Religioscope
- 28 mars 2002
[Pour
une présentation de Massimo Introvigne, lire l'introduction
de l'entretien sur la religion en Italie et la notice
sur le CESNUR.]
Religioscope
- Vous avez fondé, en 1988, le CESNUR, qui est aujourd’hui
le principal centre de documentation européen sur les nouveaux
mouvements religieux. Vous avez publié, au printemps
2001, une encyclopédie des religions en Italie qui couvre
l’ensemble du champ religieux et pas seulement les nouveaux
mouvements. Peut-on dire que cela indique un élargissement
des activités du CESNUR ou une prise de conscience que les
nouveaux mouvements religieux ne constituent pas une section
séparée du champs religieux, qu’on ne peut les comprendre
que dans le cadre d’une approche générale du champ religieux
contemporain?
Massimo
Introvigne
- C’est en préparant un article, qui avait été
publié dans un journal de réflexion édité
par les dévots de Krishna, que j’avais commencé à m’interroger
pour savoir s’il fallait conserver l’expression de "nouveaux
mouvements religieux". Cette catégorie avait été introduite
par Eileen Barker, notamment pour essayer de contrer l’emploi
d'un mot tel que "secte", qui lui déplaisait, car
porteur d’un jugement de valeur. Je crois que l’expression
"nouveaux mouvements religieux" a eu son utilité.
Cependant, on se demande à présent quels mouvements peuvent
être qualifiés de "nouveaux". Par exemple, les mormons
ou les témoins de Jéhovah sont-ils de nouveaux mouvements?
Aux yeux d’auteurs catholiques ou protestants, les critères sont évidemment
théologiques. "Nouveau" est donc mis en rapport
avec leur doctrine. Les auteurs anti-sectes, s’ils acceptent
d’employer "nouveaux mouvements religieux" (par
exemple dans le cadre de leur participation à des activités
académiques), voudraient mettre l’accent sur l’idée que ces
mouvements sont des groupements totalitaires, faisant pression
sur leurs adhérents. De ce point de vue, ils intègrent à leur
définition des groupes catholiques, voire musulmans.
Certains
chercheurs américains voudraient appeler "nouveaux mouvements
religieux" des groupes comme Al-Qaïda d’Ousama ben Laden.
En réalité, le problème est similaire à celui que l’on rencontre
dans l’utilisation de mots tel que "fondamentalisme":
ce sont des termes lancés sur une trajectoire, profitant en
quelque sorte de la vitesse acquise, sans que l’on ne s’interroge
sur leur signification. Par exemple, lors du colloque organisé
au Mexique par la Société internationale de sociologie religieuse
en 2001, dans un atelier où Eileen Barker défendait
l’emploi de "nouveaux mouvement religieux", plusieurs
chercheurs américains lui ont signalé l’emploi, dans leurs
universités, de l’expression "nouvelles minorités religieuses".
Evidemment, cette expression posera à son tour des problèmes,
car comment déterminer les minorités qui doivent être considérées
comme nouvelles? On peut se poser à nouveau la question en
ce qui concerne les témoins de Jéhovah, s’agit-il d’une nouvelle
ou d’une ancienne minorité? L’approche de Gordon Melton dans
son Encyclopédie des religion américaines (en anglais)
propose de distinguer plutôt entre familles spirituelles,
quitte à laisser au lecteur le soin de définir les familles
spirituelles qui lui semblent nouvelles ou "alternatives".
Si on veut garder l’esprit de la proposition originelle qui
est d’utiliser l’expression "nouveau mouvement religieux",
en se passant de tout jugement de valeur, je pense qu’il est
nécessaire de supprimer l’adjectif "nouveau".
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Religioscope - Donc vous
n’êtes pas du nombre de ceux qui proposent l’étude des "nouveaux
mouvements religieux" comme une sorte de discipline
séparée. Vous préférez son intégration dans l’étude des
phénomènes religieux en général.
Massimo
Introvigne - Il n'y a que très peu de chaires traitant
des "nouveaux mouvements religieux", car la définition
fait problème. Certaines minorités religieuses, dont les mormons
et les témoins de Jéhovah, n’apprécient pas beaucoup d’être
appelés ainsi et font valoir qu’ils existent depuis le 19ème
siècle.
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