Religioscope
- 9 juillet 2002
Retardé
par la fusillade qui s'était produite le jeudi 4 juillet
à l'aéroport de Los Angeles, le vol 106 de la
compagnie aérienne israélienne El Al a finalement
atterri à l'aéroport Ben Gurion de Tel Aviv
durant le sabbat. Cela a provoqué la colère
des partis religieux. Ce n'est pas la première fois
que la compagnie se trouve confrontée à des
protestations de milieux juifs orthodoxes.
Seize
heures de retard au départ: le vol 106 d'El Al ne pouvait
arriver en Israël avant le sabbat. De l'avis de certains
représentants des partis religieux, seul une mise en
péril de la vie des passagers aurait pu justifier un
infraction à la règle du sabbat. Ce n'était
pas le cas. Il aurait donc fallu, estime-t-il, interrompre
le vol à Toronto ou sur sol européen et le faire
repartir après la fin du sabbat.
Au
lieu de cela, les voyageurs observant les principes religieux
ont été logés dans des hôtels à
leur arrivée afin de leur éviter de profaner
le sabbat en poursuivant leur route.
Attaqué
par le Parti national religieux, le ministre des Transports,
Ephraim Sneh, a déclaré prendre l'entière
responsabilité de ce vol, en soulignant que la seule
attitude humaine face à des gens qui avaient subi le
traumatisme d'une fusillade et un retard de 16 heures
était de leur permettre de retrouver leurs familles
le plus rapidement possible (Jerusalem
Post, 7 juillet 2002). Il a souligné que
la possibilité avait été offerte aux
passagers religieux d'attendre un prochain vol à Los
Angeles ou à Toronto (Ha'aretz,
7 juillet 2002).
Il
ne faut pas attribuer une trop grande importance à
ces escarmouches. Mais elles sont révélatrices
des tensions périodiques qui se produisent en Israël
entre camps religieux et juifs moins stricts ou non croyants.
La
compagnie El Al s'est trouvée à plusieurs reprises
confrontée à des demandes liées à
l'application des règles religieuses. En effet, elle
appartient principalement au gouvernement - mais sa privatisation
est annoncée: le 8 juillet 2002, le gouvernement
israélien a d'ailleurs annoncé vouloir vendre
la totalité de ses parts. Au milieu des années
1970, El Al avait commencé à organiser des vols
quittant des aéroports étrangers durant le sabbat,
mais arrivant en Israël après la fin de celui-ci.
Cela avait provoqué le tollé des partis religieux,
qui avaient réussi à obtenir l'abrogation de
cette pratique en 1981, en échange de leur soutien
au gouvernement de coalition de Menahem Begin.
Selon
certaines estimations, l'absence de vols durant le sabbat
ferait perdre à El Al des dizaines de millions de dollars
par an. Les partis religieux se montrent réticents
face à la privatisation, craignant que celle-ci ne
permette plus d'imposer l'interdiction des vols durant le
sabbat (Jerusalem
Post, 9 juillet 2002).