UNIVERSITE MARC BLOCH
CENTRE DE SOCIOLOGIE DES RELIGIONS
ET D’ETHIQUE SOCIALE
Les recompositions des protestantismes
en Europe latine : quelles interactions
entre protestantisme ‘historique’
et évangélisme conversionniste ?
UNIVERSITE MARC BLOCH DE STRASBOURG
7 AU 9 NOVEMBRE 2002
Sous l’égide de :
Centre de Sociologie des Religions et d’Ethique Sociale (CSRES - UMB Strasbourg)
Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS, Paris)
Faculté de Théologie Protestante (UMB, Strasbourg)
ARGUMENTAIRE
Dans la modernité tardive, le champ religieux se transforme dans le sens de la pluralisation et de la subjectivation des croyances. Les institutions religieuses ne parviennent plus à réguler le croire légitime et chacun se sent libre de construire son univers de croyance à la carte, même si d’autres instances politiques et médiatiques, par exemple, tendent à définir le religieux légitime. De quelle manière et dans quelle mesure cette évolution globale affecte-t-elle le protestantisme, en particulier ce protestantisme qui, quoique minoritaire, fait partie de l’espace religieux pluriel de l’Europe latine ? Dans les pays latins de l’Europe, le protestantisme a souvent favorisé la formation et l’expression d’une avant-garde religieuse, sociale et politique qui a été prompte à soutenir des positions pionnières en matière de laïcité, d’éducation, de santé ou de solidarité. Porteur d’une éthique de conviction, il souffre aujourd’hui d’un déficit d’image, car, par trop en phase avec la modernité tardive, il se trouve comme absorbé par elle. De plus, numériquement insignifiant dans l’Europe latine, il subit de plein fouet les transformations d’une société qui s’est diversifiée sur le plan religieux. Alors que le protestantisme était encore la deuxième religion de France, il y a 40 ans, il n’occupe plus que la quatrième place aujourd’hui, derrière le Catholicisme, l’Islam et le Bouddhisme. Même en Suisse romande, terre privilégiée de la Réforme, le protestantisme a beaucoup perdu de son emprise sociale. Alors que les médias mettent sur le devant de la scène Bouddhisme et Islam ou accordent une importance considérable aux « sectes », le protestantisme institué issu des principaux courants de la Réforme du XVIe siècle devient une sorte de religion invisible. En revanche, d’autres expressions protestantes, avec les nouvelles églises évangéliques et le pentecôtisme ethnique, font preuve d’une vitalité remarquée mêlant enthousiasme et recours médiatiques.
Ces contrastes reflètent une réalité religieuse mouvante et composite du protestantisme, pluriel, sinon hétérogène, que l’on peut ramener à deux pôles :
- un pôle institué renvoie à l’héritage de la Réforme du XVIe siècle et à certains mouvements de Réveil du XIXe. Il s’agit (à titre d’hypothèse) d’un ensemble d’organisations religieuses multitudinistes en déclin numérique. Celles-ci souffrent d’un déficit d’image dans une modernité tardive qu’elles ont contribué à façonner ; la rationalité et l’éthicisation de leurs discours les privent des atouts de plus en plus indispensables pour quiconque veut accéder à l’existence médiatique.
- un pôle émotionnel et conversionniste dont l’origine remonte au Méthodisme du XVIIIe siècle et à une théologie arminienne, que l’on a l’habitude de désigner par le terme d’évangélisme, d’usage récent. Il s’exprime à travers des organisations très diverses qui appartiennent aussi bien aux mouvements dits évangéliques qu’au « renouveau charismatique » et aux néo-communautarismes ethniques (Pentecôtisme gitan, EURD, Eglise malgache, Communautés adventistes antillaises, pentecôtisme lusophone). En forte croissance, ces organisations n’hésitent pas à recourir aux médias et suscitent un type de vie religieuse émotionnelle en phase avec les attentes contemporaines. Leur religiosité se trouve particulièrement adaptée aux demandes d’expérience, de sensation ou de religiosité pratique magico-religieuse ; ce qui ne manque pas de les rendre parfois suspectes aux yeux de la classe politique et de la presse la plus « sérieuse ». Surtout, elles entretiennent un rapport concurrentiel avec le protestantisme historique et, nous en formulons l’hypothèse, conduisent ce dernier à modifier ses représentations et ses pratiques dans un sens lui-même relativement « évangélique ».
