IRIN
- 29 novembre 2002
Mis en ligne sur Religioscope le 4 décembre
2002
Le
plus important Conseil islamique du Nigeria, Jama'atu Nasril
Islam, a annulé jeudi la sentence de mort ou fatwa
passée contre une journaliste d'un quotidien local
qui avait publié un article jugé blasphématoire
par les musulmans.
L'Etat
de Zamfara, au nord, a exhorté les musulmans lundi
à tuer Isioma Daniel du journal This Day, par
obligation religieuse, pour son article critiquant l'opposition
musulmane au fait d'accueillir au Nigeria l'élection
de Miss Monde. Dans son article, Daniel, qui a fui le Nigeria
depuis, a laissé entendre que le Prophète Mohamed
aurait certainement choisi l'une des concurrentes pour épouse.
"Le
Gouvernement de l'Etat de Zamfara n'a pas l'autorité
d'édicter des fatwas et il faut ignorer la fatwa qu'il
a émise", indique un communiqué signé
par Lateef Adegbite, le secrétaire général
du Conseil.
Le
communiqué indique que le chef des musulmans nigérians,
le Sultan de Sokoto, Muhammadu Macido, a demandé au
comité de la fatwa de se réunir et de discuter
l'article de Daniel, notant les excuses présentées
par le journal.
Il
y a une semaine, les protestations des musulmans contre l'article
de This Day ont dégénéré
en quatre jours de violence interreligieuse à Kaduna,
une ville du nord, où plus de 200 personnes ont été
tuées. Les organisateurs de l'élection de Miss
Monde ont annulé le concours, qui devait avoir lieu
dans la capitale nigériane, Abuja, et l'ont transféré
à Londres.
Le
Président Olusegun Obasanjo s'est déplacé
jeudi à Kaduna, où il a rendu visite à
des blessés à l'hôpital. Il a déclaré
devant une réunion de chefs religieux et traditionnels
qu'il a donné l'ordre aux agences de sécurité
d'appréhender tous les responsables de la violence.
Les
leaders religieux chrétiens restent critiques vis-à-vis
de la réponse que le Gouvernement a apporté
à la crise, en remarquant que la majorité des
victimes n'étaient pas musulmanes. "Si le gouvernement
n'est pas capable de nous protéger, nos gens n'auront
pas d'autre choix que de se defendre et de se protéger
par tous les moyens qui leur sont disponibles", a
déclaré aux journalistes l'archevêque
méthodiste Ola Makinde.
Il
a attribué la multiplication des cas de violence interreligieuse
au Nigeria à l'introduction du strict code musulman
ou chari'a par douze Etats du nord, à majorité
musulmane. Plus de 2 000 personnes sont mortes à Kaduna
en l'an 2000 après une vague de violence provoquée
par la tentative du gouvernement d'introduire le code de jurisprudence
musulmane.