incroyants convertis.
Parmi
les tentatives de création de communautés orthodoxes
de rite occidental que nous décrivons dans
l'article que l'on trouvera en cliquant ici, celle de
Moscou est certainement l'une des plus inattendues.
Jean-François
Mayer
Site:
http://www.ecclesia.narod.ru/id0_1.htm