Eglises
d'Asie (EDA) - 16 octobre 2002
Mis en ligne sur Religioscope le 16 octobre
2002
L'Eglise
catholique de Corée du Sud entrevoit la possibilité
d'un travail missionnaire en Corée du Nord à
la lumière de l'annonce faite par les autorités
communistes de l'ouverture prochaine d'une nouvelle zone économique
spéciale, a déclaré un responsable de
l'Eglise catholique sud-coréenne. Les autorités
nord-coréennes, en effet, ont désigné,
le 21 septembre dernier, Shinuiju, la deuxième ville
la plus importante du pays, à la frontière chinoise,
comme zone spéciale autonome, qui sera dotée
d'un régime législatif, judiciaire, administratif
et économique spécial.
Le
P. John Kim Jong-su, secrétaire général
de la Conférence des évêques catholiques
de Corée du Sud, estime que dans un tel contexte "de
zone administrative spéciale, des activités
religieuses devraient être possibles". Dans
une interview du 25 septembre, diffusée par la Société
de radio-télévision Pyonghwa ('Paix'),
de l'archidiocèse de Séoul, le P. Kim a déclaré
que les évêques décideront au cours de
leur session du 14-18 octobre s'il est possible d'envoyer
des prêtres catholiques à Shinuiju. Il précisé
que Mgr Nicholas Cheong Jin-suk, archevêque de Séoul,
examinera de près comment établir l'Eglise à
Shinuiju. Il est, en effet, non seulement évêque
de Séoul mais aussi administrateur apostolique du diocèse
de Pyongyang, en Corée du Nord. A ce jour, officiellement,
aucun prêtre catholique n'exerce de ministère
en Corée du Nord mais des dizaines de prêtres
de l'archidiocèse de Séoul sont prêts
à partir travailler au Nord quand les autorités
leur en auront donné l'autorisation. Le P. Kim a aussi
souligné que l'Eglise sud-coréenne entendait
travailler étroitement avec le Vatican au projet éventuel
de construction d'une église à Shinuiju et à
l'envoi de prêtres. Il pense que des missionnaires catholiques
étrangers parlant parfaitement la langue coréenne
pourraient y entrer facilement avant d'être suivis plus
tard par des prêtres sud-coréens.
Les
missionnaires de la Société de Maryknoll disent
également être optimistes quant à l'implantation
d'une nouvelle mission en Corée du Nord. Le P. Carl
Costa a déclaré le 26 septembre que sa société
envisageait la possibilité d'un "retour"
à Shinuiju, les missionnaires américains ayant
été à l'oeuvre dans le nord de la péninsule
coréenne à partir des années 1920. "Si
le travail missionnaire est autorisé dans cette zone
spéciale, nous espérons y retourner en coopération
avec la Conférence des évêques sud-coréens",
a déclaré le P. Costa, assistant du supérieur
régional de la Société de Maryknoll en
Corée. Quoique la Corée du Nord ne soit pas
encore ouverte aux missionnaires étrangers, les missionnaires
de Maryknoll, ces dernières années, ont déjà
pu y pénétrer en tant que personnel de santé ou de services sociaux.
D'après
l'Association (nord-coréenne) des catholiques romains
de Corée, la Corée du Nord ne compte pas plus
de 3.000 catholiques mais, depuis la guerre de Corée
(1950-1953), ne dispose d'aucun prêtre, religieuse,
religieux ou séminariste. L'église de Changchung
à Pyongyang, la capitale nord-coréenne, est
la seule église en activité de ce pays communiste.
Deux
jours après l'annonce par les autorités nord-coréennes
de la création de cette nouvelle zone spéciale,
un homme d'affaire chinois, Yang Bin, de nationalité
néerlandaise, a été désigné
comme son premier gouverneur. Selon les médias, la
zone serait modelée sur Hongkong et disposera de sa
propre Loi fondamentale, ses résidents ne subissant
pas de discrimination en fonction de leur nationalité,
opinion politique ou religion. Lors d'une conférence
de presse à Pyongyang, le 24 septembre dernier, Yang
a déclaré vouloir administrer la zone "sur
le modèle d'un capitalisme complet", avec
un Conseil législatif composé pour moitié
d'étrangers et un système judiciaire à
l'occidentale. Quelques jours plus tard, l'enthousiasme initialement
soulevé par la création de la zone spéciale
a été cependant quelque peu douché par
l'annonce par les autorités chinoises de la mise en
place d'un contrôle fiscal approfondi des affaires de
Yang Bin. Selon certains observateurs, Pékin témoignerait
ainsi d'un certain agacement à ne pas avoir été
associé de plus près à l'initiative nord-coréenne.