Religioscope
- 5 décembre 2002
Au
sein de la population juive de France, l'identification avec
la communauté s'est accrue, comme le montre une plus
forte fréquentation des synagogues et centres communautaires.
En revanche, le nombre de mariages mixtes augmente également,
surtout chez les plus jeunes.
Depuis
1988, il n'y avait plus eu d'enquête sur la population
juive en France. Le Fonds
social juif unifié (FSJU) a donc pris l'initiative
de se livrer à une recherche fondée sur un questionnaire
soumis à un échantillon jugé représentatif.
1132 chefs de famille ont ainsi répondu à 300
questions en janvier 2002.
Il
y a aujourd'hui entre 500.000 et 575.000 juifs en France,
selon que l'on prend en compte ou non les personnes non juives
(à commencer par les conjoints) vivant dans le ménage.
Un peu plus du quart des juifs de France vivent à Paris,
et 30% dans la région parisienne. La quasi-totalité
des chefs de ménage juifs possède aujourd'hui
la nationalité française (96,34%). Parmi ceux
qui sont nés en dehors de la France, nombreux sont
ceux qui viennent de l'Algérie. 70% des personnes interrogées
sont sépharades, 24% ashkénazes, les 6% restants
se reconnaissant dans les deux traditions.
30%
des ménages juifs fréquentent très souvent
la communauté (une fois par mois ou plus) - ce qui
marque une augmentation, puisque le pourcentage n'était
que de 22% en 1988. Le pourcentage de ceux qui ne fréquentent
jamais la communauté est en baisse (18%). Dans la majorité
des cas, cette fréquentation de la communauté
fait référence à la synagogue.
"L'exogamie
continue de prendre de l'ampleur parmi les juifs de France",
observent les auteurs de l'enquête. 69% des chefs de
ménage ont un conjoint juif, 1% un conjoint converti
au judaïsme et 30% un conjoint non juif. Il faut noter
que le taux des mariages mixtes monte à 40% parmi les
moins de 30 ans.
Relevons également que trois ménages sur quatre ont un
lien familial avec Israël. Cependant, 55% excluent d'aller
s'installer en israël (40% en 1988). En revanche, 6%
envisagent de faire leur alya très prochainement
(3% en 1988).
Certains
membres de la communauté expriment une inquiétude
en lisant les résultats de ces sondages. Ainsi, Raphaël
Drai, professeur à l'Université d'Aix-en-Provence,
a déclaré à France-Amérique (éd. internationale du Figaro): "Nous sommes
la dernière communauté de France [...]. Nous
sommes dans un rapport de 1 à 10 comparés aux
musulmans. Cela qui veut dire que notre poids politique est
insignifiant." En revanche, les démographes
juifs nuancent l'importance de la progression des mariages
mixtes: "C'est un indicateur très sensible
qui fluctue rapidement", a commenté Sergio
DellaPergola, expert réputé de l'étude
de la démographie juive. (JFM)