Ce colloque se propose d’aborder l’ensemble - largement hétérogène sinon conflictuel - des protestantismes d’Europe latine, région longtemps marquée par la dominance du catholicisme (avec parfois un double visage, ultramontain et gallican), puis par l’accès du protestantisme à l’espace public, aux côtés du judaïsme et de la franc-maçonnerie et par l’âpre concurrence d’un modèle catholique intégraliste et d’un modèle laïc radical ; cette région a connu des bouleversements notables du fait de l’irruption de grandes religions non-chrétiennes puis de mouvements « néo-religieux » à l’identité religieuse souvent indécise. Sur cet arrière plan, les participants au colloque seront invités à analyser les rapports entre les deux pôles précédemment évoqués et à comprendre les dynamiques concurrentielles et même conflictuelles qui sous-tendent leur opposition ainsi que les redéfinitions qu’entraîne pour les protestantismes l’évolution du religieux dans la modernité tardive. On prendra comme terrain de référence et on comparera les dynamiques qui s’y développent, dans l’aire francophone, d’une part (France, Suisse romande, Wallonie) et dans l’aire ibérique de l’autre (Espagne-Portugal).
Les axes d’analyse retenus sont les suivants :
1) Une approche socio-historique (XIXe-XXe siècles) mettant l’accent sur les principaux changements culturels, ecclésiologiques et théologiques du protestantisme « latin ».
2) L’évolution territoriale et spatiale des protestantismes institués, leur récession en milieu rural, leur déplacement dans l’espace urbain, du cœur historique des villes vers les banlieues (nouvelle dissémination qui menace un peu plus encore l’écologie du protestantisme et son identité morphologique.
3) Les redéfinitions juridiques entraînées par la pluralisation religieuse en cours (critères de reconnaissance des groupes « religieux » légitimes, application et traduction juridique des normes de tolérance…).
4) Les transformations des traditions religieuses, des pratiques et des représentations, sous la poussée de la concurrence et de la globalisation du religieux.
5) Les rapports entre protestantisme et ethnicité, le religieux minoritaire servant de marqueur privilégié en milieu gitan (France-Espagne-Portugal) aussi bien que dans les diasporas de migrants africains et antillais.
Ce colloque s’inscrit dans une démarche d’analyse des protestantismes évangéliques menée conjointement avec l’Observatoire des Religions en Suisse de l’Université de Lausanne, Suisse, et le Groupe de Sociologie des Religions et de la Laïcité (GSRL), EPHE/CNRS, Paris. Un premier colloque a eu lieu à Lausanne les 8 et 9 octobre 2001 ; il aborda les dynamiques européennes de l’évangélisme. Un deuxième colloque aura lieu à Paris à l’EPHE les 15-17 mars 2002 ; il s’intéressera à l’évangélisme en tant que porteur d’une offre de conversion « entre rupture et filiation ». Enfin le colloque organisé par le CSRES de l’Université Marc Bloch de Strasbourg, qui se tiendra du 7 au 9 novembre 2002, porte sur les divers types d’interactions (indifférence, conflits et compromis) entre les principaux modes d’expression du protestantisme latin.
