Le
porte-parole de la Croix-Rouge, Patrick Bawa, a confirmé
qu'il y a eu plus de 1.000 blessés et quelque 200 morts
à l'issue des affrontements entre chrétiens
et musulmans.
La
violence a éclaté il y a une semaine après
que des militants musulmans ont protesté contre un
article du journal This Day, paru le 16 novembre 2002,
critiquant leur opposition à l'élection de Miss
Monde, prévue au Nigeria. L'auteur de l'article, Isioma
Daniel, a laissé entendre que le Prophète Mohamed
aurait approuvé le concours de beauté et aurait
même choisi l'une des reines de beauté pour épouse.
"Plus
de 7.000 familles ont été déplacées
par la violence, et si on multiplie ce chiffre par une moyenne
de cinq personnes par famille, on arrive à plus de
30.000", a déclaré M. Bawa à IRIN.
Les
forces de la sécurité nigériane ont maîtrisé
la situation à Kaduna dimanche, bien que la tension
soit encore forte dans la ville. M. Bawa a souligné
que certains des habitants qui avaient fui leurs foyers ont
commencé à retourner. La Croix-Rouge, a-t-il
précisé, projette de procéder à
une nouvelle évaluation des besoins dans la ville afin
de déterminer le nombre de personnes qui ne sont pas
encore revenues et leur souffrance actuelle.
Des
travailleurs humanitaires à Kaduna ont déclaré
que beaucoup de déplacés sont restés
dans les casernes de la police et de l'armée où
ils s'étaient réfugiés, craignant une
recrudescence de la violence s'ils rentrent chez eux. Des
milliers d'habitants, notamment des chrétiens du sud
du Nigeria, sont entrain de quitter la ville et de retourner
dans leurs régions d'origine, ont-ils informé.
La
crainte d'une propagation de la violence religieuse dans d'autres
parties du nord du Nigeria, à prédominance musulmane,
s'est accrue après une fatwa (édit religieux)
du Gouvernement pro-islamiste de l'Etat de Zamfara exhortant
les musulmans à tuer Isioma Daniel.
Le
quotidien New Nigerian, basé à Kaduna,
a rapporté mardi que le gouverneur adjoint de Zamfara,
Aliyu Shinkafi, a appelé les musulmans à tuer
Daniel lors d'un rassemblement lundi à Gusau, la capitale
de l'Etat. Il a remarqué que son cas s'apparentait
à celui de l'écrivain Salman Rushdie, condamné
à mort par le défunt leader iranien l'Ayatollah
Khomeini.
"A
l'instar de Salman Rushdie, le sang du journaliste de ThisDay
peut être versé", aurait souligné M. Shinkafi.
Le
Gouvernement fédéral a qualifié la fatwa comme étant sans effet. "La constitution est
la loi suprême du pays, et les lois ne prévoient
en aucun cas que quelqu'un ayant fait ce que This Day
a fait soit tué", a déclaré aux journalistes le ministre de l'Information, Jerry Gana.
Une
formule flexible de la chari'a existe depuis des décennies
dans le nord du Nigeria. Or il y a deux ans, Zamfara a introduit
une version plus rigide du code musulman. Onze autres Etats
lui ont emboîté le pas, exacerbant la tension
avec le Sud, à majorité chrétienne.
Plus
de 2.000 personnes sont mortes à l'issue de la violence
interreligieuse à Kaduna il y a deux ans, lorsque le
Gouvernement de cet Etat a tenté d'introduire la stricte
chari'a.
La
décision des autorités de Zamfara d'imposer
la sentence de mort à l'encontre du journaliste de This Day contrevient à celle du National Supreme
Council for Islamic Affairs, qui avait accepté les
maintes excuses publiées par le journal pour avoir
fait paraître l'article incriminé.