Religioscope
- 1er juillet 2002
Certains
temples hindous pratiquent les sacrifices d'animaux, à
côté d'autres groupes qui y sont virulemment
opposés. La visite du roi du Népal en Inde à
la fin du mois de juin a ranimé ces controverses: plusieurs
groupes de défense des animaux ont protesté
contre les sacrifices auxquels le souverain a fait procéder.
L'annonce
que le roi Gyanendra du Népal ferait sacrifier des
animaux lors de sa visite au temple de Kamakhya (Assam), haut
lieu du tantrisme, a causé l'émoi des People
for Animals, l'un des groupes les plus actifs pour la
défense des animaux en Inde. Selon leur interprétation,
de tels sacrifices ne sont pas autorisés par l'Acte
de prévention contre les cruautés envers des
animaux de 1960: les défenseurs des droits des animaux
réclamaient donc que le sacrifice soit empêché ou que ses auteurs soient punis. Des manifestants protestaient
devant le temple.
Malgré
ces oppositions, le 27 juin 2002, le roi Gyanendra a
offert cinq animaux au sanctuaire de la déesse, selon
la tradition: un buffle, une chèvre, un mouton, un
canard et un pigeon. Selon certains comptes rendus de la presse
indienne, pour éviter de créer des troubles,
les animaux auraient été sacrifiés après
le départ du roi et de la reine Komal. Le temple avait
été fermé au public pour la durée
de la visite royale.
Les
protestations ont suscité l'irritation des responsables
du temple. Le secrétaire du Kamakhya Temple Trust a
déclaré à l'agence de presse indienne PTI (28 juin 2002) que "la tradition de sacrifier
des animaux au plus puissant sanctuaire de Shakti était
plus ancienne que l'Acte de prévention contre les cruautés
envers des animaux", puisqu'elle remonte à
des milliers d'années. L'Acte, affirme-t-il, n'interdit
pas les sacrifices d'animaux pour des raisons religieuses.
Le secrétaire déclarait par ailleurs ne jamais
avoir entendu parler de l'Acte de 1960 avant les protestations
accompagnant la visite du roi. Quoi qu'il en soit, "nos
Ecritures sanctionnent [ces sacrifices] et nous ne tolérerons
aucune interférence à cet égard."
La branche régionale de la Vishva Hindu Parishad (VHP),
qui proteste contre les abattoirs, s'abstient de tout commentaire
au sujet des sacrifices d'animaux, ceux-ci étant effectués
en accord avec la tradition du temple.
Le
28 juin 2002, le roi a fait procéder à
nouveau à un sacrifice, cette fois-ci au temple de
Kali à Kalighat, dans la ville de Kolkata (Calcutta).
Une chèvre offerte par le monarque y a été
décapitée, mais après le départ
du roi, pour éviter toute turbulence.
L'affaire
pourrait avoir donné un nouvel élan au mouvement
contre les sacrifices d'animaux en Inde. En tout cas, un groupe
de militants hindous du Bihar a décidé de lancer
une campagne contre les sacrifices d'animaux au temple de
Deoghar, dans l'Etat voisin de Jharkhand, indique l'Indo-Asian
News Service (IANS, 28 juin 2002). Les militants
affirment que les sacrifices d'animaux vont à l'encontre
des principes de l'hindouisme. En cas de succès de
leur initiative, les activistes hindous du Bihar - dont certains
sont par ailleurs associés au mouvement pour la construction
du temple d'Ayodhya - se proposent d'étendre leur campagne
à l'ensemble du pays.
Jean-François
Mayer