Religioscope
- 8 octobre 2002
L'Eglise
catholique "officielle" en Chine connaît actuellement
une croissance rapide, qui s'exprime non seulement par de
nombreuses constructions, mais aussi par une présence
sur le terrain social.
Comme
le savent nos lecteurs, la vie religieuse en Chine présente
aujourd'hui une image complexe: les groupes religieux peuvent
y agir, à condition de se plier aux règles établies
par le pouvoir communiste et de suivre les orientations fixées
par celui-ci. A l'instigation du pouvoir avait été
formée dans les années 1950 une Eglise patriotique
refusant la soumission à une autorité étrangère,
c'est-à-dire au Vatican. Un site
officiel chinois relate sa naissance en ces termes:
"En
novembre 1950, plus de cinq cents croyants catholiques du
district de Guangyuan dans la province du Sichuan proclamèrent
la Déclaration pour l'indépendance et la réforme
du catholisme, en proposant de rompre toutes les relations
avec les impérialistes et de créer une nouvelle
Eglise catholique caractérisée par l'indépendance
administrative, financière et évangélisatrice.
[...] l'Eglise catholique de Chine informa le Vatican en 1957
et en 1958 de l'élection d'un évêque intérimaire
et de deux évêques. Le Vatican répliqua
en brandissant l'excommunication majeure, ce qui a blessé
sérieusement les catholiques chinois. L'Eglise catholique
de Chine est depuis lors résolue à élire
et à sacrer elle-même ses évêques
et à administrer les affaires religieuses dans l'indépendance.
Du point de vue de la croyance, le catholicisme de Chine est
identique à celui des différents pays du monde,
mais sur le plan de la gestion de l'Eglise, toutes les affaires
intérieures sont décidées de façon
indépendante par l'Eglise catholique de Chine."
Ainsi,
tandis que des communautés catholiques fidèles
à Rome - avec une cinquantaine d'évêques
"clandestins" - continuent de faire l'expérience
d'obstacles et de persécutions (allant jusqu'à
des arrestations et destructions de lieux de culte), et que
l'attitude à l'égard des groupes religieux non
enregistrés semble même se durcir, l'Eglise dite
"patriotique" - qui compterait 115 diocèses
- jouit d'une certaine liberté et semble même
en plein développement.
Telle
est en tout cas l'image qui en est donnée dans un intéressant
article d'Elisabeth Rosenthal, publié dans le New
York Times (6 octobre 2002). Elle signale notamment
l'activité des services sociaux catholiques de l'Eglise
"officielle", Beifang
Jinde: grâce à leurs efforts (leur site Internet
contient également des textes en anglais), des fonds
récoltés à l'étranger ont permis
la construction d'une centaine d'églises depuis 1999
- non sans susciter ici et là des réactions
soupçonneuses d'autorités locales, même
si la réception de fonds d'origine étrangère
a été légalisée en 1999 pour les
groupes religieux officiellement enregistrés.
Mais
les efforts locaux ne sont pas moins notables: selon l'article,
dans la seule province du Hebei, "des centaines d'églises
catholiques" auraient été bâties
ces dernières années. En outre, les catholiques
"patriotiques" ont pu construire des écoles
et cliniques, prenant ainsi le relais de services que l'Etat
n'est plus toujours à même d'offrir. Ces efforts
sociaux tendent également à créer une
image positive du catholicisme chez des responsables politiques
locaux. L'accroissement et la diversification des activités
des catholiques "officiels" ont pour conséquence
de tester jusqu'où pourra aller la tolérance
gouvernementale.
Sur
les 12 millions de catholiques chinois (en augmentation rapide),
rappelle l'article, environ la moitié seraient fidèles
à l'Eglise "clandestine", bien qu'il soit
difficile de fournir des estimations précises.