Religioscope
- 5 décembre 2002
Un
décret présidentiel du 28 novembre 2002
annonce que la Mission interministérielle de lutte
contre les sectes (MILS) sera remplacée par une Mission
interninistérielle de vigilance et de lutte contre
les dérives sectaires (MIVILUDES).
Deux
jours après la victoire de la droite aux élections
législatives de juin 2002, Alain Vivien - qui présidait
la MILS depuis sa création en 1998 et dont le mandat
devait venir à échéance en 2003 - avait
remis sa démission. L'on s'interrogeait depuis sur
l'avenir de la MILS, et notamment sur le nom du successeur
de Vivien.
Lors
d'un discussion à ce sujet au Sénat le 17 octobre
2002, Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur, avait
affirmé que le gouvernement entendait poursuivre "la
lutte contre les sectes", présentées
comme des groupes abusant de situations de faiblesse et adoptant
des comportements "tout simplement mafieux".
En même temps, il rappelait la nécessité du "respect des croyances et de toutes les religions"
et jugeait que le comportement de l'animateur de la MILS -
dont le bilan était qualifié d''excellent à tout point de vue" - avait parfois prêté
à "polémique". Sarkozy affirmait
que la question restait "un sujet de préoccupation
majeure pour le Gouvernement" et que les contours
de la réforme des actions menées dans ce domaine
impliqueraient "une plus grande coordination entre
les ministères [...] ainsi que, sans doute, un dispositif
plus 'ramassé'."
Le
Gouvernement a finalement décidé de poursuivre
les activités de la MILS dans un autre cadre, celui
de la nouvelle MIVILUDES. La nouvelle mission reste rattachée
au Premier ministre. Elle sera présidée par "une personnalité nommée par décret",
assistée par un "comité exécutif
de pilotage opérationnel" (représentants
des différents ministères) et un "conseil
d'orientation" (personnalités de la société civile).
Selon
le Décret N° 2002-1392 du 28 novembre 2002 "instituant
une mission interministérielle de vigilance et de lutte
contre les dérives sectaires" (et abrogeant
le décret de 1998 qui avait institué la MILS),
signé par Jacques Chirac et publié au Journal
officiel de la République française le 29 novembre
2002, la MIVILUDES aura pour rôle d'observer et d'analyser "le phénomène des mouvements à
caractère sectaire dont les agissements sont attentatoires
aux droits de l'homme et aux libertés fondamentales
ou constituent une menace à l'ordre public ou sont
contraires aux lois et règlements".
La
MIVILUDES aura un rôle à la fois dans le cadre
de l'information du public et au sein des services publics.
Elle collaborera également aux travaux menés
par les Affaires étrangères dans le cadre international.
Le
président de la Mission est nommé pour trois
ans. Son nom a été annoncé: il s'agit
d'un haut fonctionnaire du ministère de l'Intérieur,
Jean-Louis Langlais, actuellement délégué
aux affaires internationales de ce ministère. A noter
que Jean-Louis Langlais, qui a occupé depuis 1971 différents
postes dans l'administration, avait été nommé
en 1993 à la tête de la délégation
générale à la lutte contre la drogue
et la toxicomanie.
Relevons
surtout l'infléchissement dans l'intitulé: de
la lutte "contre les sectes" à la lutte "contre
les dérives sectaires", ce qui pare sans doute
à certaines critiques. L'expression de "dérives
sectaires" se répand de plus en plus depuis quelques
années et figurait notamment dans le titre du rapport
d'un groupe d'experts du canton de Genève (Suisse)
en 1997. (JFM)