Religioscope
- 7 août 2002
Depuis
le génocide de 1994, l'islam connaîtrait une
forte progression au Rwanda. Alors que le pourcentage de musulmans
était estimé à 1% au milieu des années
1990, il serait beaucoup plus élevé aujourd'hui,
sans qu'il paraisse aisé d'avoir à ce sujet
des statistiques précises.
Selon
l'International
Islamic News Agency (décembre 1999), l'islam
aurait pénétré au Rwanda au début
du 20e siècle par des marchands arabes: la première
mosquée y aurait été construite en 1913
et la première école musulmane en 1957. Mais
les autorités coloniales n'entendaient guère
favoriser l'expansion musulmane.
Le
génocide a cependant modifié l'image de l'islam
dans le pays, affirment nombre d'observateurs. Alors que des
clercs de nombre d'Eglises chrétiennes ont été
compromis dans les massacres survenus alors, l'islam a donné
une toute autre image. Des Rwandais déçus par
les Eglises traditionnelles se sont donc tournés vers
la religion musulmane - et d'autres groupes religieux, qui
fleurissent au Rwanda depuis le génocide.
Correspondante
de la Chicago
Tribune, Laurie Goering vient de consacrer un article à ce phénomène (5 août 2002). Même
si les chiffres allant jusqu'à 14% de musulmans dans
la population qu'elle cite dans son article sont probablement
exagérés (et demanderaient en tout cas confirmation
d'autres sources), le succès de l'islam est indéniable. "Nous sommes partout", déclare le
Sheikh Saleh Habimana, figure de proue de la communauté musulmane rwandaise.
Bien
des musulmans auraient sauvé la vie à ceux qui
cherchaient à échapper aux massacres, venant
en aide à de parfaits inconnus, tandis que les bandes
organisées qui commettaient les assassinats hésitaient
à pénétrer dans les quartiers musulmans.
Plusieurs des Rwandais ainsi sauvés d'une mort certaine
se sont par la suite convertis à l'islam.
Le
Sheikh Habimana est l'un des dirigeants de la nouvelle commission
interreligieuse. Les responsables des mosquées insistent
sur la fraternité entre Hutus et Tutsis musulmans.
Ces
développements transforment également le statut
des musulmans dans la société rwandaise, où
ils avaient souvent été considérés
comme "des citoyens de seconde zone, travaillant comme
chauffeurs de taxis et marchands dans une société
qui tient en haute estime les activités agricoles".
Certains
milieux contestent cependant cette image de l'islam, qu'ils
jugent trop unilatéralement positive. A la suite de
la publication d'un article à ce sujet dans l'Actualité des Religions (septembre 2000), le curé (d'origine
européenne) d'une paroisse rwandaise avait adressé
à des correspondants une longue lettre qui reconnaissait
certes l'attitude exemplaire de certains musulmans, mais estimait
qu'il fallait se garder de la généraliser, en
oubliant par ailleurs que des actes de solidarité semblables
s'étaient également produits dans le cadre de
paroisses chrétiennes et qu'il y avait également
eu des musulmans impliqués dans les actes de violence
de 1994.
Jean-François
Mayer