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PROGRAMME |
(N.B. : les intitulés des communications ne sont pas définitifs)
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Jeudi 7 novembre 2002 : Les ressorts de l’identité religieuse dans la modernité (XIXe et XXe) : de la critique à l’émotion Président de séance : Gilbert Vincent, CSRES, Strasbourg II |
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14h00 - 14h15 |
Ouverture du colloque |
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14h15 - 14h45 |
J.-P. Willaime, EPHE, Paris : « Les protestantismes établis et les protestantismes de conversion au défi de l’ultramodernité. Les recompositions du protestantisme en Europe latine » |
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14h45 - 15h15 |
R. Campiche, U. de Lausanne : « Les transformations du croire des protestants de Suisse romande (sur la base des enquêtes 1988-1998) » |
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15h15 - 15h45 |
J.-P. Bastian, CSRES, Strasbourg II : « Les protestantismes en Espagne : du libéralisme politique à l’enthousiasme pentecôtiste » |
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15h45 - 16h15 |
Pause |
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16h15 - 16h45 16h45 - 17h30 17h30 - 18h00 |
F. Guichard, CNRS, Bordeaux : « Les transformations des protestantismes au Portugal » Discussion Pause |
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Table ronde : Le statut juridique des minorités protestantes dans l’Europe latine : culte reconnu ou statut de secte? Président de séance : Roland Campiche, U. de Lausanne |
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18h00 - 18h25 18h25 - 18h50 18h50 - 19h15 19h15 - 20h00 |
F. Messner, SDRE, Strasbourg III : « Questions juridiques posées par la diversité des protestantismes dans le contexte francophone (France, Suisse romande, Wallonie) » I. Garcia, U. de Alcala de Henares : « Questions juridiques posées par la diversité des protestantismes dans le contexte ibérique (Espagne et Portugal) » R. Pahud de Mortange, U. de Fribourg : « L’évolution du droit face à la pluralisation religieuse en Suisse romande » Discussion |
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Vendredi 8 novembre 2002 : a) Une tension constitutive : entre l’inspiration et la tradition Président de séance : Jean-Paul Willaime, EPHE, Paris |
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09h00 - 09h30 |
F. Rognon, CSRES, Strasbourg II : « Approche ethnologique des transformations des modalités du croire dans une communauté protestante de tradition réformée » |
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09h30 - 10h00 |
G. Vincent, CSRES, Strasbourg II : « La voix de la conscience : inspiration et protestation » |
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10h00 - 10h30 |
S. Fath, CNRS, Paris : « Les Baptistes dans l’Europe latine : entre tradition et émotion, quelles recompositons ? » |
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10h30 - 11h00 |
Pause |
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11h00 - 11h30 11h30 - 12h15 |
L. Nefontaine, U. Libre de Bruxelles : « les transformations ecclésiologiques et théologiques d’un protestantisme conversionniste en Belgique francophone » Discussion |
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b) Les mutations de l’espace religieux : terroirs, diasporas et communautés virtuelles. Président de séance : Antoine Delestre, CSRES, Nancy II |
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14h15 - 14h45 |
I. Grellier, CSRES, Strasbourg II : « l’inscription des protestantismes dans l’espace urbain : entre le musée et le supermarché » |
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14h45 - 15h15 |
C. Sinclair, SDRE, Strasbourg III « Le protestantisme alsacien : du terroir à la dispersion et à l’atomisation conversionniste » |
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15h15 - 15h45 |
E. Sierra, U. de Vigo : « Le protestantisme espagnol : dans quels espaces géographique, social et symbolique existe-t-il ? » |
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15h45 - 16h15 |
Pause |
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16h15 - 16h45 16h45 - 17h30 |
B. Kaempf, CSRES, Strasbourg II : « Les protestantismes latins dans l’espace virtuel » Discussion |
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Ethnicité recomposée et appropriation d’une tradition protestante : De l’identité reçue à l’identitaire construit. Président de séance : Isabelle Grellier, CSRES, Strasbourg II |
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08h45 - 09h15 |
Y. Bizeul, U. de Rostock : « La dimension ‘ethnique’ du protestantisme français » |
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09h15 - 09h45 |
B. Boutter, CSRES, Strasbourg II : « Pentecôtisme, diaspora africaine et ethnicité en France » |
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09h45 - 10h15 |
M. Aubrée, EHESS, Paris : « L’Eglise Universelle du Royaume de Dieu en France et au Portugal : quel rapport à l’ethnicité? » |
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10h15 - 10h45 |
Pause |
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10h45 - 11h20 11h20 - 12h15 |
Discussion Conclusion : J. Stolz, U. de Zurich et O. Favre, U. de Lausanne, « commentaires critiques et questions concernant l’ensemble de la thématique abordée » |
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