Au
19e siècle, la famille du Genevois Jean Monod (qui
s'était établi au Danemark) fournit pas moins
de dix-sept pasteurs à l'Eglise protestante de France.
L'un d'eux fut Guillaume Monod. Cinquième des douze
enfants du pasteur Jean Monod, il naquit à Copenhague
le 10 mars 1800 et décéda à Paris le
22 janvier 1896.
Mais
sa carrière pastorale prit un tour inhabituel. Il reçoit
un premier poste à Saint-Quentin, en France, en 1828.
Mais il manifeste dans l'exercice de son activité une
certaine exaltation. Cela crée des tensions localement,
son traitement finit par lui être retiré - et,
en 1832, il doit être interné en maison de santé,
après s'être présenté aux Tuileries
un soir en prétendant devoir transmettre au roi Louis-Philippe
un avertissement divin. Alors qu'il est interné, il
entend une voix lui crier: "Tu es Jésus-Christ."
Par la suite, l'épisode de sa folie et de son internement
lui fut souvent rappelé pour mettre en doute sa mission.
Mais, comme l'écrivit bien plus tard l'un de ses disciples,
le pasteur protestant Louis Cuvier:
"Les
disciples de M. G. Monod qui, sans parti pris, ont étudié
de près cette époque de sa vie sont arrivés
à la conviction bien arrêtée que cette
folie n'a été qu'une apparence, une dispensation
mystérieuse et significative voulue de Dieu, par laquelle
Dieu a confondu la sagesse des sages, manifesté la
folie du monde incrédule et pécheur, et mis
dans tout son jour la parfaite obéissance, la sainteté
et la profonde sagesse de son Fils. Toutefois, cette prévention
de folie, et l'opposition, l'incrédulité universelle
dont elle a été le prétexte ont encore
eu pour effet d'accomplir la prédiction des nuées
dont le Christ devait être enveloppé à
son retour et de le dérober pour un temps aux regards
prévenus de son Eglise." (Louis Cuvier, Lettres
sur le retour de Jésus-Christ d'après les Ecritures,
Paris, 1880, p. IX)
Il
finit par se rétracter, admet qu'il s'est trompé,
et sort de maison de santé en 1836 - pour tenter très
vite de convaincre à nouveau sa famille de sa mission
divine, avec le faible succès que l'on devine. Seule
son épouse finit par accepter sa mission. Installé
à Genève en 1836, l'exaltation se calme et il
exerce différents travaux - hors de question pour lui,
bien sûr, d'espérer retrouver à ce moment
un poste de pasteur. Cependant, discrètement, il commence
à réunir chez lui quelques disciples. En 1844,
il retire sa rétractation et proclame à nouveau
sa mission divine à sa famille.
En
1846, cependant, à la suite des turbulences qui s'étaient
alors produites dans l'Eglise réformée du canton
de Vaud et des nombreuses démissions de pasteurs qu'elles
avaient entraînées, l'inespéré
se produit: on lui offre un poste de pasteur. Il l'accepte
et, pendant plus de vingt-cinq ans, va cesser d'exprimer publiquement
sa conviction d'être le Christ - il affirma plus tard
que Dieu lui avait ordonné de se taire sur sa mission,
face à l'incrédulité de l'Eglise. Après
le canton de Vaud, il exerce son ministère pastoral
à Alger, puis en France métropolitaine - finalement
à Paris pendant dix-huit ans.
En
1872, pourtant, il recommence à proclamer sa qualité
de Christ. Il n'a d'autre choix que de donner sa démission
en 1874. Dans une lettre de 1875, il déclare à
un membre de sa famille: "je t'affirme que depuis
l'an 1833, c'est-à-dire depuis quarante-deux ans, je
n'ai jamais cessé, même pendant une seconde,
d'avoir l'assurance que je suis le Christ." (Guillaume
Monod, Le Christ rejeté par son Eglise, Paris,
1876, p. 38)
Guillaume
Monod commence à signer certains textes "Votre
Sauveur". Malgré son âge, il entreprend
alors d'organiser son propre groupe religieux, l'Eglise réformée
nouvelle. Dans la Première lettre du Christ à
son Eglise (1874), il explique:
"J'ai
invité mes disciples à se réunir désormais
autant qu'il est possible tous les dimanches, pour lire ensemble
les Ecritures et pour prier Dieu d'éclairer son Eglise
et le monde, en leur manifestant que le Christ est venu, et
que le but de son retour est de sauver ceux que sa première
venue comme Sauveur n'a pas convertis.
"Rien
ne doit être plus simple que ces réunions. Il
suffit que deux disciples, même deux femmes, soient
ensemble et prient au nom du Christ.
"Je
préfère que mon nom de famille ne remplace pas
celui de Jésus-Christ dans les prières."