Religioscope
- 15 janvier 2002
Dans
le numéro de l'été 2001 de la revue Studies in Conflict
and Terrorism, Peter Chalk, collaborateur de l'antenne
de Washington de la RAND Corporation,
examine le rôle de convictions islamiques dans les mouvements
séparatistes du Sud de la Thaïlance, de Mindanao (Philippines)
et d'Aceh (Indonésie).
Malgré
des efforts des gouvernements concernés pour accorder une
plus large autonomie à ces trois régions, les tendances séparatistes
continuent de présenter des problèmes pour la stabilité et
la sécurité régionales.
Thaïlande
Les
organisations activistes sont le PULO (Pattani United Liberation
Organization) et le New PULO (faction dissidente créée en
1995). Malgré leurs divergences, les deux organisations
ont établi une alliance tactique au milieu de l’année 1997.
Pas moins de 33 attentats leur furent attribuables dans
la période d’août 1997 à janvier 1998, ce qui représentala
plus importante éruption d'activité séparatiste musulmane
dans la région depuis le début des années 1980.
En
ce qui concerne les liens internationaux, ceux qui sont
prouvés se limitent à l'appui apporté par des militants
islamiques dans le Nord de la Malaisie. Mais certaines allégations
font état de relations avec des réseaux internationaux d'extrémistes
en Asie du Sud et au Proche-Orient. Cet éventuel facteur
extérieur pourrait jouer un rôle négatif dans la recherche
d'une solution pacifique.
Sud
des Philippines
Ce
conflit est bien sûr plus largement connu. Depuis la publication
de l'article, de nouveaux développements se sont d'ailleurs
déjà produits[1].
Le Moro Islamic Liberation Front (créé en 1980 comme dissidence
du Moro National Liberation Front, MNLF) entend établir
un Etat musulman séparé dans toutes les régions méridionales
des Philippines où les musulmans sont encore majoritaires.
Les troupes du MILF sont entraînées principalement par des
vétérans de la guerre d'Afghanistan. Le MILF pratique en
général un combat de guerilla et évite en général les actions
de type terroriste. [N.B.:
le site www.morojihad.com est devenu inaccessible au début
de l'été 2002; son contenu est redevenu accessible
entre-temps à l'adresse suivante, qu'un attentif
lecteur a bien voulu nous signaler:
morojihad.stcom.net/]
Ce
n'est pas le cas du Groupe Abu Sayyaf, fondé en 1989, qui
prétend établir un Etat islamique théocratique et n'hésite
pas à prendre délibérément des civils pour cibles. Le groupe
recourt largement à des méthodes terroristes.
Le
MILF entretient des contacts avec des sympathisants de différents
pays musulmans et reçoit également des visiteurs de ces
pays dans ses camps – dont certains qui fonctionnent apparemment
comme instructeurs. En ce qui concerne le Groupe Abu Sayyaf,
outre les relations qu'il entretenait avec des vétérans
de l'Afghanistan, il est soupçonné d'avoir établi des contacts
avec différents groupes islamistes radicaux de l'Asie du
Sud-Est.
Aceh[2]
Quant à Aceh (Nord-Ouest de Sumatra, Indonésie), la violence séparatiste
y a été latente depuis les années 1950. Elle mêle un rejet
de l'orientation séculière de l'Etat indonésien avec des
insatisfactions économiques et des ressentiments face à
ce qui est perçu comme une volonté de domination javanaise.
Pendant
cinq siècles – jusqu'à la fin du 19e siècle –
Aceh avait été un sultanat farouchement indépendant, rappelle
Peter Chalk; les Hollandais avaient été contraints de fournir
de gros efforts militaires pour en prendre le contrôle.
A la suite de rébellions antérieures, un Free Aceh Movement
lança une insurrection de basse intensité dès le
milieu des années 1970. Elle bénéficia d'armes et d'entraînement
libyens dans la dernière partie des années 1980. Le pouvoir
indonésien réagit énergiquement, ce qui ne fit rien pour
arranger la situation et accrut en fait la sympathie pour
les séparaistes.
Le
bras armé du mouvement n'est pas très important numériquement
et, après l'épisode libyen, les soutiens étrangers se limitent
à des sympathisants (en partie eux-mêmes originaires d'Aceh)
dans la région.
En
conclusion, Peter Chalk observe que ces mouvements dérivent
dans les trois cas de facteurs fondamentaux identiques: manque
de sensibilité du gouvernement central à l'égard des préoccupations
locales, régions négligées, répression militaire et force
de l'islam. Il estime que c'est la situation d'Aceh qui présente
les potentialités les plus explosives, jusqu'à un risque
de véritable guerre civile avec ondes de choc qui affecteraient
d'autres régions de l'Indonésie (et des pays voisins), traversées
déjà par des tensions séparatistes. (Résumé par JFM - 15.01.2002)