Religioscope
- 3 juin 2002
En
juillet 2002, un cosmonaute juif israélien, le colonel
Ilan Ramon, né en 1954, devrait s'envoler à
bord d'une navette spatiale de la NASA pour une mission de
16 jours. Seul problème pour un juif pratiquant: comment
respecter le sabbat en orbite?
Toute
innovation technologique qui transforme notre relation au
temps et à l'espace entraîne des conséquences
et soulève parfois des problèmes inattendus
sur le plan religieux - tout en donnant également naissance
à des stratégies d'adaptation. Il y a quelques
années, un site Internet - disparu depuis - avait fièrement
annoncé être le premier à débrancher
le serveur pendant le sabbat. Mais celui-ci ne commençant
pas au même moment sur tout le globe, cela signifiait
que des visiteurs aux antipodes ne pouvaient accéder
au site alors que le sabbat était déjà
terminé ou n'avait pas encore débuté pour eux.
Le
colonel Ramon n'est pas le premier juif à devenir astronaute,
mais il est en revanche le premier à vouloir respecter
dans l'espace les règles de sa religion: bien que pas
particulièrement pratiquant, il en fait une question
de principe. Pas de problème pour consommer à bord une nourriture casher. En revanche, plusieurs
journaux et magazines ont rapporté au mois de mai d'autres
épineuses questions que soulèvent ces exigences
religieuses.
En
effet, si une orbite autour de la terre (c'est-à-dire
techniquement un jour, puisque le soleil s'est levé
et couché du point de vue de l'astronaute) dure 90
minutes, cela veut dire que le sabbat dans l'espace se produit
à chaque septième orbite. Comme le fait remarquer Space
News, cela signifierait donc un sabbat dans l'espace
par 10 heures 30 minutes en orbite.
Le
rabbin de la syngaogue que fréquente Ilan Ramon en
Floride a soumis le problème à plusieurs autorités
rabbiniques à travers le monde. Un éminent rabbin
a conclu que les obligations de respect du sabbat ne s'appliquaient
pas, car l'astronaute ne ferait pas l'expérience d'un
temps terrestre. Un autre rabbin, en revanche, ne partage
pas cet avis, puisque la navette recrée dans l'espace
des conditions semblables à celles de la Terre (oxygène,
etc.); cependant, il estime que le colonel Ramon pourrait
être relevé de ses obligations quand même,
puisque s'abstenir de contribuer au déroulement de
la mission à intervalles périodiques pourrait
compromettre la sécurité des participants, et
la vie humaine doit avoir préséance sur le respect
du sabbat.
Jean-François
Mayer