Religioscope
- 29 décembre 2002
Une
pratique de l'Eglise de Jésus-Christ des saints des
derniers jours qui suscite toujours la curiosité du
public est le baptême pour les morts. Ceux qui n'ont
pas reçu le baptême durant leur vie terrestre
peuvent le recevoir après la mort, un fidèle
se faisant baptiser pour des défunts dans un temple
mormon (et le défunt étant supposé avoir
la liberté d'accepter ou non ce baptême dans
l'au delà). Mais les membres de la parenté de
personnes ainsi baptisées sont parfois irritées:
tel est le cas des familles de juifs ayant perdu la vie durant
la 2e guerre mondiale.
La
question est particulièrement sensible pour les juifs,
ne serait-ce que parce que de telles pratiques évoquent
à leurs yeux les baptêmes forcés qu'ils
ont parfois subi dans des sociétés chrétiennes
à certaines époques. Au milieu des années
1990, des généalogistes juifs s'étaient
ainsi émus de découvrir que des milliers de
leurs coreligionnaires qui avaient perdu la vie dans des camps
de concentration au cours de la 2e guerre mondiale avaient
été baptisés à titre posthume
dans des temples mormons. Le nombre total aurait atteint 380.000.
Un
accord entre l'Eglise de Jésus-Christ des saints des
derniers jours et une association de survivants juifs avait
ainsi été signé à New York au
début du mois de mai 1995. L'Eglise avait accepté
de supprimer de ses registres les noms de toutes les victimes
juives connues dont les descendants ne sont pas mormons. Les
dirigeants de l'Eglise avaient expliqué que les volontaires
qui avaient eu l'initiative de ces baptêmes avaient
cru faire une bonne action (après avoir visité
des musées de l'Holocauste) et n'avaient pas eu conscience
qu'ils heurteraient ainsi gravement des sensibilités.
L'Eglise
de Jésus-Christ des saints des derniers jours avait
ainsi procédé à l'élimination
de tous les nomns litigieux de son International Genealogical
Index (IGI). En 2001, cependant, le Centre Simon Wiesenthal
de Los Angeles était à nouveau intervenu, cette
fois-ci en raison de la présence de 200 noms, dont
ceux d'Albert Einstein et de David Ben Gurion, qui fut le
premier ministre d'Israël au moment de la naissance de
cet Etat.
Les
groupes juifs qui contrôlent de près l'IGI se
montrent vigilants et encouragent les juifs intéressés
par la généalogie à rechercher s'ils
ont des ancêtres défunts dans l'index et à
demander l'élimination de ces noms.
Le
10 décembre 2002, une nouvelle réunion a eu
lieu à New York entre représentants de l'Eglise
de Jésus-Christ des saints des derniers jours et délégués
de l'American Gathering of Holocaust Survivors. Une généalogiste
juive de Salt Lake City avait en effet découvert 20.000
nouveaux noms, rapporte la Jewish
Telegraphic Agency (11 décembre 2002).
La même généalogiste avait déjà eu la surprise, en 1999, de trouver les noms d'Anne Frank
et des membres de la famille de celle-ci.
Un
autre généalogiste a trouvé dans la liste
de nombreux juifs célèbres, y compris Maïmonide
et Menahem Begin...
Les
groupes juifs actifs dans cette affaire demandent donc à
l'Eglise d'exercer sur ses membres un contrôle plus
strict.
A
l'occasion de la réunion de ce mois de décembre
2002, l'Eglise de Jésus-Christ des saints des derniers
jours a renouvelé son engagement d'éliminer
de l'IGI non seulement les juifs ayant péri durant
la 2e guerre mondiale, mais tous les juifs, rapporte Associated
Press (14 décembre 2002). L'Eglise a souligné
que l'élimination de tous ces noms représentait
un travail considérable, puisqu'il s'agit de contrôler
nom par nom. (JFM)